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Des Apocalypses Chrétiennes
 et autres catastrophes
Vrais Apocalypses, Messies ou fariboles ?
ou Du bon usage des vrais et des faux …

Il faut relativiser. La fin du Monde est une idée vieille comme le Monde. C'est le mythe le plus universel que l'Humanité ait conçu. Outre la fin du Monde, ces prédictions traduisent le plus souvent la fin d'un monde et l'avènement d'un nouvel ordre où seraient bannis tous les travers et erreurs de l'Humanité. L’une des prochaines date fatidique est prévue pour le 21 décembre 2012. Loin de faire exception, cette fin du Monde annoncée n'est que la 183e du nom ! Elle s'inscrit dans une très longue série de soit-disant catastrophes prédites par les oracles, mages et autres astrologues depuis l'effondrement de l'Empire romain. Pour ne pas parler des civilisations antérieures.

Regardons par exemple la fameuse Peur de l’An Mil. Elle ne concernait toutefois nullement les juifs qui en étaient à leur année sacrée 4'760, pas plus que les musulmans qui se disaient en 378 qui ne voyaient pas en quoi ils seraient concernés par les « Mille ans du Dragon et diable apocalyptique enchaîna pour 1000 ans… » Alors quid de ces famines, humains dévorés, comme malheureusement écrit par Jules Michelet ? Une invention des historiens du XIXe, selon leurs collègues d’aujourd'hui que remarquent que vers l’An Mil, les techniques agricoles évoluaient, les échanges commerciaux de même, la création de nombreux monastères, très peu de gens sachant lire et écrire. A tel point que la majorité ignorait que Jésus était né mille ans avant. Le peuple se fiait aux saisons ou aux décès des rois, en guise de calendrier. En l’An Mil, on a continué de construire, voyager, faire des enfants.

Depuis mille cinq cents ans, pas une décennie ne s'est écoulée sans que des prophètes de mauvais augure ne prévoient la disparition prochaine des humains. Après avoir été l'apanage des hommes d'église puis des romanciers de science-fiction, l'idée de la fin du Monde est devenue un thème scientifique. En particulier celui des astrophysiciens. En décryptant la lumière des étoiles, ils ont en effet démontré que tout ce qui vit dans l'Univers est périssable. D'ici quelques milliards d'années, notre Soleil expirera à son tour. La fin du Monde est devenue un mythe incontournable de notre civilisation. Explorer son histoire, c'est aussi se questionner sur les grands mystères de la vie, sur le sens de l'histoire, la direction du temps, le mystère de la mort et les rapports de l'Homme avec Dieu. Il faut relativiser le catastrophisme ambiant autour du phénomène " 2012 ".

Selon Roland Emmerich, s’il faut craindre une fin de monde pour 2012, il faut plutôt l’attendre pour 2036. De très sérieux scientifiques russes l'affirment: un astéroïde géant risque de percuter notre planète en avril 2036, a annoncé le directeur de l'agence spatiale russe, Anatoli Perminov.

L'astéroïde Apophis, que tout astronaute amateur peut apercevoir au bout de sa lunette à condition d'habiter en Europe ou en Afrique du Nord, évolue aujourd'hui dans l'espace de telle sorte que sa trajectoire pourrait l'amener à percuter notre planète à cette date. Le diamètre d'Apophis est de 350 mètres, soit trois terrains de football. La collision avec l'astéroïde pourrait entraîner, par la violence de l'impact, la transformation instantanée en désert d'un territoire de la taille de la France ou de graves tsunamis, selon l'agence RIA Novosti. Des savants russes estiment qu'Apophis pourrait d'abord passer à 30 000 kilomètres de la Terre en 2029, soit plus près que grand nombre des satellites qui gravitent autour de la planète bleue. La collision aurait seulement lieu sept ans plus tard. «Mieux vaut dépenser quelques millions de dollars pour créer un système permettant de prévenir une collision que d'attendre qu'elle se produise en entraînant la mort de milliers de personnes», a indiqué Anatoli Perminov. Un raisonnement tenu pour d’autres phénomènes de ce type, annoncés. Prévenir une collision entre deux corps spatiaux? L'utilisation d'explosifs pour désintégrer l'astéroïde, technique fréquemment utilisée dans les films, n'aurait que des conséquences aggravantes: les fragments viendraient s'écraser sur la Terre. La (NASA) a, un temps, envisagé d'envoyer un vaisseau spatial à proximité d'Apophis. La force d'attraction entre les deux objets suffirait à faire changer de route l'astéroïde.

