Obédience : NC Loge : NC 04/05/2009

A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers
Souverain Chapitre
Très Sage Athirsata
Et vous tous mes Frères Princes Chevaliers Rose-Croix,

L’Initiation Gnostique de Christian Rosenkreutz

Les protomanifestes rosicruciens furent un coup de tonnerre dans le ciel du début du XVII° siècle. Ils étonnent les puissants et les penseurs, bouleversent les idées reçues en restituant la primauté d’une pensée antique oubliée, grecque par essence mais imprégnée de culture et de tradition islamo-ibérico-arabe. C’est une pensée qui replace l’homme au centre du monde, une philosophie de la nature qui accorde le microcosme et le macrocosme. Dans le contexte géopolitique explosif de ce début de siècle, qui voit la fin de la stabilité religieuse qui prévaut en Europe avec l’assassinat d’Henri IV et les prémices de la ruine économique et de la dislocation du vieil Saint Empire romain germanique que vont provoquer la guerre de Trente Ans, les écrits rosicruciens apparaissent comme une bouffée d’air salutaire.

Peu importe que ces écrits ne soient qu’une affabulation, parfois même qualifiée de pure bouffonnerie. Lettrés, mais aussi bourgeois et marchands, les élites de l’époque,  sont dégouttés par les incessantes contestations théologiques et politico-ecclésiastiques, et aussi très déçus de l’influence de la Réforme luthérienne. Beaucoup attendent une seconde Réforme de l’Église, une nouvelle constitution politique et des sciences, à l’heure ou la science traditionnelle de caractère scolastico-aristotélicien est remise en question, et également de grands changements sociaux.

Ces attentes expliquent sans doute l’enthousiasme et l’accueil triomphal fait aux protomanifestes rosicruciens. Le succès des trois manuscrits (« Fama Fraternitatis » et une « Brève réponse à l’estimable Fraternité de la Rose-Croix » en 1614. Puis, en 1615 est imprimé « Confessio Fraternitatis », et enfin en 1616, un nouveau texte, « Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz, en l’an 1459 ») va générer la publication de près de 200 écrits sur la Rose-Croix entre 1614 et 1620 et de près de 900 sur le siècle, le plus souvent par des auteurs préférant garder l’anonymat ou se masquant derrière des pseudonymes.
                       
Nous pourrions penser que le message rosicrucien a une portée universelle, en ce sens qu’il s’adresse à tous. Point du tout.

L’en-tête du manuscrit « Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz » affirme en effet : « Les secrets perdent leur valeur ; la profanation détruit la grâce. Donc : ne jette pas les perles aux porcs, et ne fais pas à un âne un lit de roses. »
Cet en-tête n’est pas sans rappeler les paroles de Mathieu (7 : 6) : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré.". "Ne jetez pas vos perles aux pourceaux."

Le sens est clair : au-delà du message universaliste et altruiste délivré par C.R., nul n’est en mesure de l’appréhender s’il n’est initié ; pour preuve, deux des plus éminents philosophes de leur temps, Descartes et Leibnitz se casseront les dents sur l’énigme, même si le philosophe allemand réussira à décrypter le nom d’une des vierges des Noces : Alchimia.
Effectivement, la tentation est grande de considérer « Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz » comme un traité retraçant l’œuvre Alchimique :

L’ŒUVRE AU NOIR

Conformément à l’Art Royal, tout débute lors de la distillation. Celle-ci entame l’œuvre : Christian Rosencreutz, au cours de son voyage initiatique gnostique, lors des 1ère et 3ème journées, va découvrir autour de lui un corbeau, une colombe, et une vierge en habit bleu ciel.

Dans son premier rêve, il est prisonnier au fond d’un puits, avec d’autres prisonniers. Pour en sortir, ils s’escriment à monter les uns sur les autres. C’est la représentation du monde profane : un « héros » peut réussir, supérieur aux autres, mais réussit-il en réalité à s’affranchir du puits ?

