Obédience : NC Loge : NC Date : NC

A la Gloire du Grand  Architecte de l’Univers
Deus Meumque Jus
Rite Ecossais Ancien et Accepté
Ordo Ab Chao
Au nom et sous les Auspices du Suprême Conseil de France
LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE
Très Sage Athirsata et vous tous mes bien aimés Frères Chevaliers Rose Croix

De la Liberté de passer
à la Liberté du Chevalier Maçon


Accéder aux grades capitulaires, c'est affirmer notre appartenance à l'Ordre maçonnique, initiatique et traditionnel, c'est la possibilité de nous rattacher à un système de valeurs partagées et à une mémoire collective qui transcendent le quotidien. Devenir Chevalier Rose Croix, c'est approfondir une quête à finalité spirituelle qui réunit l'Amour à la Connaissance. Certes l'alchimie initiatique est ouverte depuis le 1° degré mais le nouveau Chevalier va confirmer un engagement déjà ancien avec la conscience d'avoir, par un choix continu, transformé un hasard en destin.

A l’opposé de notre société qui est celle de l’immédiateté, une société liquide où l’on fabrique trop souvent du provisoire et de l’insignifiance, l’Ordre nous rattache à une tradition que nous devons rendre vivante. La tradition de métier puis aujourd’hui celle de la chevalerie nous donnent le devoir d’en assurer la pérennité et à travers cette exigence, elles nous offrent aussi un formidable espoir.

Dans ce cadre, le Rite Ecossais Ancien et Accepté est le vecteur de valeurs et de principes proposés souvent sous forme d'un imaginaire laissant à chacun un champ ouvert à l’interprétation. Plus qu'une somme de contenus, le Rite nous donne un contenant, un humanisme, qui nous permet de penser et organiser notre « savoir être ». C'est un bon antidote à la rationalité moderne qui tente d'effacer la question du "pourquoi" par celle du "comment" sans réussir pour autant à supprimer les véritables interrogations. Le Maçon a foi en l'esprit, il ne doute ni du Rite ni de ses valeurs, mais il pourra douter de son propre courage à le soutenir et à les incarner tant qu’il ne sera pas devenu un « homme libre ». Vous savez ce fameux homme libre, celui de la première question-réponse du manuel d’instruction au grade d’apprenti : qu’est ce qu’un franc maçon ?

Le 15° degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté inaugure les grades Capitulaires. Il mérite une réflexion spécifique en raison de l’importance de son rôle initiatique et de la puissance symbolique de son contenu. En particulier, il marque le début de la construction du deuxième Temple.
Après avoir été initié et tout en restant le même, le Franc-maçon qui souhaite accéder aux Loges Capitulaires est pourtant un autre homme. Le Grand Elu Parfait et Sublime Maçon comprend qu’il demeure captif, mais si il est assez audacieux pour se révolter et demander à accéder à un développement de ses sens spirituels, alors la voix discrète du 15° degré l’aidera à découvrir les aptitudes intérieures qui vont le mettre une nouvelle fois sur le chemin de l’initiation.
Les grades Capitulaires font partie d’une franc-maçonnerie renouvelée. C’est à dire qu’après avoir franchi des degrés multiples jusqu’à la construction du premier Temple grâce à la connaissance des lois fondamentales de l’architecture universelle perceptibles dans notre monde, l’initié assiste, impuissant, à la destruction du temple salomonien. Il va avoir besoin d’acquérir de nouvelles lumières pour entreprendre une nouvelle construction impliquant l’usage de facultés différentes. Autrement dit : comment passer du monde ordinaire à l’expérience du Sacré ?
Le Chevalier d’Orient et de l’Epée n’atteint pas encore la plénitude absolue, et bien qu’il sache où est la perfection, il a besoin de découvrir comment exprimer l’amour qui fleurit en lui, comment conquérir la possibilité de servir le Grand Architecte de l’Univers et les hommes.

Le mot de passe du 15°degré  « YAVERON HAMAÏM » signifie littéralement : « ils passèrent les eaux » mais aussi «  Dieu créa l’eau ». Les francs-maçons le traduisent par : «  LIBERTE DE PASSER ». Il appartient au Chevalier d’Orient et de l’Epée de construire un pont entre ces formulations. Comment va-t-il s’y prendre ?

