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Le Coq : Entre Mythologie et Symbolisme


En sept années de pratique maçonnique ce sujet n’a jamais été traité, pourtant cet oiseau solaire qui totalement disparu de notre quotidien profane a une charge symbolique importante, il est présent dans les religions et les mythologies asiatiques, ainsi que dans les cultures traditionnelles.

Je vais essayer très humblement de vous le démontrer ce soir .                   

Enfermé dans le silence et la solitude lors de mon admission dans le cabinet de réflexion pour y subir l’épreuve de la terre, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir cet animal, au milieu d’autres objets, trônant fièrement sur le mur qui me faisait face, avec l’inscription«vigilance et persévérance » surmonté de la devise V I T R I O L .
Cette représentation a quelque chose d’exceptionnel dans nos symboles maçonniques, vu que les représentations d’animaux sont rares . selon la plupart des ouvrages de référence, le COQ du cabinet de réflexion exprimerait essentiellement la vigilance et la conscience que l’on doit essayer de conserver, même en étant plongé dans les ténèbres, il annoncerait la lumière que le candidat à l’initiation va bientôt recevoir.
           
L’étymologie du mot COQ en français n’est pas certaine, c’est soit une onomatopée proche de « cocorico », le cri du COQ, soit un mot dérivé d’une racine celtique « kog » signifiant rouge que l’on retrouve dans « coquelicot » ou « coccinelle »,   par contre en vieux français COQ se disait « gau » « jau » « gal ».termes dérivés du latin « gallus ».
Comme nous le savons tous, le COQ chante le matin pour annoncer l’apparition imminente du soleil, c’est pour cela qu’il est habillé de plumes éclatantes comme les rayons du soleil, les Grecs l’avaient baptisé « Alektor »mot apparenté a « électricité »ou « électron » .
Le COQ pour les Grecs était celui qui brillait.
           
En tant que symbole, le COQ est apparu très tard en Europe, vers la fin du 6em siècle avant  J C ? il était originaire d’Asie.

Il est effectivement assez présent dans les religions et mythologies asiatiques.
           
Dans la mythologie chinoise, le soleil est un dieu à la forme de COQ. Il symbolise des vertus viriles  telles que la dignité, le courage, la générosité, ou la confiance. En astrologie chinoise, tous les douze ans, il existe une année du coq .

Au Japon, le chant du coq fit sortir la déesse soleil Amaterasu de la caverne ou elle se cachait.

En Inde, le Coq est l’attribut du jeune dieu Skanda, qui personnifie la vigueur, l’énergie solaire et la beauté. Ce dieu guerrier fils de Shiva est vénéré chez les Tamouls du sud de l’Inde.

En Perse, dans la religion zoroastrienne, le Coq est l’oiseau emblème de Sraosha, jeune dieu qui est une sorte d’archange, et le guide du monde souterrain . le chant du Coq chasse les mauvais esprits.


Le Coq est un animal sacré dans certaines religions minoritaires du moyen orient. Les adeptes de la religion Yézidi( qui parlent Kurde) ne mange pas du Coq, car il est considéré comme un aspect de leur divinité principale, l’ange Tawus.
           
Il semble que le symbole du Coq soit rentré en Europe à travers les cotes occidentales de l’Asie mineure.

En Grèce, avant de s’appeler « Alektor » le coq en grec ancien s’appelait « Ornis persikos » (l’oiseau perse).
Il devient alors l’attribut de certaines divinités, c’était le cas de Welkanos, dieu de Crète, il était aussi l’attribut de dieux tels qu’Hermès, Apollon, Asklépios (dieu de la médecine), l’on dit encore que le Coq était au coté de la déesse Léto, lorsqu’elle accoucha d’Apollon (lié au soleil) et d’Artémis(lié à la lune), son association à ces dieux renforce le symbolisme qui lui est attribué dans l’antiquité :beauté,vigueur de la jeunesse, vigueur érotique, mais aussi messager, annonciateur ou gardien.

Présent dans certains cultes à mystères de l’antiquité Grecque, il est possible qu’il est symbolisé le rôle de guide, du maitre de cérémonie qui introduisait l’impétrant dans les épreuves initiatiques, ou qui lui annonçait la venue de la lumière. On lui attribut aussi le rôle de portier, de l’intermédiaire entre le monde de la nuit et celui de la lumière. A moins que le Coq ait symbolisé tout simplement l’initié qui a vaincu la mort.

