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Les Outils du Meurtre

Lors de la cérémonie d’élévation à la Maîtrise, les trois actes du meurtre d’Hiram nous sont présentés avec les différents protagonistes et leurs attributs symboliques.
Le premier acte voit s'accomplir le meurtre de l'Architecte par trois mauvais compagnons ; le deuxième acte concerne les recherches et la découverte du cadavre ; enfin, le troisième acte est consacré au relèvement, depuis la position horizontale jusqu'à la position verticale, du corps inerte d'Hiram.
Le 1er acte de ce meurtre symbolique s’articule autour de 3 pôles : la victime, les criminels et les outils du meurtre.
Aujourd’hui nous nous intéresserons, aux trois outils : la règle, le levier et le maillet, qui ont servi à perpétrer ce meurtre.

Mais je ne saurais passer sous silence, la personnalité de la victime et les circonstances de ce drame symbolique.
La personnalité de la victime
Salomon, voulant élever un temple à l'Eternel demanda l'appui de son voisin, le roi de Tyr. Celui-ci lui envoya les plus habiles de ses ouvriers, et un homme chargé de diriger les travaux du Temple, un architecte nommé Hiram.
Aussi farouche qu'instruit, Hiram possédait l'Art de bâtir jusqu'en ses moindres détails. A son arrivée, Hiram avait réparti les ouvriers en trois classes distinctes selon leur profession :  à sa droite, se rangèrent ceux qui tra­vaillaient le bois, à sa gauche, ceux qui s'occupaient des métaux ; enfin, au milieu se trouvaient ceux qui travail­laient la pierre.
Hiram divisa chacune des classes en trois parties, d'après le savoir de ceux qui les composaient. Les moins instruits constituèrent dans chaque classe les apprentis ; ceux qui étaient habiles dans les travaux qu'ils exécutaient furent les compagnons, enfin ceux qui dirigeaient les autres furent les maîtres.
les Apprentis se rassemblaient devant la colonne J:. pour recevoir leur instruction, leurs vivres et leur salaire ; les Compagnons, faisaient de même près de la colonne B:., enfin les Maîtres, étaient admis à se réunir dans l'intérieur du Temple.
Afin d'empêcher toute confusion entre ces ordres, chacun des membres recevait une parole mystérieuse indi­quant sa place dans la hiérarchie. Dans cet ordre établi par le Maître, seul le savoir permettait aux ouvriers de s'élever d'un rang.
Chacun se félicitait de sa direction empreinte à la fois de justice et de bonté. On lui était reconnaissant d'avoir organisé le travail d'une manière équitable, en proportion­nant les salaires aux capacités.

Le Drame Symbolique
L'admirable organisation, instituée par ce chef bienveillant, aurait dû fonctionner d'une manière parfaite. Mais la perfection n'est pas dans la nature des choses : c'est un idéal vers lequel tendent les êtres et les institutions, mais que nul ne saurait atteindre.
Hiram hélas, devait éprouver en sa personne à quel point la perversité se glisse insidieusement dans le cœur  humain, en dépit de tous les efforts d'instruction et quelle que soit la sagesse des mesures prises dans l'intérêt commun.
Trois mauvais Compagnons persuadés que la Maîtrise leur était due, alors qu'on persistait à leur refuser cet avancement, voulurent arracher de force au grand architecte du Temple la parole mysté­rieuse des maîtres. Il organisèrent, à cet effet, le plus infâme des complots. Ils décidèrent son assassinat : cet acte de violence injuste et odieux qui consiste à exécuter un innocent.

Les maîtres se réunissaient chaque jour dans une chambre située au milieu du temple. Le sage Hiram sortait le dernier de tous, après s'être assuré par lui-­même de la bonne exécution de ses ordres. Connaissant cette particularité, les trois compagnons s'embusquent chacun à l'une des trois portes et attendent la sortie du grand architecte.
Hiram, les travaux de la journée accomplis, se dirige vers la porte Sud, où il trouve le premier qui lui demande la parole des maîtres. Hiram lui répond : « travaille, persévère et tu seras récompensé » ; le com­pagnon veut frapper Hiram à la gorge avec la pesante règle de fer dont il s'est armé ; le maître détourne le coup et est atteint à l’épaule droite.
Hiram se rend alors à la porte de l'Occident qui ser­vait d'entrée commune à tous les ouvriers. Là se trou­vait le 2e compagnon qui, sur le refus du maître de livrer son secret, le frappe avec son levier à la nuque, le coup est détourné sur l’épaule gauche.
Tout étourdi, Hiram se traîne jusqu'à la porte de l'Orient où il rencontre le 3e conjuré, « plutôt la mort que de violer le secret », répond Hiram. Rendu plus furieux encore que ses complices par le refus de l'architecte, le criminel l'achève d'un coup de maillet sur le front.