La liberté est le thème central de notre degré. La liberté commence, dans l’histoire collective comme dans l’histoire de chacun, par une autonomie par rapport à l’espace. La première liberté est celle de pouvoir se déplacer. L’homme libre est d’abord celui qui n’est pas enraciné sur un territoire ! La notion de droit médiéval qui se nomme la « franchise » remonte à la plus haute antiquité. Est « franc » celui qui voyage selon son propre désir. Il est aussi intéressant de rappeler que le port de l’épée était un privilège réservé aux seuls aristocrates mais également aux membres des « corporations franches ».
Pour nous, il est essentiel de considérer que la liberté ne nous sera pas offerte, elle doit se conquérir puis aussi se défendre.

Nous avons la possibilité -j’allais dire la liberté- de saisir ou non l’occasion proposée par le Rite de franchir le  pont  qui pourra nous conduire aux grades Capitulaires, en tous cas, la liberté de bien en appréhender tout le sens et toute la richesse pour continuer le chemin.

Cheminer de l’ancienne Loi vers la nouvelle Loi. Comprendre le double aspect métaphysique et initiatique des deux alliances. Pour cela, il nous faut partir à la découverte du pont qui pourra nous permettre de passer d’un monde à l’autre.

Les degrés salomoniens nous ont permis de bénéficier de l’ésotérisme de l’ancienne Loi ; ils nous ont apporté la connaissance et la transcendance. Les degrés Capitulaires, eux, vont nous permettre, avec la nouvelle Loi, de découvrir l’immanence et l’amour.

Que nous explique la légende du grade ? Trois événements. D’abord à la cour de Cyrus II, Roi des Perses et des Mèdes, dans la salle de l’Orient. La voix du songe, disant au Roi de rendre la liberté aux captifs, est le signe de l’intervention divine. Malgré l’appât de richesses et la menace de tortures, ZOROBABEL, en refusant par trois fois de communiquer les secrets de la franc maçonnerie, affirme sa liberté. Puis le passage du pont à trois arches sur le fleuve Starbuzanaï mieux connu sous le nom profane d’Euphrate. C’est le théâtre d’une terrible bataille, Zorobabel y gagne la liberté de passer.  Enfin dans la salle d’Occident sur l’emplacement du Temple de Jérusalem. Là aussi, la liberté doit être confortée et se conserver les armes à la main. 
 
Si les Chevaliers d’Orient et de l’Epée avaient un peu de mémoire, ils pourraient se souvenir que notre premier Temple a été détruit par l’impitoyable Nabuchodonosor quand l’’idolâtrie gagnait du terrain, quand les forces matérielles dominaient notre spiritualité. Ce fut alors la fuite, l’exil et l’oubli.
En exil, beaucoup d’entre nous se tournèrent vers la facilité pendant que d’autres souffraient de l’éloignement et attendaient l’appel d’une autre existence. La patience fait partie de l’exil. Nous sommes prisonniers du temps. Mais arrive le moment de rejeter l’exil et de partir à nouveau à la rencontre de la Lumière. Chercher la Vérité, c’est être en mouvement et abandonner tout ce qui est connu, c’est oublier toutes nos petites vérités pour en chercher une autre. Parmi les exilés, certains, n’apprendront jamais comment se libérer pour passer de l’autre côté ! Pour nous, être libre, c’est passer de l’autre côté de la pensée, c’est perdre l’intérêt que nous portons à nos idées pour éprouver l’existence d’une nouvelle énergie intérieure. Notre travail désormais consiste à s’affranchir des mots et des savoirs pour passer dans le monde de la sensation. C’est seulement là que nous pourrons reprendre la parole, exprimer notre expérience et témoigner du passage possible d’une dimension ordinaire à une dimension initiatique.

La voie de la Sagesse n’est pas une voie intellectuelle ou philosophique, elle une expérience qui transforme la vie. On ne peut plus se contenter de dire ce que devrait être la vie pour atteindre notre idéal, il nous faut franchir la distance entre notre monde et le monde spirituel. Autrement dit, il faut franchir la distance entre nous et Dieu.

La vision du sens de l’initiation devient plus précise. Il faut une intelligence particulière pour passer de la nuit à l’aube, du savoir que nous avons accumulé à la compréhension, une intelligence particulière pour passer de l’ordinaire au sacré.

