GLMFMM Bulletin : Khalam 02/2009

Le RAPMM et la laïcité
La laïcité et le phénomène sectaire


2) La laïcité et le phénomène sectaire « Mesdames, messieurs, mes SS\ et mes FF\, chers amis,

Tout d’abord merci de votre présence et de l’attachement dont vous témoignez aux thèmes abordés cet après-midi.

Loin de moi l’idée de faire du prosély­tisme, la Franc-maçonnerie en général et la G\L\M\F\M\M\ en particulier, n’en ont pas besoin. La Franc-maçonnerie Universelle est en évolution constante, et notre Obéd\ a volontairement choisi d’axer sa voie sur la qualité de ses mem­bres plutôt que sur la quantité. Depuis presque 30 ans, la Franc-maçonnerie n’a plus joué son rôle de veilleur et d’alerte vis-à-vis des intérêts de la République, et par extension, des citoyens. Cet après- midi, nous allons essayer de faire naître, ou tout au moins susciter, une prise de conscience de la voie régressive et perni­cieuse que prend notre société et que cer­tains de ses dirigeants empruntent. Je naviguerai volontairement entre ce que n’est pas la Franc-maçonnerie et ce qu’elle est vraiment, vue de l’intérieur bien entendu.

Une fois les besoins premiers assurés, c’est-à-dire de quoi manger dans l’as­siette, un toit sur la tête et mettre sa famille à l’abri du besoin, une question peut se poser à chacun : « d’où est-ce que je viens, qui suis-je et où vais-je ». Au moment où des hommes et des femmes sont si souvent en quête d’une spiritualité, autres que celles établies, qui conduit les uns vers la Franc-maçonnerie et les autres vers certaines sectes, il m’importe en ma qualité de Franc-maçon, et encore plus de G\ Off\ de la G\L\M\F\M\M\ d’essayer d’expli­quer en quoi la Franc-maçonnerie diffère fondamentalement d’une secte.

J’ouvre une parenthèse pour porter à votre connaissance que le mot secte vient du mot latin Secare, couper, et que les quelques lignes définissant la secte pour­raient aussi bien s’appliquer à une église dans son application mono et non méta- confessionnelle. Église, qui a pour origine latine ecclésia signifie « assemblée ». Ce n’est pas par étalage de connaissances que je vais préciser quelques mots usuels cet après-midi, mais les mots ont initiale­ment un sens que nos usages modernes ont dénaturé ou tronqué, et nous redécou­vrirons de cette manière toute leur impor­tance.

Bien entendu, il ne peut s’agir ici d’ou­vrir une polémique contre les sectes, ni de dresser un catalogue complet de ces der­nières, de leurs croyances et de leurs diverses pratiques. Il n’y a d’ailleurs pas de définition juridique à une secte, mais plutôt aux dérives sectaires. Une partie de mon intervention consistera, tout du moins je l’espère, à montrer les profondes diffé­rences qui existent entre un groupe sec­taire, quel qu’il soit, et une Loge maçonnique. Un mot tout d’abord sur une ressemblance qui a sans doute joué son rôle dans la confusion entre le phéno­mène sectaire, au sens moderne du terme, et les Loges au point que certains anti-maçons ont pu parler de Secte maçonnique. Par son incontestable dimension communautaire et fraternelle, la Franc-maçonnerie pourrait en effet don­ner toutes les apparences extérieures d’une secte. Une Loge digne de ce nom est une véritable famille dans laquelle chacun est appelé à se soucier de son F\ ou de sa S\ et éventuellement de l’aider, si besoin, à porter ses fardeaux. Dans un monde comme le nôtre où les grandes cités isolent de plus en plus les individus, la fraternité et le partage sont ressentis comme des besoins. D’où le succès aujourd’hui de tout groupe proposant de faire sortir l’Homme, au sens général de Homme-Humanité, de le faire donc sortir de son isolement, éventuel, seul objectif commun que pourrait avoir la Franc- maçonnerie et les sectes.
Et c’est bien là le seul.

