Obédience : NC Loge : NC Date : NC


La Sainte Arche Royale de Jérusalem

Selon les termes de la conférence historique faite par le 3ème principal lors de la cérémonie d’exaltation, la troisième loge ou grande loge royale correspond au temple reconstruit par Zorobabel, Aggée et Josué, après la captivité à Babylone. C’est à elle que se réfère, dit le rituel, le Chapitre de l’Arche Royale. Cette référence appelle 3 observations.

Remarquons tout d’abord que les 2 premières loges qualifiées respectivement de Sainte et de Sacrée ont droit simplement à l’appellation de Loges ; la troisième qui est Royale est dite Grande Loge. Cette dénomination paraît impliquer une supériorité. De quelle royauté peut-il s’agir qui se situerait au-dessus de la sainteté et du sacré ?

Si on s’en tient aux données historiques, on ne perçoit rien dans la destinée de cette Grande Loge Royale qui puisse lui conférer un tel caractère. Le Temple qui la matérialisait, déjà endommagé par les envahisseurs puis restauré et agrandi par Hérode, a en effet été détruit par Titus en l’an 70 de notre ère et il ne fut jamais reconstruit. Sic transit gloria mundi. Il ne semble donc pas que l’exceptionnelle grandeur que l’on invoque puisse être attachée à un souvenir localisé, alors que les valeurs mises en comparaison exigent la pérennité.

Il serait peut être plus juste de supposer, et le rituel d’exaltation y incite, qu’il s’agit de faire retrouver, sous les ruines apparentes du temps et de la matière, le secret ineffable gravé dans l’éclat inaltérable de l’or. Mieux encore, et grâce à ce secret, on peut penser que l’objectif tangible est de reconstruire ce temple, à la perfection et d’une manière impérissable, hors de toutes limites matérielles, spatiales et temporelles. Il est affirmé en effet que la sainte Arche Royale est partout et toujours où sont les trois principaux et les compagnons qui les assistent. Observons enfin que, si le thème de la construction de cette Grande Loge Royale qu’évoque le rituel, entreprise par Zorobabel, prince du peuple, par Aggée le prophète et par Josué le grand prêtre, est en accord avec les données de l’ancien Testament, il est dit aussi, et le Chapitre de l’Arche Royale est ainsi établi, que ces 3 Principaux sont assistés des scribes Esdras et Néhémie. Cette fois nous sommes hors des données historiques, telles que la Bible nous les présente. L’affabulation et l’anachronisme sont flagrants. Esdras n’est arrivé à Jérusalem que 58 ans après la reconstruction du Temple et Néhémie le suivirent quatorze ans plus tard. Ne parlons pas non plus du récit des séjournants et du mot retrouvé. Rien dans les saintes écritures n’y fait allusion.

Ces apparences ne doivent pas nous retenir outre mesure. Elles nous ramènent aux observations faites précédemment. Il est clair que la signification du rituel se situe sur un autre plan que ces données à références temporelles et l’attention doit se porté sur le symbolisme dont elles forment le support. Le fait est évident.

Essayons de percevoir les choses dans le cadre du rituel que nous connaissons et pratiquons, alors que notre ouverture d’esprit, notre sensibilité, notre réceptivité peuvent plus ou moins différer de celles de ses auteurs et des F\ F\ auxquels ils s’adressaient. C’est d’ailleurs à cette épreuve du temps que s’apprécie le signe de la spiritualité.

