Obédience : NC Loge : NC Date : NC

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers
ORDO AB CHAO
DEUS MEUMQUE JUS
Au nom et sous la juridiction du Suprême Conseil  des Souverains Grands Inspecteurs Généraux du 33°
et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France

La resacralisation du Temple
par la marche des neuf maîtres
 
La construction du Temple du roi Salomon par son architecte Hiram est relatée en détail dans le Livre des Rois, et nous avons fait de cet épisode biblique le corps de la cérémonie d’élévation à la maîtrise, l’adaptant aux particularités maçonniques qui sont les nôtres.

Ainsi, l’achèvement du Temple touche-t-il à sa fin; le travail est rude, et quelques bruits de révolte commencent à gronder chez les compagnons, en particulier parmi une quinzaine d’entre eux qui désirent plus que tout connaître les secrets du grade de Maître.

Trois d’entre ces derniers, sans doute plus résolus et cruels que les autres, animés par la convoitise, se rendent dans le Temple au moment où notre Maître Hiram a pour habitude de faire ses dévotions au Très Haut, et exigent de lui qu’il leur livre son secret ; face à son refus catégorique, ces mauvais compagnons lui  portent les trois coups fatals que l’on connaît.

Hiram meurt donc, assassiné dans le Temple qu’il était chargé d’édifier selon les plans du Grand Architecte dont il est l’unique interprète, et où tout, par essence, est sacré; cette mort violente aura pour conséquence immédiate de désorganiser le chantier qui se retrouve dès lors sans aucun repère, désacralisant ce lieu particulier, rompant ainsi  tout lien avec le Divin.

Sur ordre du roi Salomon, neuf maîtres partent à la recherche de sa dépouille ; il sera retrouvé grâce à la perspicacité de l’un d’eux, qui reconnaîtra l’acacia ; puis il ressuscitera en la personne du nouveau Maître qui se sera substitué à Hiram lui-même, lequel relèvera celui-ci à l’aide des cinq points parfaits : « le Maître sera ainsi retrouvé, et réapparaîtra aussi radieux que jamais », remettant ainsi en force cette énergie occulte qui nous habite.

Rappelons en quelques mots ce en quoi consiste pour nous, Maçons, la sacralisation d’un lieu.

A l’ouverture de nos travaux, dès le premier degré, sur ordre du Vénérable Maître, le Frère Expert procède au tracé du Tableau de Loge : ce faisant, il va matérialiser un espace particulier de communication et d’échange avec le Divin, où viennent se conjuguer la présence de Dieu lui-même, et la volonté de l’homme de s’élever vers des niveaux de conscience supérieurs.

Cet espace figurera en réalité la reconstitution d’une cosmogonie primordiale, où l’on retrouvera notre passé et notre devenir, à la fois fondement et projet indispensables à l’édification rituelle de notre propre Temple intérieur qui, seule, nous permettra de progresser en nous dévoilant peu à peu le chemin vers la Lumière, par la voie du Grand Architecte.

Ce sont donc ainsi les rites que nous accomplissons, qui représentent symboliquement l’acte de la Création originelle, qui vont sacraliser l’espace que nous aurons préalablement choisi.

Sa matérialisation représentera l’image de la réorganisation de notre chaos intérieur (« ordo ab chao »), représentation d’un univers parfaitement ordonné par la volonté divine qui nous détachera du monde profane qui nous entoure, pour nous entraîner vers cette Unité Originelle qu’il nous faut retrouver au fond de nous-même par l’accomplissement de notre Devoir, découverte qu’il nous appartiendra alors de transmettre à ceux qui nous entourent, afin d’en partager avec eux le secret.

Par cet acte fondateur, l’expert va donc sacraliser ce lieu qu’est le Temple où nous nous réunissons, nous laissant le soin de faire un cheminement identique au fond de nous-même, passant ainsi d’un infiniment grand à un infiniment petit, cheminement qui nous permettra alors de retrouver cette Unité Primordiale conçue par le Créateur, et qui nous habite déjà sans que nous en ayons encore pleinement conscience.

Cette sensation étrange qui nous envahit alors, à cet instant de la sacralisation, est en fait la perception intuitive que nous avons de cette infime partie de nous-même qui nous habite depuis toujours, de cet espace pressenti hors des seules dimensions connues de l’homme, et dont nous aurions sans doute continué d’ignorer jusqu’à l’existence, si nous n’avions pas été initiés par nos Frères qui, eux, avaient déjà parcouru ce chemin.

Cette volonté de sacralisation que nous manifestons ainsi, nous permet donc de recréer peu à peu au fond de nous-même un espace-temps qui nous était jusqu’à présent inconnu, d’où les affres du monde profane seront totalement exclues, et dans lequel il conviendra que nous nous appliquions à faire notre Devoir du mieux possible, comme nous le précise à maintes reprises nos rituels, d’ailleurs avec de forts nombreux avertissements.