Par nature même, la démarche maçonnique est fondamentalement diffé­rente de la démarche sectaire. Avec plus ou moins de fanatisme, en effet, chaque secte propose à ses adeptes une doctrine faisant appel à une foi religieuse. En voilà un autre joli mot Religion, toujours du latin, mais pourrait se traduire par « relier» ou « recueillir». La religion serait un lien de piété, elle aurait pour objet la relation qu’un individu entretient avec la divinité, elle signifierait également « attache » ou « dépendance ». Vous pou­vez constatez que même sur l’origine d’un mot aussi universel et simple, rien ne l’est ... simple. Sous l’empire romain, les pre­mières communautés chrétiennes furent persécutées tant à cause de leur refus du serment à l’Empereur qu’en raison des accusations de sorcellerie (réunions noc­turnes) ou d’anthropophagie (rite de la communion) dont elles firent l’objet. Les procès en sorcellerie dont furent victimes au Moyen Âge jusqu’au début de la Réforme, près de 100 000 personnes en Europe témoignent de la persistance du phénomène sectaire. Les religions chré­tiennes ne sont pas la seule source d’exemples : ainsi l’Islam, dont un courant ésotérique est représenté par le soufisme, a-t-il donné naissance à la secte des Haschischins, qui combattit les Templiers en Terre sainte.

Les sectes promettent le bonheur sur la terre et accessoirement dans l’au-delà. Cela dit, non pas dans un but polémique mais simplement pour montrer combien il est difficile, en termes laïcs et par voie de conséquence républicains, de distinguer une secte d’une Église. D’ailleurs les Sectes sont des « églises » coupées d’une Église-Mère, et par là-même des églises établies et reconnues entres elles. Il doit donc être clair que le problème des sectes ne peut relever que de la conscience individuelle. La liberté de pen­sée, l’adhésion à une doctrine religieuse quelle qu’elle soit, si elle regarde donc la conscience de chacun, ne saurait se confondre avec la Franc-maçonnerie. Celle-ci n’a d’ailleurs aucune doctrine à enseigner, tout au plus possède-t-elle une Tradition, des règles de fonctionnement. Le Rite initiatique maçonnique n’apporte rien à l’individu qui n’existe déjà en lui- même. Il ne met en lumière que des véri­tés dont l’initié est déjà porteur. Telle la technique de la « maïeutique » attribuée à Socrate, maître à penser de Platon, tech­nique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer des connaissances qu’elle n’aurait pas conceptualisées d’elle-même.
Nous savons aujourd’hui que, en plus des obstacles extérieurs à la liberté indivi­duelle, il existe des obstacles intérieurs, à savoir : les motivations inconscientes de l’individu résultant de sa propre histoire et du conditionnement engendré par son milieu de vie, ce que l’on peu définir comme l’acquis et l’inné.

Que ceux qui affirment, soit par mal­honnêteté intellectuelle, soit avec une grande légèreté, que la Franc-maçonne­rie, est une « organisation dangereuse, sulfureuse et surtout diabolique » sachent qu’elle est une Institution essentiellement philanthropique, philosophique et progres­sive, qui a pour objet la recherche de la vérité. Ainsi elle pratique la solidarité ; elle travaille à l’amélioration matérielle, au per­fectionnement intellectuel et social de l’Humanité. Elle a pour principes la tolé­rance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affir­mation dogmatique. Elle a, entre autre, et pour ne citer que la plus connue, pour devise : Liberté, Égalité, Fraternité.
Ce que nous constatons de la part de la grande majorité des sectes nous révèle une attitude bien différente. Celles-ci pra­tiquent l’intervention à haute dose dans tous les domaines de la vie de leurs mem­bres, même au niveau de la vie privée. Là, en effet, il ne s’agit pas de faire s’épanouir des personnalités dans une diversité enri­chissante, mais au contraire, on supprime les individualités pour parvenir à un modèle unique correspondant à l’aliéna­tion la plus compète. Ce qu’un Homme pourra porter en lui d’original effrayera toujours une secte. Elle s’efforcera alors d’amoindrir, sinon de détruire, toute forme d’originalité alors qu’au contraire l’initia­tion maçonnique s’efforcera de la déve­lopper.

Que ceux qui se sentent en mal d’Église, de rassemblement, et qui souf­frent du manque de fraternité humaine ne se trompent donc pas de porte. Si ce sont là leurs seules motivations, seules les sectes pourront malheureusement leur apporter quelques satisfactions qui rapi­dement seront très chèrement payées. Sans prosélytisme aucun, si par contre, ils ont en plus une soif de connaissance et de recherches, exigeante et surtout lucide, ils peuvent alors tenter de frapper à la porte de nos Temples. Ils n’y trouve­ront, s’ils sont admis, aucune doctrine toute faite. On ne leur apprendra pas des choses dangereuses tel que le sacrifice humain... On ne leur apprendra jamais à vénérer ou adorer un Satan ou une bête à cornes, à refuser tout secours médical en cas de maladie, à les harceler s’il souhaite quitter la Loge et bien d’autres gentil­lesses de la sorte qui couvrent souvent les premières pages de nos quotidiens. Ils seront simplement placés sur un chemin que d’autres ont parcouru avant eux et ils devront avancer seuls. On n’est pas initié, on s’initie soi-même. Une quête person­nelle et collégiale. Ils ne seront pas invités à découvrir la pensée de gourous proches ou lointains, à l’imposition des mains lors de banquets festifs en vue d’une hypothé­tique guérison ou obliger d’acheter une poudre de perlimpinpin qui fera revenir votre conjoint en 24, 48 ou 72 h. Ils iront à la découverte d’une réalité à la fois pré­cieuse et plus mystérieuse : eux-mêmes.