Avant que les séjournants ne commencent leur périple, le 3ème principal, Josué, fait comprendre aux candidats le but de l’entreprise. Il leur lit pour cela 2 passages du livre des proverbes qui ont trait à la recherche et à la pratique de la sagesse. Il suffit de rappeler ces versets où tout est condensé :

« Si tu appelles la sagesse et si tu élèves ta voix vers l’intelligence ;
Si tu cherches comme l’argent, et si tu poursuis comme un trésor ;
Alors tu comprendras la crainte de l’Eternel et tu trouveras la connaissance de Dieu…
Heureux, homme qui a trouvé la sagesse et l’homme qui possède l’intelligence !
Elle est un arbre de vie pour ceux qui la saisissent…
C’est par la sagesse que l’Eternel a fondé la terre, c’est par l’intelligence qu’il a affermi mes cieux… »

Nous voyons que la finalité est tout autre que la construction d’un édifice matériel. Il s’agit ni plus ni moins de la connaissance au sens absolu et métaphysique du mot, c'est-à-dire la Connaissance de Dieu. On y parvient par la sagesse et par l’intelligence, qui sont de la nature de Dieu et que Celui-ci a fait la grâce de placer en l’homme. C’est ce que laisse entendre le texte annonciateur d’Aggée, que le second principal lit aux séjournants encore dans le caveau, où ils ont découvert le rouleau de parchemin, avant qu’ils ne reçoivent la « lumière du mot sacré » :

« La parole de l’Eternel se révéla sur Aggée, le prophète. Maintenant, fortifie toi Zorobabel, fortifie toi Josué Fortifie toi peuple entier du pays. Et travaillez ! Car je suis avec vous dit l’Eternel des armées, et mon esprit est au milieu de vous. Encore un peu de temps et j’ébranlerai les cieux et la terre, la mer et le sec. J’ébranlerai toutes les nations ; les trésors de toutes les nations viendront et je remplirai de gloire cette maison. La gloire de cette dernière maison sera plus grande que celle de la première, dit l’Eternel des armées ; et c’est dans ce lieu que je donnerai la paix, dit l’Eternel des armées ».

Alors, mais alors seulement, les nouveaux compagnons enfin éclairés du mot sacré qui est l’essence de Dieu peuvent ils lire ce qui est écrit sur le parchemin : les premiers versets de la Genèse, de la Bible. C’est par la présence de Dieu, la clé de l’écriture entière et de la Création. « Mon esprit est au milieu de vous » annonce Aggée. Saint Luc dira de même (XVII, 20) et St Paul précisera : « L’Esprit de Dieu habite en vous ». Comprenons la portée sublime de la promesse faite par L’Eternel des armées, au sens biblique des mots, par Celui qui règne sur l’ensemble des puissances et des forces de la terre et du ciel. Cette promesse, celle de la dernière maison, c’est, au-delà du Temple que rebâtit Zorobabel et ses Compagnons, le Jérusalem céleste, le véritable et éternel Temple de Dieu, quand selon les termes de la conférence mystique du premier principal, nous aurons passé sous l’Arche de la rédemption pour être admis dans le séjour de béatitude et de gloire éternelles, en présence de Celui qui est le grand Je suis, l’alpha et l’oméga, le Commencement et la Fin, le Premier et le Dernier. Tel est le royaume qui transcende la sainteté et le sacré, car il en est l’essence constitutive, l’Esprit.

En même temps que le rituel fait aux nouveaux exaltés cette révélation, « fondation et clé de voûte, dit-il, de l’ensemble de l’Edifice maçonnique », il prend soin de leur préciser qu’ils n’ont pas reçu un 4ème grade dans la F\ M\, mais un complément de celui de M\ M\. Cela exige un instant de réflexion. Avec évidence le rapprochement se fait. Hiram qu’avaient tué les mauvais compagnons, s’est trouvé ressuscité à la fois dans sa personne set dans celle du nouveau M\, car Hiram est immortel parce qu’il est la Connaissance et la vie. Le temple qu’il édifiait pour le roi Salomon, n’était pas fait de pierres, mais de promesse donnée par le Très Haut. Ce temple de Salomon préfigure celui du Jérusalem Céleste, le temple dont les assises et le secret ne peuvent être atteints par les vissicitudes du temps, car, dans leur attache en notre cœur, ils sont une étincelle jaillie de Dieu. Cette étincelle, que l’Initiation aide à percevoir, s’épanouira, si elle est vivifiée, en une Lumière resplendissante ; elle ne peut jamais s’éteindre.