La légende, réduit à trois, les ouvriers criminels. Fait unique dans les rituels de la Maçonnerie bleue : ce sont trois symboles à visage humain qui fomentent et exécutent le meurtre d'Hiram. Ils représentent : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.
Ensemble ou chacun, ils symbolisent également les tares les plus condamna­bles de l'homme profane ou bien de l'initié qui a si mal ou si peu travaillé sa Pierre qu'il ne sait pas maîtriser ses instincts, ses envies, ses pulsions internes.
La préméditation de leur méfait est manifeste, les ouvriers félons ayant comploté et s'étant munis d’armes avant de passer à l'acte.

Les outils du meurtre
A propos de ces outils, tout Maçon a le droit légitime d'exprimer sont étonnement d'entendre prononcer dans le rituel, le nom d'Outils symboliques ravalés en la circonstance au rang d'armes offensives et meurtrières. Il semble invrai­semblable et aberrant que plusieurs outils puissent, même à titre exceptionnel, servir à blesser un être humain et lui donner la mort. A priori, le but du symbole n'est pas de tuer mais, au contraire, de nous aider à vivre mieux.

Mais en Maçonne­rie, rien ne se fait sans raison. Il serait vain de croire en effet que ces trois acteurs se situent successivement en trois lieux différents du temple et que la victime est frappée par trois outils en trois endroits différents de son corps pour l'unique besoin d'une mise en scène.

Pourquoi ces 3 outils ont-ils été choisis pour perpétrer le meurtre ?

Tout d’abord la Règle
Parce qu’elle sert à tracer des lignes droites, la règle est un symbole de rectitude. A l'origine, en effet, la règle est l'instrument primordial du Maître d'Oeuvre, qui conçoit l'ordonnance du Temple, en tant que struc­ture terrestre, réplique d'un ordre céleste. La règle a ainsi non seulement une valeur symbolique, mais plus profondément une valeur spirituelle, en se définissant comme un trait d'union entre le ciel et la terre.
Son importance est soulignée lors des voyages de la postulante au grade de C.'., elle l’accompagne dans 4 des cinq voyages. La règle du Compagnon divisée en 24 sections incite, à chaque heure du jour, à chaque instant, la Franc-maçonne à se mettre à l'ouvrage dans la rectitude, dans l'application, dans la régularité. Outil symbolique actif, elle se combine aisément avec un certain nombre d'autres outils actifs ou passifs. Avec le Compas, elle donne la possibilité de construire presque toutes les figures géométriques. En association avec la Perpendiculaire et le Niveau, elle permet la mise en place correcte des pierres de l'édifice. Enfin, avec l'Equerre, elle est indispensable pour vérifier le travail accompli.
Instrument par excellence de l'Art du Trait, cette science secrète dont Hiram se servit pour l'édification du Temple de Salomon, elle sert non seulement à concevoir l'édifice, mais à le réaliser et à vérifier la justesse de la construction, de ses proportions. Princi­pe créateur, la règle est présente à toutes les étapes, de l'idée à la concrétisation. Elle permet la précision dans l'exécution.
Pour la Maîtresse Maçonne la Règle permet la mesure parfaite de l'espace car ses proportions sont proches du nombre d’or. Mais elle lui donne aussi le sens de la mesure. Mesure dans le contrôle des pulsions et des attitudes.
Elle est aussi le symbole de l'Autorité. La Règle est le Sceptre du professeur, c'est d'elle qu'il va se servir en tant que pédagogue lorsqu'il frappera sa chaire afin d'obtenir, de ses élèves, le silence qui doit accueillir sa parole. Et il adviendra parfois qu'elle lui serve également d'instrument de correction en même temps que d'affirmation de son ascendance, de son pouvoir.
Qu'elle préside à l'édification d'un temple (art du trait), aux conventions (règle de jeu, règle de vie) ou aux statuts (règle religieuse), la règle propose des directions qui toutes visent à une construction, qu'elle soit d'ordre physique, moral ou spiri­tuel.