À la fin du siècle dernier, deux com­missions parlementaires ont travaillé sur le phénomène des sectes dans notre pays. L’analyse très complète et très fine à laquelle elles ont procédé, et avec elles les Renseignements Généraux, retient une définition des dérives sectaires fon­dée sur la dangerosité supposée des dif­férents mouvements, elle-même déduite


parmi lesquels : la déstabilisation mentale, l’exigence financière exorbitante, une rup­ture avec l’environnement familial et ami­cal, atteintes à l’intégrité physique, l’embrigadement des enfants, un discours anti-républicain, des troubles à l’ordre public, etc. Il en a résulté la mise en place d’une commission dont le nom est la MIVI­LUDES : Mission Interministérielle de Vigilance et de Luttes contre les DErives Sectaires. Nous avons d’un coté des juri­dictions avec des visions très tolérantes de la laïcité dite d’intégration en faisant appliquer la loi Républicaine, pour la chose publique, pour exemple le refus du voile islamique à l’école, des calendriers scolaires adaptés aux normes des diverses religions, et d’autre part des organes dits de veille qui pour des raisons apparemment inconnues sont plus restric­tifs et intolérants sur l’application de la loi avec une implication dans la sphère pri­vée. La Laïcité serait-elle donc, pour les uns, binaire : laïque ou pas laïque ... et pour les autres, un curseur variable en fonction des idées prépondérantes du moment.

Il est certain que la contestation du productivisme, l’effondrement des idéolo­gies politiques, au sens de la gestion de la cité, des remises en cause du scientisme, du matérialisme, le déclin continu des reli­gions dites traditionnelles ont fortement remis en cause le modèle sur lequel les sociétés occidentales s’étaient dévelop­pées depuis le XIXe siècle. Consommer, consommer, consommer ne nous rendra pas plus heureux. Le constat est fait et remet en cause un nouvel ordre mondial souhaité par certains. Travailler plus pour gagner plus... mais plus de quoi ??? Et ce n’est pas l’actualité des ces dernières semaines qui me fera mentir.

Cet ébranlement des croyances tradi­tionnelles et des grands principes d’orga­nisation sociale ont suscité nombre de déceptions, de frustrations, de tentatives de redéfinition. L’incertitude de l’avenir a dès lors contribué à la multiplication des groupes proposant une explication glo­bale de l’Homme à de nouvelles religiosi­tés. Ce retour du religieux ou, plus précisément, du spirituel, n’a paradoxale­ment pas profité aux Églises tradition­nelles, et plus particulièrement en France, l’Église catholique romaine est toujours confrontée à une baisse continue de la pratique religieuse et des vocations. Confronté également à la Ligue de Droits de l’Homme qui tient à souligner que le principe d’égalité entre les hommes et les femmes est un principe constitutionnel et hautement républicain. Visiblement l’Église catholique, comme bon nombre de mouvement religieux, n’a pas su se réformer sur ce point et continue à vouloir restreindre les libertés des femmes, notamment celle d’avorter. Sur ce point, la Ligue des Droits de l’Homme réaffirme qu’il n’est pas du pouvoir des églises d’in­terdire aux femmes le plein exercice de leur liberté de choix.

Il a résulté de l’ensemble de ces évo­lutions une certaine spontanéité spiri­tuelle : la croyance est aujourd’hui vécue de manière relativement libertaire, en tout cas hors des institutions traditionnelles. C’est sur ce terreau favorable à l’éclosion de nouveaux mouvements religieux que sont intervenus les différentes crises éco­nomiques et le bouleversement de la cel­lule familiale. On conçoit dès lors que la vision du monde proposée par les sectes séduise un nombre croissant d’individus dans toutes les couches de la population française. Il faut de surcroît signaler que le thème du perfectionnement individuel a attiré vers les sectes une « clientèle », si je puis dire, qui lui était encore récemment inaccessible : celle des étudiants (cher­chant à accroître leurs performances pour la réussite à un examen...), des élites intellectuelles, et notamment scienti­fiques.