Cette voie ainsi tracée, si elle reste finalement la même pour tous, nécessite qu’elle soit suivie chacun selon son propre rythme, et à son propre niveau : il y a un temps pour chacun de nous, et ce temps sera matérialisé en particulier par le degré auquel nous évoluons : apprenti, compagnon…..maître secret…

Nos trois mauvais compagnons, qui représentent, rappelons-le, l’ignorance, le fanatisme, et l’ambition, ne l’avaient manifestement pas compris, et leur avidité à connaître trop tôt le secret du Maître les a conduit à tuer ce dernier avec la cruauté que l’on connaît.

Il ne s’agit pas là d’une légère transgression, dont nous connaissons par ailleurs l’utilité, mais d’un crime abominable dont la gravité a entraîné la mort d’Hiram, celui qui sait, qui parle à Dieu, et exécute ses plans.

Cette mort a des effets terrifiants, et  une fois la stupéfaction passée, force est de constater que notre progression spirituelle est bloquée net : la lumière a disparu, il n’est plus possible de lire les plans, tout est désorganisé ; tels à la Tour de Babel, les hommes ne se reconnaissent plus, ne se connaissent plus, ne s’aiment plus, et Hiram gît à même le sol en emportant avec lui le secret qu’il était seul à connaître, symbolisant ainsi le retour à la matière qu’inspire l’horizontalité de son corps ainsi allongé, nous laissant ainsi seuls face l’ouvrage inachevé, et par là même désacralisé.

Pourquoi une telle punition ? S’agit-il du retour au chaos ? Qu’allons-nous devenir ?

En fait, la victoire de nos trois mauvais compagnons n’est qu’apparente, et sera de courte durée.

Car si le voile de la mort est passé à cet instant sur le visage d’Hiram, c’est bien parce que celui-ci l’a voulu, respectant son serment en accomplissant son Devoir « jusqu’au sacrifice », réalisant ainsi la première partie de cette transmutation alchimique qu’est le « solve », pressentant que cette mort terrestre n’est en fait que la préparation au « coagula » qui devra nécessairement suivre, puisque cette curieuse ambivalence n’est en fait que le simple accomplissement de la Loi.

Hiram n’a pas répondu aux coups qui lui sont portés, de la même façon qu’il n’a pas non plus cherché à les esquiver, ou si peu : sa mort était écrite, il le savait, cela fait partie des plans du Grand Architecte.

Tel le Christ sur la croix, qui au moment de mourir, prononcera ces mots d’une incroyable lucidité : « c’est accompli », Hiram acceptera sa propre mort afin que puisse se réaliser la volonté de Dieu.

Salomon, le Sage, va alors envoyer neuf de ses Maîtres, pour retrouver la dépouille d’Hiram, afin de lui donner une sépulture convenable, et lui rendre ainsi les hommages dus à son rang.

NEUF, nombre d’harmonie symbolisant la création et la vie en tant que rythme, est également le nombre de celui qui accomplit la volonté divine ; c’est ainsi, selon la kabbale, le chiffre de l’accomplissement ; c’est pour nous, Maçons, sans doute le nombre éternel de l’immortalité humaine, trois puissance trois, trois : retour à l’unité recherchée.

Dernier nombre avant le DIX, il évoque également la fin d’une série, la fin d’un cycle : la mise en mouvement de nos neuf Maîtres figure bien, en effet, la montée en puissance de cette énergie occulte qui sommeille en nous, qui va nous permettre de retrouver le Centre du Monde que figure Hiram, avant de relever ce corps qui à cet instant gît encore sur le sol.

C’est la libération de cette énergie qui va re-sacraliser le Temple, « notre » Temple.

Observons que le mouvement ainsi initié reste toujours le même : les trois tours que feront « dextrorsum » nos neuf Maîtres autour de la dépouille d’Hiram, donc vers le Centre, les amèneront immuablement vers celui-ci tel un aimant, dans une progression centripète qui viendra s’inverser une fois que notre esprit aura été au contact même de celui-ci, dans un mouvement cette fois centrifuge, qui n’aura d’autre but que de nous amener à transmettre ce que nous aurons pu acquérir à son contact.

Cette « contraction » n’est pas sans rappeler les circonvolutions du labyrinthe de Chartres, qui amènent à plusieurs reprises sur son parcours celui qui l’emprunte vers le centre, puis vers la circonférence, et ce à plusieurs reprises.

L’intensité que nous développerons à libérer cette énergie sera cependant bien différente selon chacun de nous : il est vrai que l’exercice des vertus n’est pas chose aisée, et de trop nombreuses contingences extérieures, matérielles et profanes, viennent fréquemment polluer nos efforts, rendant ainsi le résultat parfois extrêmement aléatoire, pour ne pas dire improbable.