Le scénario du désastre 2012 est une imposture alimentée par la publicité faite autour du film hollywoodien «2012» «A l’évidence, il y a de l’argent à faire avec la peur d’une proche fin du monde», soupire David Morrison, un scientifique de l’Institut d’astrobiologie de la NASA. Il a déjà reçu un millier de courriels qui lui demandent des précisions sur la catastrophe prévue le 21 décembre 2012. Un adolescent lui a même fait part de sa volonté de se suicider pour ne pas assister à la destruction de la Terre. La plupart des autres questions commencent par «Je sais que vous ne pourrez pas nous dire la vérité, mais…». Comme les demandes ont tendance à se ressembler, Morrison a mis en ligne un ensemble de 20 questions-réponses détaillées1, histoire de déminer le terrain fangeux de la rumeur.

Ceci étant dit, vous n’apprendrez pas ici ce qu’est le sens de la vie ni le pourquoi de notre mort inéluctable. Nous qui sommes la seule espèce qui a conscience de sa propre mort sans connaître le sens de la vie, à priori. Nous pouvons garder à l’esprit cette pensée du génial métaphysicien et mathématicien Leibniz qui dans son « Discours de Métaphysique » (recherche des causes premières et de l’être) disait, je cite « Nous sommes sujets à nous abuser quand nous voulons déterminer les fins ou conseils de Dieu », fin de la citation. Ou cette opinion de Nicolas Malebranche (contemporain de Louis XIV) dans ses « Méditations chrétiennes » de 1683 qui disait « La connaissance des causes finales n’est pas nécessaire dans la physique ».

 

Encore une citation, en forme d’interrogation personnelle, pour conceptualiser, celle de Max Weber. Dans Le Savant et le Politique, il dit « Qui donc, de nos jours, croit – à l’exception de quelques grands enfants qu’on rencontre encore justement parmi les spécialistes – que les connaissances astronomiques, biologiques, physiques ou cliniques pourraient nous enseigner quelque chose sur le sens du monde, ou même nous aider à trouver les traces de ces sens, si jamais il existe. »

Vous n’entendrez pas grand-chose non plus sur les grandes sectes millénaristes telles que les Adventistes et Les Témoins de Jéhovah, leurs dissidents, les Adventistes du Septième Jour, ni sur les Mormons, les Amis de l’Homme toujours basés en campagne genevoise, ni des Pentecôtistes. Non, ma posture, comme on dit, sera totalement à l’opposé de celle qu’a dû lâcher et admettre Galilée accusé par le dit «Saint», Office. Vous souvenez-vous de ces paroles terribles qu’il était contraint de prononcer, au risque de sa vie, je cite : « Moi, Galilée, fils de Vincent G. de Florence, âgé de 70 ans, et agenouillé devant les très Eminents et très Révérends Cardinaux de toute la chrétienté, généraux Inquisiteurs contre la perversité hérétique et, ayant devant moi les très saints Evangiles… je jure que j’ai toujours cru, que je crois en ce moment précis et que j’espère, avec l’aide de Dieu, croire à l’avenir tout ce que soutient, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique et apostolique. Mais puisque j’ai été vraiment soupçonné par ce Saint-Office d’hérésie, c’est-à-dire d’avoir soutenu et cru que le Soleil est le centre du monde, qu’il est immobile, alors que la Terre se meut … avec une foi véritable, j’abjure et je maudis, je déteste les erreurs et les hérésies que je viens d’énoncer. » Sans commentaire.

Ce fameux livre saint qui clôt la Bible, ce livre des Révélations qui regarde vers la Nouvelle Jérusalem à construire dans les âges nouveaux, prédit les pires maux et plus effroyables terreurs du monde existant pendant mille ans. Il a interpellé, par son symbolisme qui résume l’histoire de l’humanité, des personnalités telles que les réformateurs Wycliffe, Luther, Joseph Mede et même Isaac Newton.