Ensuite le Levier
Au IIIe siècle avant JC, Archimède, Mathématicien grec, aurait affirmé être capable de soulever le monde à l’aide d’un levier. Cette image particulièrement frappante était destinée à démontrer la toute-puissance de l’un des plus anciens outils utilisés par l’homme pour déplacer les charges lourdes.
Le Levier sous sa forme la plus élémentaire est une barre rigide, mobile autour d’un axe ou d’un point fixe. Comme Archimède l’a démontré, deux forces sont alors en présence : d’une part la force motrice appelée « puissance » qui correspond à l’action de l’homme, d’autre part la force appelée résistance qui est le poids de la pierre.
Le Levier sous-entend l'effort maximum, et par là, il fait référence à la Force. La Force est cette vertu qui consiste tout aussi bien à pouvoir contenir les plus grandes craintes, qu'à modérer les mouvements d'audace les plus hardis, afin que l'Homme, à cette occasion, ne se détourne jamais de son devoir. Le levier est donc l'outil qui permet de multiplier les forces de la Maçonne.
Cette faculté, que l'ancienne scolastique médiévale dénommait le don de Force, est en fait le Courage.
Mais le levier est comme le Ciseau, un intermédiaire "passif". Il ne devient "actif" que par la puissance de celui qui l'utilise. Il se rapporte donc à la Connaissance accessible par l'initié. Le Levier devient alors Force féconde mais dangereuse si elle n'est pas contrôlée par la Règle, le Niveau et la Perpendiculaire.

Le 3e outil est le maillet
Le maillet est un marteau de bois à deux têtes, dont se servent en Loge la Vénérable Maîtresse, et les deux Surveillantes pour faire exécuter les travaux, donner des signaux, provoquer des ondes sonores rythmiques et imposer le silence. Entre leurs mains, le Maillet symbolise le pouvoir.
Le maillet est l’arme de Thor, dieu nordique de l’orage, outil d’Haphaïstos, dieu de la forge. Etant assimilé à la foudre, il est à la fois créateur et destructeur, instrument de vie et de mort.
C’était également l’arme par les soldats au Moyen-Age et l’outil à un grand nombre d'ouvriers et d'artisans tel le menuisier, le tonnelier ou le tailleur de pierre.
Il est généralement en buis, bois choisi à cause de sa dureté et il symbolise la fermeté et la persévérance.
Le Maillet agit de façon discontinue. Ceci montre que l'effort ne peut être poursuivi sans interruption et qu'une pression continue sur le Ciseau lui enlèverait toute précision. Le maillet est alors le symbole de l’intelligence qui agit et persévère.
Dans certaines civilisations, on posait le maillet sur le front des agonisants pour leur faciliter le passage, l’envol de l’âme. Cette tradition se retrouve à Rome, le Doyen du Sacré Collège, frappe d’un coup de maillet en ivoire, le front du pape qui vient d’expirer, avant de proclamer sa mort.
La symbolique du Maillet révèle trois formes du puissance :
-                     la puissance brutale à caractère primitif de l’arme de combat terrestre,
-                     la puissance créatrice et ordonnatrice à caractère divin de l'activité céleste symbolisée par la foudre ou le tonnerre,
-                     et la puissance de connaissance avec un caractère relationnel de l'humain au divin.

Ces trois outils au symbolisme profond font référence à un grand nombre de vertus :
La règle fait référence à l’Ordre, à travers la rectitude et la régularité,
Le Levier à la force, au courage, et à la résistance
Le maillet à l’intelligence, la persévérance,
Ce sont des outils de construction destinés à nous faire avancer dans la connaissance maçonnique et spirituelle grâce à leurs apports positifs.
Dans la mort de notre Respectable Maître Hiram, ils sont détournés de leurs aspects positifs pour se révéler être des armes redoutables au service de  la violence brutale et de la mort. Mis dans les mains des mauvais compagnons aux pulsions incontrôlées, générée par le désir de puissance, la recherche du pouvoir, ces outils retrouvent leurs aspects primitifs de démolition et de destruction.

Mais au-delà des aspects propres à chaque outil, il est nécessaire de d’essayer de comprendre quel sens attribué à leur rôle dans ce drame ?

A la Porte d'Occident, la première blessure est infligée avec la règle, à l'épaule droite, contraignant le Maître à plier le genou droit qui touche terre. Mais c’est la gorge, siège de l’émission verbale, passage de l’air et de la nourriture qui était visée.
L'Occident figure l'endroit le moins éclairé, le point cardinal où le Soleil - la Lumière maçonnique - disparaît pour un temps déterminé.
La Porte d'Occident est le passage oscillant entre le monde initiatique et le monde profane, entre la connaissance de soi (connaissance ésotérique) et les connaissances indispensables à la vie sociale (connaissances exotériques).
L'épaule et le genou droits représentent la latéralité positive, émettrice, active du corps humain. Sous l'effet du coup, ce pôle positif anesthésié provoque un court-circuit au contact de la Terre­ Elément.
Cette première blessure rituelle a pour objet de supprimer en Hiram son génie créateur, son  habileté technique liée à son immense savoir intellectuel.