Dans un ancien temple de Pergame (près de Troie) figurent des sculptures de coq associés à une palme, de la même façon on retrouve des lampes à huile en terre ou en bronze qui représentent le même Coq avec une palme ou un rameau qui symbolise la victoire notamment de la vie sur la mort, la régénérescence ; rappelons nous que le « rameau d’or » servit de sauf- conduit à Enée lors de sa descente aux enfers.                                   
           
Pythagore déclarait dans les vers d’Or « nourrissez ce Coq et ne l’immolez pas, car il est consacré au soleil et à la lune ».Avait'il, une raison personnelle de protéger ce fameux oiseau vu qu’il existe un récit de l’écrivain grec Lucien de Samosate (le songe ou le coq) dans lequel on voit un coq se mettre à parler et révéler qu’il est l’incarnation de Pythagore.

On sacrifiait des coqs à Asklépios, dieu de la médecine, peut être que le coq était sensé apporter une nouvelle lumière, ou un nouvelle vie au malade, soit au défunt. L'on sait que Socrate juste avant sa mort, adressa ses dernières paroles à son ami Citron « nous devons un coq à Asklépios !  acquitte  ma dette !   n’y  manque pas ! » ; l’on s’aperçoit dés  lors, que l’homme inquiet pour sa vie future ne peut pas faire confiance à la fois à Socrate et à Pythagore : il ne saura pas s’il doit ou non sacrifier un coq .

Dans l’Islam, un grand Coq blanc est proche du trône céleste, son chant matinal met fin à l’action novice des djinns, qui se manifestent pendant la nuit.

Dans certains groupes hétérodoxes du proche orient le coq est très honoré, il est souvent considéré comme proche de Salman al- Farsi (salam le persan qui est l’initiateur ou l’annonciateur, et qui est l’équivalent de l’archange Sraosha, du dieu Hermès, ou de l’archange Gabriel.

Au Tibet le coq est un symbole négatif associé au porc et au serpent. Il y représente la convoitise, le désir dont le bouddhiste est sensé se libérer, il n’y a rien d’étonnant dans cette attitude, le bouddhisme prêche le détachement par rapport au monde .

Enfin en Gaulle, pour en finir avec la mythologie du Coq, je dirais qu’en latin, les mots Coq et Gaulois sont homonymes, ils se disent tous les deux « Gallus ».ceci a contribué à ce que le Coq devienne le symbole de la France. Certains journaux étrangers utilisent cette caricature pour se moquer des Français qui sont sensés êtres très vaniteux et fiers d’eux- mêmes : ne dit t’on pas fiers comme un Gaulois, il est l’emblème des équipes de France de rugby et de football.

Dans l’antiquité, le Coq apparaît peu dans le symbolisme gaulois, on y trouvait plus souvent le sanglier.

Dans le christianisme, selon les évangiles, Jésus dit à Simon pierre : « en vérité, je te le dis, cette nuit même, avant que le Coq chante, tu me renieras trois fois ».
A partir de ce moment là, le Coq  prit une certaine importance dans le christianisme, il y possède un symbolisme de vigilance et de nouvelle vie( qu’on retrouve en F M \ )

En Espagne, la messe de minuit est la messe du Coq, car c’est au Coq que revient l’honneur d’annoncer la naissance du Christ, de plus le Christ est la lumière qui a vaincu les ténèbres.
Il peut parfois avoir un symbolisme négatif, il peut symboliser la  luxure et la jalousie .Par exemple à Compostelle, en Espagne, une sculpture représentant un  homme qui chevauche un Coq symbolise le péché et la luxure ; mais cela ne fait que confirmer la symbolique vitaliste qui est attachée au Coq .
           
Chez les constructeurs Maçons, on ne sait pas très bien pourquoi le Coq figure en haut du clocher des églises. On prétend que c’est pour rappeler aux chrétiens qu’ils doivent faire attention à ne pas faiblir dans leur foi ?

Jusqu’au 17em siècle un Coq métallique coiffait toute flèche d’édifice profane ou sacré, ce Coq représentait la signature utilisée par les constructeurs. Rappelons qu’en vieux français, le mot « gau » « gal ou jau » signifiait Coq. Certains compagnons charpentiers se faisaient appeler les « goths » mot apparenté au terme de « gaut ou galt » bois en vieux français : d’où l’art gothique, et « l’argot » l’art des gohts, la langue des compagnons. On peut se demander alors si le coq des clochers ne serait pas un symbole compagnonnique ou de maçonnerie opérative,   plutôt qu'un symbole chrétien ? .

Le Coq est un animal que l’on trouve souvent dans les sacrifices, afin d’apporter de la force à la construction que l’on vient d’achever ; cette coutume se pratique en Bretagne, mais aussi en Grèce, ou l’entrepreneur sacrifie un coq sur les fondations, tandis que le pope récite ses prières orthodoxes, on comprend que le coq dans ce cas précis est censé chasser les mauvais esprits.