Souvenez-vous de son ton et son style. Ainsi en exemple, le chapitre XX nous dit :

« Puis je vis un ange descendre du ciel, tenant en main la clé de l’Abîme et une énorme chaîne. / Et il maitrisa le dragon, cet antique serpent qui est le Diable et Satan, et il l’enchaîna pour mille années. Il le jeta dans l’Abîme, l’emprisonna et scella sa prison, afin qu’il cessât de tromper les nations jusqu’à la consommation des mille années. Et après cela, il devra être relâché pour une petite saison. / Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent et on leur remit le jugement ; et je vis les âmes de ceux qui furent décapités pour avoir été témoins de Jésus et de la parole de Dieu et n’avoir pas adoré la Bête, ni son image, ni reçu sa marque sur leur front ou leurs mains ; alors ils vécurent et régnèrent avec le Christ pendant mille années. / Mais les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement. C’est la première résurrection. / Béni et saint celui qui prend part à la première résurrection ; la seconde mort n’a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils règneront mille ans. / Et quand les mille années seront écoulées, Satan sera libéré de sa prison et sortira pour duper les nations des autre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, eux qui sont aussi nombreux que le sable de la mer. Alors, ils envahirent l’intégralité de la terre et investirent le camp des saints et la Cité bien-aimée. Mais un feu de Dieu descendit du ciel et les dévora. » Gog et Magog représentent les nations païennes et les forces obscures.

Cette prophétie établit que ceux qui moururent à la destruction du Temple de Jérusalem de l’an septante, devaient ressusciter mille ans plus tard, lorsqu’un pouvoir sans Dieu s’emparerait de Jérusalem. Notons que ce ne fut que mille ans plus tard, en 1099, que les croisés campèrent au nord de la Palestine, en vue des murs de la Cité Sainte.

Les apocalypses – il faut insister, LES apocalypses - sont liées à ces questions fondamentales. Vous n’apprendrez pas, non plus, si Jean est le réel et seul auteur de L’Apocalypse éponyme, ni s’il tire une inspiration dans le millénarisme antique égyptien. Mais vous saurez qu’il existe, après l’une des premières probablement, celle de Zoroastre vers 600 av. J.C. puis d’autres évocations de fin du monde, des apocalypses dans presque toutes les grandes cultures. Tant dans des légendes islandaises et scandinaves de l’Edda, des allusions dans les mystiques germaniques anciennes (légende du Loup qui dévore le Soleil), des écrits semi-légendaires mayas, hindous, dans les traditions juives et musulmanes, des apocryphes. Il ne s’agit pas non plus d’entrer dans les réflexions des saints Paul, Augustin ou Teilhard de Chardin sur le sens de l’aventure des humains et du cosmos, de l’Alpha à l’Omega, de l’évolution de la matière à la divinisation de l’homme. Et pas beaucoup du chiffre 666, code de La Bête apocalyptique (qui serait Néron le Romain), ni sur le 777, aussi important symboliquement, sauf quelques éclaircissements sur la numérologie hébraïque classique. Il ne s’agit pas non plus d’entrer dans le domaine des visionnaires, aussi sérieux que Edgar Cayce ou Jeanne Dixon, ni d’accompagner des Paco Rabanne et sa «Fin des temps», ou vers des ouvrages sur L’Atlantide d’un Berlitz ou ceux d’un Charroux. Il s’agit d’un autre thème.

Symboles des horreurs ultimes des derniers jours du monde, marqués d’épouvantables phénomènes avec gigantesques déferlements d’océans, écoulements montagneux, inversion du magnétisme et modification de la rotation terrestres, ouvertures béantes de crevasses terrestres, embrasements fracassants de ciels en fureur. Donc, forcément signes de fin des mondes avant le 21 décembre 2012, dernière date à la mode ? C’est quoi une apocalypse ?

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Pour tout de suite déflorer le sujet avec quelques nombres, revenons-en à cette fin finale de 2012 qu'auraient prédit les MAYAS, le 21 décembre exactement. D‘autres évoquent aussi 2026. Ils ont des cycles temporels de 13 baktuns qui, chacun représente 144'000 jours, donc plus de 394 ans. Le calendrier maya part d’un événement religieux mythique qui peut correspondre au 11 août 3114 av. J.C. Le système est un multiple de 20. Pour faire simple, ces 13 baktuns indiquent la fin d‘un cycle qui s’achèverait, selon le grand cycle maya par « la destruction du monde et sa renaissance ». Cette fin de monde aurait été prévue pour le 24 décembre 2011, selon l’auteur de science-fiction Frank Waters. Mais cette date s'est révélée fausse, disent d’autres auteurs de livres bien sûr, parce que, je cite « le noeud du solstice d’hiver en précession se rapproche de plus en plus du point … où il éclipsera le centre galactique », fin de la citation. C’est clair, non ? D‘autres font intervenir un rayon de la Voie Lactée reliant les humains et leur planète au soleil, au centre de la galaxie. D’autres encore insistent sur l’alignement de planètes prouvant, je cite encore « une formidable occasion de croissance spirituelle ». Vous êtes avertis. En réalité, rien ne prouve que les Mayas ont cru eux-mêmes que leur calendrier se terminerait le 21 décembre 2012. D’autres stèles montrent des dates bien ultérieures au 13e baktun. Donc…