Étape suivante, la calcination. En Alchimie, c’est l’étape de la mort. Ce sont des épreuves de passage, avec des épreuves physiques et spirituelles, symbolisées par des démembrements et des tonsures, qui pourraient être interprétées par le supplice ultime infligé à soi-même. Les fêtes Dionysiaques apologisent le mythe du démembrement, les parcelles du Dieu étant figurées par l’agneau

Dans la putréfaction, Christian Rosencreutz est enchaîné aux ténèbres et connaît la crainte. Il abandonne son identité personnelle.

Après vient la dissolution. Christian Rosencreutz va subir des épreuves terribles (blessure, pesée sur la balance, transport des cadavres, puis calcination du corps d’un oiseau dont les cendres seront ensuite dispersées.)

L’ŒUVRE AU BLANC

Ensuite, Christian Rosencreutz  peut entamer la remontée.

La Coagulation permet à Christian Rosencreutz de se sortir du puits. Confronté à ses juges, il franchit l’étape avec succès (journée I, III). L’indigne ou litigieuse Fiancée est sauvée par le Bon Roi. Les corps liquéfiés sont plus lourds morts que vivants. Des cendres empâtées surgissent homonculus & homoncula.

C’est une étape intermédiaire importante, qui permet de réajuster des éléments défragmentés de la personnalité.

La vivication, est une étape majeure de la libération. Désenchaîné, Christian Rosencreutz va assister au mariage chimique qu’il avait entrevu : Résurrection des personnages disparus à l’aide des flammes tombées du ciel (INRI – Ignae Natura Renovatur Integra) (journées IV, VII). C’est l’autoréalisation, la ré-intégration de la personnalité. C’est la re-découverte de la Parole Perdue, la formule reliant les éléments épars et permettant de donner la Vie.

L’ŒUVRE AU ROUGE 

L’ultime stade du Grand Œuvre est la multiplication ou projection, dénommé aussi Rubedo (passage au rouge, couleur rubis). Christian Rosencreutz va être chargé de délivrer un message et se voit confier de l’or en quantité colossale qu’il devra dépenser et distribuer en chemin. Il va libérer l’Empereur. Les œufs, longuement couvés, finissent par éclore. La fiancée prête serment de fidélité, reprend possession de son royaume et se fait couronner. Le roi et la reine s’embarquent sur un navire d’Or pour participer au banquet (journées IV, VII).

Ainsi, la personnalité réintégrée est maintenant capable de rayonner à l’extrémité pour le plus grand bien d’autrui.
Ainsi se déroule le pèlerinage du cherchant. Ainsi se structure l’initié, depuis le puits (le milieu pathogène où il subit et réagit) jusqu’au palais du roi.
Sommes-nous en mesure d’aller plus loin ?


ANALYSE DE LA FORME DES MANIFESTES : DES ECRITS BAROQUE

Ce n’est point évident. On aurait sans doute tendance à buter sous la forme baroque des écrits. Les auteurs des écrits rosicruciens semblent en effet s’être inspirés de l’art dénommé avec mépris baroque, qui va s’épanouir tout au long du XVIIème siècle. Cet art développe avec humour de multiples jeux, en particulier dans le domaine plastique : la statue est en trompe l’œil sur la paroi lisse ; du tableau surgit une hallebarde ; des jeux de miroirs vont révéler à la Renaissance des anamorphoses, véritable art de la perspective secrète, qui se multiplient au XVIIème siècle.

Contrairement à l’idéal de la Renaissance, le baroque se défie de l’intelligence : il veut éblouir, toucher les sens à une époque ou est proclamé le caractère affectif de la foi. Il y parvient par des effets de lumière et de mouvement, de formes en expansion qui s’expriment :

-         en architecture, par l’emploi de l’ordre colossal, des courbes et contre-courbes, des décrochements, des schémas formels répétés en échos.