Comme je vous l’ai indiqué en introduction, le Coq qui figure dans le cabinet de réflexion est en général interprété comme un symbole de vigilance et de lumière. Cette signification rappelle à la fois la symbolique chrétienne et la symbolique des mystères antiques,       on est en droit de penser que le coq de la F M \ est un symbole compagnonnique.
Comme nous avons pu le voir précédemment, aussi bien en Asie qu’en Europe, le chant du coq est sensé chasser les mauvais esprits, dans les contes populaires russe, il est capable de chasser le diable lui-même, dans la pièce Hamlet de Shakespeare, le fantôme que voit Hamlet disparaît au chant du Coq.
           
En héraldique, le coq est symbole de vigilance et de fierté. Le « coq hardi »est un Coq avec une patte levée, c’est du reste un nom utilisé comme enseigne d’auberge : souvenons- nous de l’auberge du même nom dans le film « les trois mousquetaires », auberge tenue par Noel Roquevert.

Il est aussi le symbole de la force sexuelle, de vigueur, de virilité, en anglais le mot « cock » signifie sexe masculin, le Coq est souvent un présent amoureux dans la Grèce antique, c’était le cadeau offert à celui qui voulait conquérir une autre personne, c’est certainement là, une des raisons pour laquelle le coq était associé à de jeunes dieux dans les anciennes mythologies !

Il est aussi le symbole de la force physique et du courage, par exemple, les combats de Coqs, qui étaient aussi fréquents dans l’antiquité Gréco-romaine, ces combats étaient souvent placés sous l’égide du dieu Hermès, le vainqueur recevait une palme et un caducée.
Il est le symbole de la victoire (combats de coqs, mais aussi à cause de la victoire que représente chaque jour la montée du soleil !

Tout au long de mon exposé, on a vu qu’a partir de l’Asie, le symbole du Coq s’est répandu dans la plupart des cultures humaines, de plus, le sacrifice du Coq était devenu un élément fondamental des initiations pratiquées dans l’antiquité, on peut attester qu’il subsiste dans les rites de nombreuses populations d’aujourd’hui.

Il semble vraisemblable que le Coq qui était autrefois sacrifié en prélude aux initiations, a subsisté sous la forme de l’effigie qui figure dans le cabinet de réflexion, il devient alors un élément de symbolisme universel qui permet de rapprocher la F M \ des initiations de l’antiquité et de celles des populations traditionnelles d’aujourd’hui.

En conclusion : que signifie le Coq ? ne dit'on pas qu’en FM\ que le symbole est susceptible de multiples significations ?

En tout état de cause, on s’aperçoit que le coq nous semble bien proche du FM\ dans toutes ses facettes et même ses contradictions, il est en quête de la lumière, il est en même temps initiateur, il cultive des valeurs telles que la vigueur, la justice,la beauté ; c’est à la fois un guerrier et un bâtisseur, il nous fait penser à notre V M \ qui paré de ses décors, encadré du soleil et de la lune  appelle les ouvriers au travail : notre rituel dit :     
« Comme le soleil se lève à l’orient pour ouvrir la carrière du jour, le VM\ se tient à l’orient pour ouvrir la loge, et diriger les travaux. »

De plus, le Coq est profondément humain, car ses exploits et ses qualités ne suffisent pas à le sauver, il est constamment sacrifié, cela nous rappelle le dur chemin initiatique que doit effectuer le FM dans sa quête permanente de Lumière et de vérité, ainsi que cette perpétuelle remise en question, faisant preuve d’humilité comme nous le démontre le VM\ qui après  être descendu de charge, se retrouve couvreur de la Loge.

VM\ et vous tous mes F\ j’ai dit                              

J\B\ G\   

Bibliographie : dictionnaire des mythologies (Yves Bonnefoy)
Le coq- folklore et mythologie d’un oiseau ( Ed Cercle d’études mythologiques)
 
Présence du coq dans la culture française :
- il apparaît des l’antiquité sur les monnaies gauloises.
- le Roi de France est parfois accompagné par cet oiseau sur des gravures.
- a révolution française en à fait un usage très large : il fut représenté sur des assiettes et sur le sceau du directoire.
- une ordonnance de 1830 stipule que le coq gaulois doit figurer sur les boutons d’habits, et sur les drapeaux de la garde nationale.
- la république française lui préfère le symbole de Marianne, par contre il figure sur le sceau qui est celui de la seconde république,  la Liberté assise tient un gouvernail sur lequel le coq figure.
- la grille du parc de l’Elysée au 19ème  siècle est ornée d’un coq, des pièces d’or en 1899 sont frappées à l’effigie du coq.
- on le retrouve sur le bijou de la Loge Anglaise « KNIGTH TEMPLAR. »
- Napoléon l’a refusé, préférant l’aigle. 

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