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Pour rester chez les Anciens, dans la mythologie et la cosmogonie CELTIQUES existe le récit appelé « Seconde Bataille de Moytura », allusion à la déesse celte de la guerre Morrigu qui prophétise, elle aussi, une fin du monde avec confusion des saisons, corruptions des hommes, décadences des classes sociales, méchanceté généralisée, relâchement des moeurs. Un scénario considéré comme suffisamment intéressant pour avoir été repris par les bardes d’Irlande, avec un grand luxe de détails, dans le texte poétique compliqué intitulé « Entretien des deux sages», littéralement « Immacallam in da thuarad » (1). A noter que selon le fameux Strabon les Druides disent que « régneront un jour seuls le Feu et l’Eau ». On a le droit d’établir des parallèles avec l’Apocalypse chrétienne.

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Le courant APOCALYPTIQUE JUIF antique est né au IIe siècle avant J.-C. Maintenant, je vous invite à un exercice en approfondissant la notion de Messie dans le judaïsme. Il faut dire qu’il n’est pas directement question de ou du Messie dans la Torah, pas plus que d’existence après la mort. En réalité, dit un rabbin, il faut beaucoup de bonne volonté pour considérer qu’il s’agit de démonstration. S’il n’est pas question de réincarnation dans la Bible, elle joue un rôle important dans la Kabbale. Moïse n’avait pas une conception bien définie de l’histoire humaine.

L’une de ses premières manifestations se trouve dans le livre biblique de Daniel, rédigé en – 167. Avec des pseud(os) épigraphes tels que Enoch, visible dans une version éthiopienne connue dès le XVIIIe siècle et dont il existe des fragments araméens dans les manuscrits de Qumran. Un autre prophète Esdras est présent dans la traduction biblique appelée la Vulgate de Saint Jérôme. Il existe aussi celui d’Ezéchiel, L’Apocalypse grecque de Baruch, l’Apocalypse syriaque de Baruch, l’Apocalypse d’Abraham, l’Apocalypse d’Elie. Il faudrait aussi nommer, pour développer la conception juive du Messie, les prophètes Osée, Joël, Amos, Jonas (celui de la baleine), Michée, Zacharie et Malachie. Avec une notion novatrice, celle que Dieu aime tous les peuples, lorsqu’on lit Amos et Michée ; début d’un courant prophétique qui interdisait dorénavant de tomber dans un particularisme à courte vue. Si tout l’effort du monde vise à donner naissance au Messie, pour chaque individu ou pour toute l’humanité, les opinions sur les messianismes varient. Le prophète Samuel estimait qu’au temps du Messie, il n’y aurait plus d’asservissement.

Les noms du Messie varient. Le mot vient de l’hébreu MasSHoH qui veut enduire avec de l’huile, le "oint" futur roi sur lequel les flèches des autres n’atteignent pas. Toujours selon le Talmud, à l’école de Rabi Menahem, on l’appelait Menahem, à la yeshiva de Rabi Hanina, on disait Hanina, à celle de Rabi Yanaï on disait Yinon. Particularité de ces quatre appellations, les initiales des quatre noms forment le mot «Machiah» qui veut dire Messie. Yinon est le tétragramme sacré lui-même. Moment de rappeler que IHVH (Yavhé) est une contraction de celui qui a été, est et sera l’Eternel, hors du temps chronologique et des limites conjuguées du passé, du présent et de l’avenir.

Si vous me suivez jusque-là, le «hé» est remplacé par le «noun», extension importante qui symbolise l’avenir, numériquement de 5 à 50, avec cette lettre «noun», il n’y a pas de limite, lorsqu’elle est à la fin d’un mot.