Sans doute faut-il voir là l’une des raisons pour laquelle nos maîtres sont neuf : « seuls, nous ne pouvons rien », mais à neuf…..toutes les combinaisons sont alors possibles, comme le laisse présumer la dispersion des neuf caractères hébraïques, que nous retrouvons disséminés en circonférence de notre Tableau de Loge.

Quoiqu’il en soit, cette énergie, dont nous découvrons peu à peu la puissance croissante, engendrera au fond de nous-même cette exigence de faire sans cesse disparaître le vieil homme que nous connaissons de mieux en mieux au fur et à mesure que le temps passe, afin de renaître à chaque fois dans un être nouveau, totalement re-généré ; re-naissance, ou plutôt résurrection, que nous ne pourrons vivre que dans cet espace ainsi re-sacralisé.

Et c’est très exactement ce qui se produit lorsque le nouveau Maître est relevé après s’être substitué à Hiram, à l’aide des cinq points parfaits ; c’est ainsi qu’il passe de l’équerre au compas, prenant dès lors cette dimension spirituelle qui lui faisait défaut jusqu’à présent : il a compris que l’Axis Mundi, l’Omphalos, le centre du monde -lieu sacré par excellence- que personnifie Hiram, est bien celui qu’il lui faudra sans cesse tenter d’approcher ; et seule cette approche lui permettra de se transcender pour continuer sa progression.

Notre Tableau de Loge n’est d’ailleurs pas muet à ce sujet : outre le fait qu’il soit maintenant placé verticalement derrière notre Trois Fois Puissant Maître, rappelant ainsi que le Maître a été ressuscité en passant de l’équerre au compas, il laisse apparaître en son centre la lettre « Ghimel », dont le sens caché est le mouvement, figurant ainsi une sorte de va et vient incessant le long de l'échelle de Jacob qui relie la terre au ciel, ou encore la pulsion, la vibration qui mobilise l'âme vers autrui.

Vigilance et persévérance sont donc de rigueur pour maintenir au plus haut les principes qui précèdent : continuellement mourir pour renaître nécessite des qualités que seule l’ascèse, que constitue l’exercice incessant de nos Vertus, pourra nous permettre d’atteindre.

Et ce travail est en effet sans fin : il est indispensable à chaque instant de savoir, de vouloir mourir pour renaître, de comprendre que seule l’exercice incessant de ce mouvement nous permettra de nous transcender, en passant ainsi, à chaque instant, d’un état inférieur à un étant supérieur, de la circonférence du cercle vers le centre, et inversement.

Ces allées et venues ne sont pas sans rappeler les obstacles rencontrés par Dante dans sa descente aux Enfers d’où il ressortira victorieux, ni l’énergie développée par Isis pour rassembler les parties dispersées du corps d’Osiris, duquel elle enfantera Horus par le moyen que l’on sait, ni enfin les remontées hivernales d’Apollon vers l’hyperborée sur son char ailé, pour en ramener la lumière à Delphes.

Cette énergie, que nous développons donc avec la rigueur de nos rites, nous permet en définitive de continuer de nous transcender, en découvrant à chaque cycle mort/renaissance évoqué un territoire nouveau, évoluant sans cesse sur cet axe qu’est le Centre, pour aller du plus profond de nous-même vers ce que le Grand Architecte veut bien nous laisser entrevoir de plus haut à notre compréhension humaine.

Ce faisant, nous passons paisiblement du monde de la raison à celui de l’intuition, domaine où les seuls mots nous semblent parfois incongrus pour exprimer ce que l’on ressent au fond de nous-même, de telle sorte que le silence nous paraît parfois préférable ; ce silence, d’une qualité particulière, n’empêche pas le partage, bien au contraire, à la condition de respecter scrupuleusement ce que notre rituel de Maître Secret nous enseigne ; là est sans doute notre secret.

J’ai dit, Trois fois Puissant Maître.

Résumé
La sacralisation d’un lieu, que nous aurons préalablement choisi, est le fruit de l’application de rites que nous y pratiquerons ensemble, afin d’y créer ainsi un espace/temps particulier, privilégié, dans lequel pourra s’établir le lien avec le Divin : c’est la construction du Temple du roi Salomon, c’est aussi celle de notre Temple intérieur, et l’essence même de ce Temple est bien entendu sacrée.
La transgression suprême que constitue le meurtre d’Hiram viendra stopper notre quête, désacralisant par là même le Temple en cours de construction.
Notre propre volonté, associée à celle des neuf Maîtres envoyés par Salomon pour nous y aider, pourra cependant réveiller à nouveau cette énergie occulte qui sommeille en nous ; cette énergie nous permettra alors d’approcher à nouveau le Centre, but de toutes nos recherches, afin de nous transcender pour mieux appréhender la voie divine, re-sacralisant ainsi notre Temple, lieu où s’accompliront tous nos efforts futurs.

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