GLFM Bulletin : Bulim Misraïm 04/2009

Editorial du Sérénissime Grand Maître

Dernièrement, un frère m’interpelle : « Voilà, me dit-il,
j’étais en discussion avec un ami lorsqu’il m’a demandé qu’elle était la différence entre un franc- maçon et un profane... J’avoue que j’ai été perturbé par cette question. Qu’en penses-tu ? ».
Les « vieux frères » disons plutôt ceux qui bénéficient d’une certaine expérience... sont fréquemment interpellés par des questionnements de ce genre. Souvent, force est de constater qu’ils s’en sortent par une pirouette verbale : « tu comprendras plus tard, cherches et tu trouveras » ou « c’est un bon sujet de planche, que dirais-tu de le traiter pour une prochaine tenue ? ». Il ne faut pas leur en vouloir. Ces interrogations, aussi pertinentes soient-elles, appellent des réponses qui relèvent plus d’une sensibilité personnelle, d’une analyse intime que l’on ne saurait en aucun cas ériger en vérité. Car n’oublions pas un instant que la FM est avant tout une démarche profondément individuelle voire individualiste et que, de ce fait, le stéréotype du F\ ou de la S\ Idéale qui émergerait de la société des hommes n’existe pas.

Certains s’attacheront à la fraternité, pure et simple, sans chercher ou éprouver d’autres satisfactions.
D’autres se complairont dans l’étude de nos textes, trouveront un plaisir immense à décortiquer nos rituels, nos gestuelles, pour en sortir la quintessence. D’autres encore se livreront à des travaux historiques, à des rapprochements spirituels qui les aideront dans leur quête ésotérique, bref, autant de comportements, de pôles d’intérêt que de F\ et de S\. Bien entendu, aucun n’apportera la même réponse à la question préliminaire... Ce constat est important car il prouve qu’il serait illusoire de vouloir mettre tous les FM dans le même sac ! La FM n’est pas une secte, c’en est même l’antithèse ! Non seulement, elle prône la tolérance et le respect des opinions de chacun, qu’elles soient politiques ou religieuses, mais, de plus, elle s’exerce sans distinction de classe sociale, de culture ou de race.

Ces principes de base constituent d’ailleurs un engagement fort et fondamental – par serment - lorsqu’un profane ou un F\ ou une S\ souhaite rejoindre la Grande Loge Française de Misraïm. Les FM se distinguent aussi par la glorification du travail. Chacun avec ses moyens, à sa cadence, à sa convenance, va s’appliquer, malgré les nombreuses et incontournables obligations que génère la vie de tous les jours, à présenter des travaux - symboliques, historiques, philosophiques, etc. - sur des sujets dont il ignorait l’existence quelques temps auparavant. Cet exercice n’est pas vécu comme une épreuve mais comme un devoir d’instruction que l’on s’impose à soi-même dans le but de progresser intellectuellement et culturellement et surtout, de partager cet enseignement et d’en faire profiter l’assemblée constituée par la loge. L’auditoire, par ses questions et ses contributions, complètera le sujet traité ouvrant ainsi d’autres sources de réflexion, d’autres voies de recherches, d’autres passions pour donner corps à une œuvre dont l’auteur sait par avance qu’elle ne sera jamais aboutie. Le FM se doit donc d’être curieux, non pas de cette curiosité malsaine et destructrice, mais plutôt de cette exigence d’être informé des événements qui l’ont précédé, qui l’entourent, qui lui succéderont, sur lesquels et dans lesquels il pourra peut-être s’inscrire et apporter ses lumières. Car il est de coutume, en FM, de dire que l’on apporte dans le monde profane les bienfaits des enseignements que l’on reçoit dans nos loges. Le symbolisme et les rituels maçonniques recèlent des valeurs en particulier morales telles que, entre autres, la rectitude, la sagesse, la mesure, qui doivent guider les F\ et les S\. Le précepte appelle aussi à la connaissance de soi pour justement analyser notre situation personnelle vis-à-vis de ces valeurs et mesurer le chemin qu’il nous reste à parcourir pour les atteindre. Un peu banal me direz-vous ! Certes, l’ami Socrate doit faire des cauchemars en constatant à quelle sauce certains charlatans ont cuisiné son fameux « connais-toi toi-même ». Étant salarié d’une grande entreprise, j’observe avec stupeur comment cette conception a pu être récupérée pour inculquer notamment ce que l’on appelle la culture d’entreprise... Mais l’introspection proposée aux F. et aux S\ par la FM est d’une toute autre nature. Elle se situe dans un environnement totalement différent, issu de traditions. Elle est initiatique, c'est-à-dire que l’impétrant accepte volontairement de passer d’un état à un autre, d’une vie à une autre, d’un monde « profane » à un monde « sacré ». Par ailleurs, Elle est précédée d’une série de gestes et de mots ayant pour but d’oublier les soucis quotidiens pour se consacrer aux travaux. Elle résulte d’une alchimie – que l’initié appelle « égrégore » - dont les ingrédients s’appellent fraternité, volonté d’amélioration individuelle et collective, passions, courage, humilité, tolérance, justice, liberté, égalité... en résumé : Vie, Force, Santé ! Elle a pour but de développer des énergies positives dont se chargeront les frères et les sœurs au cours des réunions pour les répandre ensuite dans leur entourage.

Cette « méthode » contribue à ce que, fréquemment, on remarque un franc-maçon en société et les F\ et S\ se reconnaissent entre eux sans pour autant s’être dévoilés. Elle se concrétise souvent par un comportement différent dans le cercle familial qui, pour les conjoints, compense quelque fois les absences...


Évidemment, la FM est un microcosme. Elle importe en son sein tout ce que la société en général produit de négatif et se trouve éclaboussée par le comportement, heureusement marginal, de certains

membres qui n’ont pas su, ou pas pu, ou pas voulu, évacuer les scories résultant de la taille de leur pierre... Car, et c’est un aspect également de la pensée maçonnique, nul n’est parfait, nul n’est
sage, nul n’est fort, nul n’est beau, mais tous aspirent à le devenir en essayant de déjouer les pièges sur le chemin : il n’y a pas de bien sans mal, pas de blanc sans noir, pas de vertu sans vice...

Alors, à ce frère qui m’a interrogé sur ce sujet (il se
sera sans doute reconnu), je répondrais que le S.G.M. ne peut qu’apporter une réponse personnelle et que, ma foi, il serait plus raisonnable qu’il cherche par lui-même car, bien réfléchi, c’est un bon sujet de planche et je l’encourage à l’aborder lors d’une prochaine tenue !!!

Er\ JAC\ - Sérénissime Grand Maître
 
Publié dans le Bulim - Bulletin N° 7 - 30 Avril 2009  -  Abonnez-vous

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