Nous savons que cette vision grandiose de la Jérusalem Céleste, dont le temple de Salomon n’est que l’image sensible, est celle que décrit St Jean, sous le patronage de qui travaillent les Mâcons, St. Jean, dont l’enseignement apocalyptique est repris au terme de la conférence mystique de Zorobabel, Saint Jean dont le livre aux 7 sceaux que couvre l’Agneau Mystique révèle les symboles des 4 principales de nos bannières entourant le Tau, symbole majeur de l’Arche Royale, le signe d’Ezéchiel, où les commentateurs du Moyen Age voyaient une figure de la Croix.

Et cet enseignement incomparable nous ramène à la base, au fondement de notre édifice Maçonnique. Il est clair que cette vision du Temple est celle qui s’offrait déjà à l’Apprenti, dés que ses yeux s’ouvrirent à la Lumière. L’ineffable symbole est en entier présent dés cet instant. Quelle erreur profonde et profane serait de ne voir dans l’Initiation que de vagues règles morales touchant à la Tolérance et aux bons rapports entre les hommes ! Le message initiatique, et cela vaut pour tous les rites traditionnels, se situe sur le plan de la plus haute spiritualité, celui de Dieu. Il est dit que la réalisation effective, la transformation de la pierre brute en pierre taillée est le fruit de l’effort, de l’action, du Travail. Là est la leçon incomparable des bâtisseurs, qui en œuvrant modestement et en s’appliquant à faire toujours mieux, avaient conscience de participer à l’œuvre créatrice de Dieu et de s’élever vers lui.

Au Rite Emulation, proche de l’ancien rituel opératif et qui a le plus d’affinité avec celui de l’Arche Royale, il était autrefois d’usage, à la cérémonie d’Initiation, de donner lecture au postulant, de ce verset du 1er livre des Rois disant que le Temple fut bâti en silence avec des pierres toutes taillées et sans l’aide d’aucun instrument. On ne pouvait pas mieux laisser entendre que le Temple à construire sur ce modèle doit échapper au domaine de la matière. L’instruction au premier degré le précise en indiquant que si nous connaissons parfaitement les enseignements de la F\ M\ et si nous les appliquons, « ils nous conduiront vers cette demeure éternelle construite sans bras, éternelle dans les Cieux ».

Pourrait-on, au lieu de cette similitude, qui fait d’un rituel l’achèvement et le couronnement d’un autre, concevoir une discordance sans que l’Initiation elle-même ne fût mise en cause ? Ainsi que la vérité, l’Initiation, qui en est sinon la Révélation du moins son mode d’accès et de perception, est une par nature. Elle ne se fragmente ni ne se complète. Tout ce qui vient après, s’il est vrai aussi, ne peut que s’y inscrire en harmonie, avec comme seul mérite et comme seule justification, l’art de rendre mieux sensible à l’intelligence ce qui est déjà perçu par le cœur et gravé dans l’esprit. C’est le passage, l’élévation et l’exaltation.

Telle est la leçon grandiose de la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Quintessence de la philosophie maçonnique, elle nous montre qu’au-delà des formes bibliques et de leur valeur ésotérique, le temple à construire, qui est celui de l’Eternel, n’a plus de limites ni contingentes ni cultuelles. Il appartient pourtant à chaque Maçon d’en découvrir la voie et la clé de voûte, car il est construit à cette échelle de l’Universel, que Jacob nous fait pressentir ; nous avons la promesse grâce à l’esprit, qui est au milieu de nous, et que nous atteindrons par notre Raison et par notre Amour : Seigneur le Père, Seigneur le Verbe, Seigneur l’Esprit, clé de voûte de l’Arche caténiforme rassemblant l’ensemble des F.F., pierre vivante, cette pierre rejetée par les bâtisseurs.

R\ A\


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