-         en sculpture, par le goût de la torsion, des figures volantes, des draperies tumultueuses,

-         en peinture, par des compositions en diagonale, des jeux de perspectives et de raccourci, une animation irrépressible.

Mais surtout, les différentes disciplines tendent à se fondre dans l’unité d’une sorte de spectacle dont le dynamisme et le scintillement coloré traduisent l’exaltation.

En littérature, le baroque se définit négativement : il est ce qui n’est pas classique, il est l’exubérant, l’obscur, le décadent (comme l’illustre le poète italien Giambattista Marino, le poète espagnol Luis de Gongora, et en France, Maurice Scève, Jean de Sponde, Théophile de Viau, Saint-Amant, Agrippa d’Aubigné, …).

En peinture, le tableau s’inscrit dans l’architecture, le sujet déborde de son cadre par l’adjonction hors limite de sculptures ou d’objets réels qui prolongent le dessin, la technique du trompe-l’œil achève de séparer ce qui appartient à chacun de ses arts et fond dans une suprême unité de représentation les différents aspects du réel.

Le platonisme met en exergue les différents niveaux de la connaissance et des objets : l’image que donne un artiste d’un objet sensible est, à cet objet, ce que l’objet sensible, ombre sur la paroi de la caverne, est par rapport à l’idée d’objet, qui est le seul objet réel. L’illusion est distincte de la certitude sensible, elle-même distincte de la connaissance réelle, à laquelle il n’est possible d’accéder que par une démarché dialectique.

Bien au contraire, l’art baroque fusionne les différents objets. Toute représentation devient alors possible, sans que lui soit affecté un quelconque degré de vérité. Dans le domaine de la littérature, peuvent se mêler sans souci formel de véracité, aussi bien la résurgence des mythes empruntés à l’antiquité, que des fables modernes. C’est au XVIème siècle que se développe la littérature alchimique, même si elle cherche dans les écrits passés la justification par une transmission initiatique d’une authenticité qui est absente de ses accomplissements. La tradition alchimique qui s’épanouit alors représente un double mouvement dans le domaine de la pensée : celui d’une indissociation du fantastique et du réel et celui de la remise en cause de la vision scolastique du monde.

Les ouvertures que la toute puissance de l’imaginaire offre au déploiement de la pensée autorisent la formulation de nouvelles hypothèses. Mais dans un mouvement non inverse mais complémentaire, les savants et lettrés relisent à la fois les textes sacrés et le monde. La relecture de la Bible est à la fois moteur et fruit de la Réforme, l’observation du monde (Tycho Brahe) permet la formulation des lois des mouvements des planètes (Kepler).

Les observateurs du Baroque que nous sommes, en tant que lecteurs des écrits, se doivent de faire en permanence l’effort de distinguer le vrai du faux, le réel de l’illusion, l’imaginaire de la vérité des choses, à moins qu’ils ne se laissent complètement bercer de rêveries. Mais nous ne sommes pas dupes. Il s’agit là d’un jeu de l’esprit et des sens, à la recherche des choses derrière les choses.

GRILLE DE LECTURE HERMETIQUE DES NOCES CHYMIQUES

L’extraordinaire richesse symbolique qui jalonne Les Noces Chymiques plongea – et continue de plonger – ses lecteurs dans une grande perplexité. L’ouvrage nous incite en effet à sortir de notre routine culturelle pour découvrir le sens profond du mythe. Car au-delà de la lecture alchimique de l’œuvre que nous venons d’évoquer, se superpose à mon sens, une interprétation hermétique.