Le Chevalier d’Orient et de l’Epée doit dépasser les degrés de perfectionnement pour se transformer et subir une véritable métamorphose. Il va alors franchir le pont qui le relie au monde spirituel.
Passer le pont exige d’avoir le désir de nouer une relation avec Dieu.  Quand nous refusons toute relation avec un homme, nous ne le connaîtrons jamais autrement que par des  « on dit ». De même si nous refusons d’aller dans le monde de Dieu, nous ne le découvrirons jamais. Le maçon qui aspire à une union profonde doit laisser grandir la soif qu’il a au plus profond de lui-même. Franchir le pont est un acte sacré et caché, un acte personnel et précieux. Celui qui avance sur la Voie Royale expérimente en son cœur et dans sa vie la vérité que nous offrent les rituels.
Nous sommes transformés quand nous avons fini de nous perfectionner, quand nous abandonnons l’idée de perfectionnement pour tout simplement « être ». Nous ne voulons plus savoir, nous voulons exister !

L’esprit de la légende du grade se retrouve largement dans les textes bibliques et cela va faciliter notre compréhension. La libération des Hébreux par Cyrus, l’histoire de Zorobabel, la bataille du pont, la construction du deuxième Temple - arme et truelle à la main… sont relatés dans les livres d’Esdras et de Néhémie. A titre d’exemple voila ce que Dieu dit à Jérémie : « Je te connaissais avant même de t’avoir formé dans le ventre de ta mère. Je t’avais mis à part pour me servir avant même que tu sois né. Et je t’avais destiné à être mon porte-parole auprès des nations…Tu devras aller voir tous ceux vers qui je t’enverrai, et leur dire tout ce que je t’ordonnerai. N’aie pas peur d’eux, car je suis avec toi pour te délivrer ».
Puis le Seigneur avança la main, toucha la bouche de Jérémie et lui dit : « C’est toi qui prononcera mes paroles. Je te charge d’une mission qui concerne les Nations et les Royaumes : tu auras à déraciner, à renverser, à détruire, à démolir, mais aussi à reconstruire et à replanter ».
Cet oracle constitue le sommet du livre de Jérémie. Il annonce l’alliance nouvelle dans laquelle les instructions du Seigneur ne sont plus écrites sur les tables de pierre, comme pour l’ancienne Loi de Moïse, mais imprimées dans le cœur même des croyants, au plus profond de leur être. Les croyants adhéreront spontanément à la volonté divine, sans qu’on ait besoin de la leur faire connaître.
Le Christ, lors de la Cène, déclare que c’est par le don de sa vie qu’il établit cette nouvelle Alliance.

Rappelons nous que depuis que nous sommes passés de l’équerre au compas par la médiation du Maître Hiram, nous ne travaillons plus «  à l’acquisition d’un savoir ou d’une culture, mais à la recherche d’une connaissance métaphysique. Nos symboles, nos signes, nos mots resteraient inefficaces si nous les interprétions en leur donnant seulement un sens moral, religieux ou historique ».

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté nous invite à la découverte de la Nouvelle Loi, ainsi nous pourrons pénétrer le sens intérieur qui éclaire certains termes que toute autre interprétation maintiendrait au niveau des sentiments et de la morale. C’est le cas pour : Dieu, Loi, Parole, Charité, Foi, Espérance… De la sorte, les mots s’enrichissent de sens nouveaux et deviennent aussi facteurs de la promotion spirituelle des maçons travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

C’est une  lapalissade de dire que le 15° degré se situe avant les 16°, 17°et 18° degrés. Mais nous savons tous comment le Rite Ecossais Ancien et Accepté prépare dans un premier degré ce qu’il va développer dans les degrés suivants. Ce que le Chevalier Rose Croix doit devenir est déjà contenu dans la légende du grade de Chevalier d’Orient et de l’Epée.

Chevalier d’Orient et de l’Epée, nous relions l’Ancienne Loi à la Nouvelle Loi, nous tentons de déchiffrer les signes du temps pour voir quelles ténèbres envahissent la Jérusalem humaine. Trop souvent aujourd’hui, humanisme et universalisme sont perçus comme des survivances obsolètes d’un monde dépassé, alors que le maçon se rattachant à un Ordre symbolique capable de structurer et d’unifier les fragments épars comprend qu’il se situe dans un projet plus vaste où il pourra traduire sa recherche spirituelle en actes d’agapè.

Cette évolution n’est elle pas une mise en acte amenant le récipiendaire à vivre l'initiation par son corps, sa pensée, son imaginaire en devenant acteur de sa propre élévation par la construction d’une réelle liberté ?

Les mots Emmanuel et Pax Vobis pourront alors être échangés et, si l'on donne sens à ces mots, c'est bien la conscience d'un certain état spirituel intime avec une paix profonde que l'on pourra offrir à l'autre.

Très Sage, et vous tous mes bien aimés Frères Chevaliers Rose-Croix, j’ai dit.

Ph\ N\

A150-6 L'EDIFICE  -  contact@ledifice.net \