Occasion de partager quelques notions de Kabbale authentique, avant quelques aspects de Guématria, qui est plutôt une petite arithmétique que de la Géométrie. Un éclairage particulier, relatif à la numérologie et pas au nombre 666, dit de la Bête. Si l’on reste fidèle au procédé herméneutique appelé la GUEMATRIA, numérologie qui signifie géométrie ou Guématria, art des lettres, il s’agit d’accorder chaque lettre de l’alphabet avec cette numérologie hébraïque et sa propre valeur numérique additionnelle. Dans le Talmud, il y aurait 32 méthodes d’étude du texte biblique, d’après un rabbin célèbre. Un autre parle 9 méthodes de science des nombres. Mais dans le Talmud qui n’utilise pas systématiquement la Guématria, une seule méthode est en vigueur. Elle représente, 99 % des enseignements d’Israël basés sur la numérologie. Il recèle des phrases aussi sibyllines que celle-ci « Le Messie ne viendra que lorsqu’aura disparu la dignité du Nassi, qui signifie le prince… » En fait, le Talmud explique rarement le contenu des guématriaot (pluriel de Guématria) qu’il donne. Parce qu’il appartient à chacun d’y réfléchir, sans abuser du procédé. On peut résumer le Talmud en disant que « les tekoufot (l’astronomie) et les guématriaot sont les parperaot les (hors d’oeuvre) de la science ».

Dans la Genèse, - en remarquant que Dieu a créé la Lumière AVANT le soleil et la lune ! - il est écrit que Dieu a créé l’homme à son image », c’est-à-dire que les lois entrées en application pour créer le monde sont celles-là mêmes qui sont observées par les célestes puissances. Les mêmes lois ont été mises en oeuvre sur tous les plans de la création, des nébuleuses à l’atome, du plus haut des cieux jusqu’à la manière la plus dense. Les types raciaux, si l’on peut oser l’expression, évoluent … toujours dans le même but, la réalisation spirituelle de l’espèce humaine, écrit un kabbaliste. Les lois divines dit Martial A.O. Tapiero dans « LES NOMBRES ET LE DESTIN » sont universelles et nul ne saurait y échapper. L’univers macrocosme est régi par la loi harmonique des nombres, avec un homme microsome considéré comme un univers miniature, régi par les mêmes lois. Les lois de cette évolution sont cycliques, suivent à l’infini le mouvement des nombres. Les cycles se succèdent en permanence, avec une renaissance, recommencement perpétuel en devenir. Pour les juifs, nous sommes dans l’Aube de l’ère messianique, si on pense à l’ère du Verseau, ressenti par l’approche du millénaire sabbatique. En l’an 1980, le calendrier hébraïque était dans sa 5740e année. L’an 6000 serait donc le cycle sabbatique à l’échelle millénaire, celle dit du St Esprit.

Cette conception messianique, on le voit, est fondamentalement optimiste, malgré toutes les raisons de désespérer. Elles sont toutes trompeuses. L’humanité réussira dans la réalité, pas uniquement parce qu’il y a eu des promesses. Sa valeur intrinsèque lui interdit de s’effondrer dans le mal ou l’échec. Sans néanmoins perdre son esprit critique devant certaines approximations. Même si un psaume, lu chaque matin en judaïsme, dit est qu’Israël n’admet pas tellement la légitime existence de « Messies », entre guillemets. Il n’aime pas du tout les usurpations messianiques. Dans ce contexte, le christianisme est considéré, en réalité, comme une régression, par de nombreux judaïsmes. Plus objectivement, excepté Maïmonide, Rabi Yaacov Emden, Rabi Yechaïa Horowits de Prague et le célèbre Rav Kouk, la posture générale du judaïsme est très hostile au christianisme. Réaction normale, dirions-nous, aux persécutions. Ce qui ne m’empêchera pas de vous dire que le Talmud, don je m’inspire largement ici, enseigne, dans un passage censuré par l’Inquisition qu’il NE FALLAIT PAS REPOUSSER JESUS des deux mains, comme l’a fait son maître, Yehoshoua ben Perahia, pour les connaisseurs. Mais, et c’est une autre histoire, la con sidération et l’estime générale pour le christianisme appartiennent encore à l’avenir, selon le rabbin cité plus haut, auteur de «Ouvertures sur le Talmud», remarquable synthèse. Je laisse à votre méditation ce passage étudié par le grand Maïmonide, dans ce qu’on appelle la prophétie d’Is, je cite «Le loup séjournera avec l’agneau et la panthère s’accroupira avec le chevreau» qui, en fait, a une simple valeur allégorique et évoque ainsi la sécurité recouvrée d’Israël au milieu des nations. Oh, si seulement …

Après la chute, l’échec de la dernière révolte juive contre les Romains (en 135), la notion d’apocalypse semblait disparaître du savoir juif. Ces thèmes sont néanmoins repris plus tard par un judaïsme rabbinique vivant avec un espoir de rédemption tout en rejetant les activismes politiques et militaires. Il n’est pas inutile de rappeler que les judaïsmes médiévaux puis modernes, avec ses fièvres et spéculations messianiques épisodiques, prouvent la continuité et le constant renouvellement d’un courant qui plonge ses racines à la veille de l’ère chrétienne.