Le texte s’inspire visiblement des précurseurs alchimistes et mystiques qui marquèrent le XVIème siècle. Dans « L’Aurore des Philosophes », Gerhard Dorn évoque « le sang couleur de rose » dans lequel est cachée l’âme de la Pierre Philosophale et rappelle cette prédiction des alchimistes : « Les derniers temps verront sur terre et au monde la venue d’un homme absolument pur, qui permettra la rédemption du monde. Grâce aux gouttes de sang qu’il aura versées, il lavera le péché du monde, il le purifiera, il le lavera de toutes ses impuretés. ». Et il précise après : « La matière de notre Pierre Philosophale n’est rien d’autre que le véritable Adam hermaphrodite, le microcosme ». Paré des vertus du soleil et de l’or, cet homme parfaitement pur (putissimus homo) acquiert l’énergie et la puissance des choses supérieures et inférieures, qu’il va rassembler grâce à l’union nuptiale.

Cet être providentiel ne doit pas être confondu avec le Christ. Il ne s’agit pas du salvator microcosmi, c'est-à-dire du sauveur du microcosme, de l’Homme, mais du servator cosmi, le libérateur du monde, l’Homme total, qui doit achever l’œuvre rédemptrice du Christ en pratiquant la délivrance, l’accouchement de la Nature. Dans une épître aux romains (8, 19-22), Paul explique (quelle) « gémit encore dans les douleurs de l’enfantement, attendant avec impatience la révélation des fils de Dieu (…), car elle aussi sera libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu ».

Cet hymne à la Nature parachève l’œuvre de rédemption, il s’agit sans aucun doute du Grand Œuvre, l’effet du double mystère de la régénération et du hieros gamos, donc du mariage sacré. Régénération, hiérogamie : deux actions salvatrices dues à l’intervention d’Hermès, ou plutôt du spiritus Mercurius, l’Esprit Mercure. Quant à la mission salvatrice du servator cosmi, le libérateur du monde, l’Homme total, elle est dans « Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz », dévolue, à la fin de l’ouvrage, aux chevaliers de la Pierre d’Or, auxquels on décerne une médaille sur laquelle sont gravées ces deux devises : « L’Art sert la Nature » et « La Nature est fille du temps ». Une des fonctions fondatrice de l’hermétisme est de prévoir les cycles du temps et de hâter la venue de l’âge d’or.

Dans « L’Aurore des Philosophes », Gerhard Dorn nous suggère que l’Homme parfaitement pur, répand son sang rédempteur pour finaliser l’hiérogamie du ciel et de la terre. Ce sang couleur de rose, est un sang symbolique, c'est-à-dire une substance vitale et revitalisante, destinée à produire le mysterium conjonctionis, la restauration de l’unité primitive dans la Création, la restitutio in integrum chère à Andreae Valentin. Il faut alors considérer le spiritus Mercurius, comme un remède à la corruption du monde, au sens d’alexipharmacon, c'est-à-dire un antidote.

La croix, quant à elle, est un symbole ambivalent. D’une part, elle est l’emblème tragique des Noces de Sang, illustrées dans l’œuvre de Valentin Andreae, par la sextuple décapitation qui précède les opérations alchimiques réalisées dans huit étages de la tour d’Olympe. D’autre part, autant chez Gerhard Dorn que chez Valentin Andreae, la croix est aussi un symbole de quaternité. Dans l’orthodoxie chrétienne, au sens de foi véritable, la trinité ou plutôt tri-unité implique un dualisme absolu, « le monde » ou « la nature » étant totalement exclus dans la mesure où ils sont le lieu, le domaine de Satan.

Mais, sublime alchimie, grâce à l’union nuptiale réalisée sous l’égide du spiritus Mercurius, la matière régénérée accède au domaine métaphysique. Si les trois branches de la croix symbolisent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, la quatrième devient le lieu de la matière, monde et nature, sublimée, ou encore du spiritus Mercurius. La matière devient ainsi un élément de la quaternité, de la croix, rendant possible une lecture à l’envers de la devise rosicrucienne « per crucem ad rosam » en « per rosam ad crucem ». Grâce à l’hermétisme, l’axiome de Marie la Prophétesse se voit réalisé : « Voici le quatre, dans la mesure duquel le Trois, réunit avec le deux dans l’Un, accomplit tout ce qu’il faut miraculeusement ».