Maintenant que nous savons un peu plus ce que la Franc-maçonnerie n’est pas, voyons maintenant ce qu’elle essaie de protéger afin de nous permettre de nous exprimer et de vous recevoir en cette fin de journée. Et la Laïcité dans tout ça, me direz-vous ?
Nous ne sommes pas seuls à nous poser la question, la République par cer­tains de ses représentants, se pose des questions sur l’un de ses piliers fonda­teurs et fondamental que l’on nomme LÂÎCITE. Ne nous y trompons pas, c’est de la sauvegarde de la République et de nos institutions dont il s’agit, ainsi que de notre liberté sous-jacente. La neutralité de l’État en terme de spiritualité garantit la liberté de penser, et ce, sans anticlérica­lisme primaire. C’est-à-dire accepter toutes les religions et n’en reconnaître aucune. J’ai toujours eu beaucoup de mal ces dernières années à voir des élus de la République, ayant une charge élective et donc représentant diverses confessions de citoyens, se signer lors de commémo­rations, cérémonies et autres événements publics. Et que dire de la proposition inci­tative en haut lieu de la fameuse « Laïcité positive » ... est-ce à dire qu’il y a une laï­cité négative ???? Il nous est conseillé de croire, et peu importe ce en quoi le citoyen français peut croire, mais nous devons croire. Sinon quoi ??? L’instituteur qui, semble-t-il, n’est plus apte à transmettre des valeurs humanistes tels que le bien et le mal, devra laisser la place obligatoire­ment au prêtre, au rabbin, à l’imam ou, pourquoi pas, au publicitaire, au banquier ou à l’industriel. Serions-nous au début d’une nouvelle charia afin de mieux vivre ensemble ? Que faire des 30 millions d’athées de notre République, ces sous- citoyens qui ne sont pas dans le moule spirituel préconisé par nos instances diri­geantes actuelles ? Un charter et hop, direction le pays des athées ? Voilà qu’en cette fin d’après-midi, force est de consta­ter qu’une pensée spirituelle étatique s’im­misce dans ma vie privée. À n’y prendre garde, il s’agit d’une des conditions de classification de secte de la part des com­missions parlementaires précitées...

Notre liberté en tant qu’hommes et femmes libres est mise à mal par les débats que nous pensions révolus et résolus. Certains de nos glorieux ainés Franc-maçons ont payé par leur sang et de leur vie le fait d’être ce qu’ils étaient, c’est-à-dire des combattants oecumé­niques de l’obscurantisme ou des dogmes. Des nostalgiques de l’ère pré- 1905 et adeptes des encycliques papales de Clément XII, Benoît XIV, Pie VII, Léon XII, et plus récemment Benoît XVI (alors qu’il ne s’appelait encore que Joseph Ratzinger), menacent la liberté de penser ou de ne pas penser, de croire ou d’espé­rer, de s’élever ou de se satisfaire et, par extension, aussi de pouvoir être Franc- maçons ou pas ... tout simplement. Notons toutefois que si la laïcité n’est pas l’appropriation du pouvoir politique, et par là même profane, par des religieux ou des lobbies, qu’ils soient prêtres, rabbins, pas­teurs, imams ou même gourous à la petite semaine. La laïcité a également permis de dissoudre le communautarisme dans la citoyenneté et dans l’appartenance à la République Une et Indivisible. Vous avez entendu pour la première fois le mot pro­fane, ce n’est ni une insulte ni un ana­thème, cela signifie tout simplement « devant et hors du Temple », par opposi­tion à ce qui est sacré et donc à l’intérieur du Temple.

Cette remise en question doit nous interpeller et surtout nous rassembler. Ce début de siècle, tout particulièrement, marquera un tournant dans notre percep­tion de ce que nous sommes, Maçons ou bien profanes, mais libres quoi qu’il en soit. Protégeons la laïcité, notre pays et la République contre toute captation. Ce n’est pas pour rien que l’acclamation Liberté, Égalité, Fraternité se trouve à la fois gravée aux frontons des monuments de notre République et de nos Temples maçonniques, lieux de nos réunions et dont la Liberté est la première de nos valeurs.

Voici pour ce que l’on pourrait classer dans la grande histoire. Pour la petite his­toire, je me souviens avoir reçu il y a peu de temps un frère africain, d’une ancienne colonie, et en toute simplicité, il nous a rappelé la chance que nous avions de pouvoir nous réunir de la sorte, sans cou­vre-feu ni police secrète à nos trousses, sans religions officielles ... d’État. De plus, je tiens à honorer Jean-Louis MWETI­LOUBOUETETE, Franc-maçon congolais, dont le travail m’a servi d’élément de départ.

Paul GUGLIELMI Grand Orateur de l’Obédience
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Publié dans le Khalam - Bulletin N° 27 - Février 2009

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