A la Porte du Nord - virtuelle dans le temple maçonnique - le Maître est blessé avec le levier à l'épaule gauche ; il tombe alors sur le genou gauche. Mais c’est la nuque qui est visée.
Le Nord est dans l'hémisphère boréal, assez bien éclairée ; on y fait siéger les Apprentis pour amorcer la dissipation des ténèbres de leur ignorance initiatique.
La Porte du Nord - qui existait concrètement dans le temple de Jérusalem - figure au plan astronomique le point cardinal où se trouve l'étoile polaire, au plan maçon­nique la présence de l'Etoile Flamboyante.
L'épaule et le genou gauches représentent le côté négatif, réceptif. Le traumatisme paralyse le côté du cœur,  qui entre lui aussi en contact avec la Terre-Elément, déchargeant une grande partie de son énergie.
Cette deuxième blessure rituelle, destinée à tuer en Hiram ses structures éthiques, ses qualités morales et son acuité psychique, et son affectivité.

Enfin, à la Porte d'Orient, la 3e blessure est portée avec le maillet sur le front. Mortellement atteint, Hiram s'écroule à terre, les pieds tournés vers l'Orient, et rend le dernier soupir.
L'Orient est l’espace sacré d’où jaillit la Lumière. Dans le temple maçonnique la Porte d'Orient s'ouvre sur la Lumière initiatique et  sur l'Orient Eternel.
Etendu sur le dos, à l'horizontale, le corps de l'Architecte, sa tête en direction de l'Occident, est en contact total avec la Terre­ Elément, c'est-à-dire avec la matière, laquelle possède les mêmes composants que ce corps physique.
Cette troisième blessure a l'aspect rituel de "coup de grâce" : acte délibéré du bourreau à l'encontre de sa victime.
Mais il est capital d'observer la position du corps d'Hiram, pieds vers l'Orient­ et tête vers l'Occident. Ce dernier point cardinal est en effet, le lieu du soleil couchant, de l'obscurité naissante, donc de la quasi-ignorance et de la mort physique, exotérique en quelque sorte.
La tête est un lieu de passage vers le cosmos de l'énergie spirituelle de l'être humain, ainsi qu'une entrée à l'intérieur de ce dernier des énergies cosmiques symbolisées par la Lumière.
En conséquence, le geste violent du troisième compagnon veut avoir pour résultat de briser en Hiram sa Porte d'Orient, d'inter­rompre l'écoulement de son énergie vitale, de mettre fin à la connaissance spirituelle acquise par l'Architecte, d'anéantir le grand initié qui avait élevé un temple à la gloire de la Lumière éternelle. Mais ce résultat n'est pas obtenu car le chef-d'œuvre  réalisé durera un certain temps alors que le Temple Intérieur d'un parfait initié est bâti pour toujours ; seul le corps physique d'Hiram cesse de vivre.

Enfin, l’ensemble des trois blessures composent dans l'espace un triangle dont le symbolisme nous renvoie au Delta Lumineux, au Principe Créateur, au Grand Architecte de l’Univers.
Le héros de ce drame n'a rien d'un homme ordinaire, en raison de l'œuvre capitale de sa vie, c’est l’initié accompli, le paradigme de toute initiation menée à son plus haut degré, le modèle que les Maîtres Maçons ont le devoir d'imiter, de prendre pour exemple à défaut de le diviniser.

Ces outils diabolisés nous plongent dans le monde profane où se développe la montée inexorable de la violence. Aussi moi, maîtresse maçonne, je dois avoir à l’esprit de toujours combattre :
-                     la mauvaise mentalité qui a fait abattre sur le Maître la Règle du premier assassin ;
-                     l'étroi­tesse de sentiment qui animait le misérable qui s'en est pris au cœur d'Hiram, en le meurtrissant à l'aide d’un Levier ;
-                     la vanité, l'orgueil de commander et de briller qui a allongé la main du troisième vers le Maillet fatal, qui consomma le meurtre d'Hi­ram.
La légende d'Hiram vue à travers l’analyse des trois outils du meurtre, nous permet d’entrevoir une partie du mystère transmis par ce sage qui meurt plutôt que de livrer son secret, et qui ressuscite immortel. Le but tout entier de la légende se trouve renfermé dans cette mort du juste tué en secret et dans son écla­tante résurrection.
C’est la victoire de la vérité sur les erreurs, de la résurrection sur la mort, d'Hiram qui est la vertu sur les trois compagnons scélérats.
Car les outils ne sont que des instruments en nos mains. A nous de manier la règle, le levier et le maillet de manière positive.
En mourant avec le Maître, la maîtresse maçonne est morte à une existence vulgaire et misérable. Elle s’est relevée purifiée des passions grossières des mauvais compagnons. Transfigurée par la lumière de l’initiation elle ne redoute plus la mort car elle a acquis la liberté intégrale.

J’ai dit.

Y\M\ R\

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