Cette lecture peut permet d’appréhender, l’alliance du nom de Rosenkreutz ou de Rose-Croix, qui peut se lire dans les deux sens, avec le prénom de Christian. Il est le témoin privilégié d’une vision apocalyptique, celle de la rédemption de la nature, par le véritable Adam hermaphrodite, dont les alchimistes ont annoncé la venue. Mais en même temps, il le chrétien accompli, vivant dans la prière et la méditation, qui reconnaît sa faiblesse, son ignorance et sa méditation.

Il conviendrait d’évoquer de nombreux autres auteurs, dont Paracelse, qui combinait les deux symboles de la Rose et de la Croix, de la transmutation alchimique et de la résurrection, ou de John Dee, qui dans son Monas Hieroglyphica (1564), qualifie la Monade de « messager céleste ». Cette conception, vraisemblablement tirée du dixième Traité du Corpus Hermeticum, qui présente l’intellect comme un nôos daïmon, un « ange assistant » bon ou mauvais guidant les âmes pieuses vers la lumière de la gnose, mais enfonçant les âmes pourries dans le mal, est reprise par Andreae dans la seconde journée des Noces chymiques.

Il convient de mettre l’accent sur l’Esprit-Mercure, le spiritus Mercurius, qui figure en filigrane dans le texte de l’invitation aux Noces que reçoit Chrisian Rosenkreutz. Les trois Temples situés sur la montagne ou doit se rendre Chrisian Rosenkreutz rappellent qu’Hermès est Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand. Il est l’alpha et l’oméga (Aurelia occulta, 1613), il est ternarius, il est le Logos incarné (Hermetis Trismegisti Tractatus aureus de Lapidis philosophici secreto). Il prendra donc de multiples formes, parmi lesquelles, la fontaine baptismale, remplie d’eau mercurielle, dont sortira le second Adam. L’inscription gravée au-dessus de la fontaine précise qu’Hermès : « après tant de préjudices causés au genre humain, il est devenu selon le décret de Dieu et avec l’aide de l’alchimie, une médecine salutaire ».

Nous connaissons l’ambivalence de la double nature du mercure, capable de métamorphose, d’un processus partant du mal pour aboutir au bien. Il est Hermès (le jeune), mais aussi Saturne (le vieux). Il devient le médiateur par excellence entre le ciel et la terre, entre la matière et l’esprit, la Pierre Philosophale.

C’est ce mercure des philosophes qui est l’acteur de toutes les métamorphoses qui vont avoir lieu dans la Tour d’Olympe, sous l’égide de la vierge Alchimia, elle-même une représentation du spiritus Mercurius. Pour Carl Jung, Mercure, telle la Vierge Marie à laquelle il est assimilé, a enfanté la Pierre Philosophale. Il la porte dans son ventre, et le moment venu, il donne naissance au Filius macrocosmi, par le sang duquel les corps inférieurs sont teintés et ramenés guéris dans le Ciel d’Or.

C’est un processus de ce type auquel va participer Chrisian Rosenkreutz dans la Tour d’Olympe. Cette dénomination symbolise l’élévation vers Dieu, et fait référence au traité X du Corpus Hermeticum : « Cela est salutaire pour l’Homme, la connaissance de Dieu. C’est cela qui est la montée vers l’Olympe ». Et l’île sur laquelle se trouve la tour est carrée, parce qu’elle représente la terre (comme dans la tradition alchimique chinoise !), point de départ de la transmutation alchimique.

Le huitième étage de la Tour d’Olympe, lieu de la régénération du couple royal, verra le « mariage chymique », acte suprême d’unification qui achève le grand Œuvre. Comme l’avait décrit Poimandrès dans son traite I du Corpus Hermeticum : « L’homme peut s’élancer désormais vers le haut à travers l’armature des sphères planétaires, qui sont au nombre de 7, et il parvient, dénudé de ses vices, à la nature ogdoadique. »

« Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz » sont donc tout à la fois la conjonction de l’androgyne, l’union de l’Homme avec sa forme parfaite en Dieu, et l’harmonie de l’Homme avec la matière sublimée. En ce, ils correspondent aux idéaux qui guident et motivent les Frères Princes Chevaliers Rose Croix.