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Pour l’HINDOUISME, plus exactement ses textes sacrés, l’Apocalypse n’est ni ignoré, ni un problème. Le mot, je n’ai pas trouvé d’équivalent en sanscrit ni en hindi. Il est plus que certain que pour les Hindous, on est en plein KALI YUGA, quatrième «yuga» ou subdivision, période du «kalpa» âge, cycle cosmique hindouiste, symbole de décomposition de l’humanité. Le plus court et le pire, ai-je noté, dans un ouvrage d’une sanscritologue réputée. Le démon ou la démone Kali, la très noire, inspiratrice de sectes pas plus dangereuses que d’autres, auquel sont associé désordre et destruction, règnent en maîtres. Le kali n’est pas uniquement un mal. Comment dès lors prendre au premier degré la phrase d’un éditorialiste d’un quotidien pakistanais, je le cite : «Malheureusement, le Kali Yuga (L’Age du Fer) devrait encore durer 429'00 ans. Il va falloir attendre un peu avant de connaitre un monde meilleur ! » ?

Poussons le raisonnement un peu plus loin avec les plus anciens textes sacrés sanscrits en n’oubliant pas les mots d’un disciple de l’immense Sri Aurobindo qui parlait de préjugés superficiellement scientifique qui ont causé je cite, « une si totale incompréhension du sens réel des Védas », fin de la citation. Sans oublier, je cite aussi, que le « mythe incarne la plus haute approximation de la vérité absolue qui puisse se traduire en paroles » fin de la citation.

Accompagnons l’orientaliste Alain Daniélou qui, après ses 20 ans d’Inde, estimait que les mythologies permettent de concevoir des états supérieurs de l’être. Sur la durée de l’Univers, il est écrit que « La vie de Brahmâ dure cent ans ». Une fois créé, le monde, consumé par le feu, reste inchangé pour un jour de Brahmâ qui est une période de 2 (milliards) et 160 millions d’années. Brahmâ dort pendant la nuit. A son réveil, il rétablit la création et se répète jusqu’à sa 100ème année, un nombre qui a besoin de 15 chiffres pour exprimer les années humaines. Les yugas ont chacun une durée de plus d’un million d’années, sauf l’actuel Quatrième Âge, le KALI Yuga qui dure 432.000 années humaines. Et 1000 cycles des 4 Yugas donnent un jour de Brahmâ dont la vie dure cent ans avant le Satya-yuga, l’âge d’Or. Ces 100 ans non humains écoulés, Brahmâ cesse lui-même d’exister. Lui comme les autres dieux et sages se résorbent alors dans leurs éléments constituants.

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La plus célèbre des apocalypses date de 19 siècles, plus 5 ans. La même qui voit trois visions monothéistes de fin des temps s’affronter sur le Mont du Temple, à Jérusalem. Encore aujourd’hui pour son malheur et celui de l’humanité tout entière, Il mêle sur 0,14 km 2, Genèse (le Mont Moriah, premier nom du Mont du Temple), Destruction du Temple par Nabuchodonosor en 586 avant J.-C., Démolition du Temple par les Romains en 70 et Assomption de Mahomet sur un cheval ailé.

Est-ce par leurs imperfections intrinsèques que les humains ont tant eu besoin de repères dans le temps ? S’il y a eu une Genèse, il y a eu un commencement, donc un début de tout l’Univers en forme de «Big Bang» ou autre. Donc, il y aura, irrémédiablement pour nos esprits linéaires, une fin. Une fin que certains, plus ou moins éclairés, américains souvent pour notre Occident, ont vue dans les passages de l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible des chrétiens. Etymologiquement le mot ne veut pas seulement dire «Révélation», donc «apokalupsis», mais aussi, en traduisant de l’hébreu «nigla» donc mise à nu, enlèvement du voile. Le texte commence, il est vrai, par les mots « Révélation, (au singulier) de Jésus Christ » (Ap1.1. Ce qui fait clairement allusion au retour du Christ sur terre.