J’ai dit Très Sage Athirsata

D\ L\                                                       



ANNEXE 1
La régénération spirituelle de Christian Rosenkreutz
Christian Rosenkreutz est la figure dirigeante à la fois des manifestes rosicruciens et des Noces, mais on peut s’interroger pourquoi il n’apparaît que sous les initiales C.R. ?
Pourquoi J.V Andreae a-t-il choisi de faire de Christian Rosenkreutz le héros de son allégorie baroque sur la relation entre la vraie foi et la vraie science ? Je n’ai pas de réponse à cette question.

Les trois écrits rosicruciens diffèrent. La Fama est à la fois un récit et un manifeste (résumé de sa doctrine), la Confessio une confession, c'est-à-dire l’affirmation publique d’une foi et d’une doctrine, et les Noces un roman biographique, voire un conte comme le détaillera Carl Jung dans Psychologie et Alchimie.

FAMA NOCES CHYMIQUES
Les membres de l’ordre rosicrucien sont tous célibataires et ont fait vœu de chasteté. L’ouvrage est entièrement orienté vers le mythe du mariage.
Christian Rosenkreutz abandonne son pèlerinage vers Jérusalem pour être initié à la sagesse ésotérique de l’Orient.
L’attitude du manifeste à l’égard de l’Orient est si positive qu’il a été considéré comme un effort pour promouvoir la substitution d’un occultisme arabe prétendu aux méthodes des arts et de la science et des arts dans le Saint Empire Romain Germanique.
Les clés du livre, le rêve du jour 1 et le drame du jour 4, révèlent une allégorie qui à son niveau le plus profond est chrétienne.
Une appréciation négative de l’Orient musulman est clairement exprimée par le personnage du Maure, qui représente le péché, la corruption, la mort et le démon.
Il n’y a pas d’élévation dans la légende rosicrucienne : l’apogée du mythe survient au cours de la découverte du cadavre de C.R. dans le caveau secret. L’histoire commence à la veille de Pâques. La résurrection du Roi et de la Reine (Christ et son Église) sert de joyeuse apogée au livre. Il n’y a ni mort ni funérailles de Christian Rosenkreutz.
L’Ordre rosicrucien est nommé par ses fondateurs, et ses membres emploient les lettres C.R. comme leur « Sceau, Marque et Caractère ». L’ordre dans lequel Rosencreutz est intégré à la fin du livre n’est pas la « Rose-Croix », mais la « pierre d’Or », et ses règles ne sont en rien celles du rosicrucianisme.

Je n’ai volontairement pas retenu la différence d’âge des personnages (16 ans environ dans la Fama, 81 ans dans les Noces), ni la particularité de leur statut. Le vieux maître est en effet l’esprit qui enseigne, qui explique les secrets selon les doctrines des Anciens, le transmetteur de la sagesse traditionnelle (Saturne comme vieux mercure). A contrario, le jeune prince, symbolisé par le Mercure régénéré est le filius regius, mais également un des aspects de l’esprit polymorphe enfoui dans l’inconscient du héros et qui se révèle à lui.

ANNEXE 2

Nous allons tenter de mettre en exergue l’expression de l’Hermétisme chrétien puisé dans les écrits Rose-Croix, et particulièrement, dans les Noces Alchymiques.

1/ Les voyages
Des baguettes de pèlerin sont distribuées aux Chevaliers. La baguette est signe de commandement, emblème modeste de la vigilance et du droit de l’exercer, ainsi que « bâton qui accompagne le Chevalier Rose-Croix dans ses voyages ».
Dans la Fama, Christian Rosenkreutz se dirige vers Jérusalem, mais ne prend pas la Voie Royale symbolique que Luther condamnait comme théologie de la gloire, mais une seconde route, nécessitant l’usage de la boussole, c'est-à-dire de la Grâce accordée par les Sacrements ; de plus, il ne choisit pas cette voie, dans laquelle il est conduit par le Saint Esprit.
Le but du voyage est clairement la Rédemption.

2/ La Cène
Dans la perspective du 18ème Degré, il s’agit d’une transmission de la connaissance et de l’esprit qui s’exprime sous forme symbolique. Les paroles de notre Rituel sont différentes de celles de la tradition chrétienne.
Au jour 7, Christian Rosenkreutz est conduit dans une salle qu’il ne connaît pas ou les tables ont été préparées. « Ce fut le dernier et le plus noble repas auquel je fus présent. Après le repas, les tables furent soudainement retirées, et de curieuses chaises furent placées au centre. » Toutes les personnes présentes furent élevées Chevaliers de l’Ordre de la pierre d’or, et un page lut les articles réglementant l’Ordre. En sorte que ce repas auquel Christian Rosenkreutz a été convié ne paraît pas représenter l’essentiel du drame allégorique. Il convient de noter que, puisque ce rêve a eu lieu à la veille de Pâques, ce n’est qu’au jour 7 que s’achèveront les cérémonies nuptiales. Mais nous n’évoquerons pas le mariage lui-même, car s’il est fréquemment représenté par les alchimistes sous forme d’union Souffre/Mercure, il est absent du 18°.

A ce stade, l’interprétation de la Cène est difficile : le partage du pain symbolise un partage entre compagnons de nourriture terrestre, impliquant la mise en œuvre de la vertu théologale de la Charité ? Ou plutôt d’un partage de nourriture spirituelle, puisque la Charité nous aide à rendre notre esprit moins dépendant de la matière ?
Quant à la transmission du vin, en tant que « symbole de la Connaissance qui élève notre esprit », le caractère symbolique de la consommation semble indiquer que le geste essentiel est la transmission. Contrairement aux enseignements des degrés précédents (rechercher l’idée sous le symbole), on pourrait s’interroger si le Chevalier ne fait pas partie des élus destinés, comme dans certains Gnosticismes à accéder par nature à la connaissance porteuse de salut.
Il me semble néanmoins que cette prétention gnosticiste s’oppose à la devise de notre Ordre « Ordo ab Chao », qui implique que le Franc-Maçon, par sa connaissance de lui-même et du monde, et par la conscience qu’il a de l’esprit, peut contribuer à la mise en ordre de l’univers, à commencer par lui-même. A cet égard, le grade semble bien l’aboutissement d’une Gnose au sens de la connaissance acquise par les efforts du Chevalier, mais s’oppose par la même au Gnosticisme qui recrute ses adeptes dans l’obéissance à des Maîtres inconnus.

3/ Le Phénix, l’Aigle, le Pélican
Le Phénix est le symbole de la résurrection et de l’immortalité. Cet oiseau mythique est l’emblème de la pensée immortelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendres.
Dans les Noces, Christian Rosenkreutz décrit le Sépulcre Royal : « il y a aussi même endroit que le glorieux Phénix, au sujet duquel je publiai il y a deux ans un discours particulier. Et je suis résolu, au cas où cette narration se révèlerait utile, à établir plusieurs traités particuliers, concernant le Lyon, l’Aigle, le Griffon, le Faucon, et d’autres … ».
Rappelons que ces animaux appartiennent à la fois aux symbolismes alchimique et théologique. Dans son ouvrage « Doctrinae christianae summa », J. V. Andreae exprimait trois attributs complémentaires au Christ :
- La Suprême Puissance : l’Aigle
- La Charité suprême du don de soi : le Pélican
- La Résurrection : le Phénix 

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