De quoi parlons-nous ? Quelques clartés d’abord. L’Apocalypse le plus lu et le plus connu reste celui de Jean l’Evangéliste, seule apocalypse reconnue dans le Nouveau Testament. Reconnaissance qui ne s’est pas du tout passée facilement. Ainsi un prêtre romain du IIIe siècle craignait que ce récit ne favorise le Millénarisme. Ce qui est loin d’être stupide. Un évêque contestait le texte johannique pour des raisons… de style, alors que l’Eglise de Syrie l’ignorait totalement ; en Orient, on discutera de l’opportunité d’intégrer ce texte sulfureux au Canon ecclésiastique. En Occident, elle fut adoptée par le pape Damase, confirmée par les Conciles d’Hippone (ville de naissance d’Augustin en Algérie) et de Carthage en 397.

Les MILLÉNARISMES sont plusieurs. Millenium désigne le règne de mille ans de Jésus sur terre, comme le décrit le chapitre 20 de l’Apocalypse. Il faut distinguer les PRE millénaristes, interprètent littéralistes. Pour eux, Jésus mettra fin au règne des « Deux Bêtes » et du « faux prophète », amenant le début du MILLENIUM. L’Eglise serait enlevée dans un premier temps, accompagnant la PAROUSIE du Christ. Aurait lieu ensuite la disparition de la terre devant Dieu et le Jugement dernier. Les Post-millénaristes estiment que le retour de Jésus aura lieu APRES les mille ans de règne. Ils comparent le millenium avec le règne de l’église catholique. Les mille ans et la première résurrection (Ap.20, 1-6) correspondent, pour eux, à une victoire provisoire de l'Eglise du Christ, après la chute annoncée de l’Empire romain. Un temps de chrétienté avant le retour offensif du Mal. Certains pensent que cela va de l’Edit de Milan – phonétiquement 1000 ans, en 313 et la destruction de l’Ordre du Temple, en 1313, 1000 ans plus tard. Ce qui reviendrait à dire qu’il y aurait eu un Age d’or du christianisme, en prélude au déchainement de Satan, à la fin d’un cycle.

Troisième catégorie, les anti-millénaristes qui refusent l’idée d’un règne de Jésus sur terre ; pour eux, le Millenium est le règne éternel. Ils appliquent les prophéties au rétablissement d’Israël à l’Eglise.

Dans le Nouveau Testament, ce sont essentiellement des apocryphes parmi les quels L’Apocalypse de Pierre, L’Apocalypse de Jacques, L’Apocalypse de Paul, L’Apocalypse d’Etienne et, pour ne rien simplifier, L’Apocalypse, apocryphe lui aussi, de Jean. Lequel ?

Ajoutons à la complexité en disant qu’en dehors de L’Apocalypse canonique, donc officiellement et petit à petit, seul et unique reconnu par les conciles, il y a des passages entiers du Nouveau Testament au style d’écriture apocalyptique. Ce genre littéraire était extrêmement courant dans l’Ancien testament. Je pense d’abord au discours eschatologique de Jésus, selon les apôtres Mathieu (24-25), Marc (13), Luc (21,5-36), Pierre (2 P 3,10) et dans des passages des Epitres de Paul (2 Th, donc la deuxième lettre à Timothée 1,6-12 ; 2,3-12 ;).

L’Eschatologie veut dire, toutes croyances confondues, «annonce des fins dernières», vérités sur l’Au-delà, personnelle ou universelle, ce qui peut dire message de foi en un autre monde situé au-delà de celui où nous vivons et devant le remplacer. Dans l’eschatologie, il y a une vie éternelle pour l’âme après la mort du corps avec le concept de résurrection et dans les apocalypses, apparition du personnage de l’AntéChrist ou des mots comme « Géhenne », nom du torrent de l’Enfer, du nom d’un tout-à-l’égout de Jérusalem. Ainsi dans le Livre de Daniel, on trouve des prophéties de la fin des temps. Isaïe prophète lui-aussi, parle de « nouveaux cieux » et de « nouvelle terre », à la manière des derniers chapitres de l’Apocalypse. Les trompettes, comme celle de Jéricho, annoncent la conquête de la Terre promise par Josué. Ces trompettes sont comparées avec celles de l’Apocalypse annonciatrices de la Seconde venue de Jésus. Dans l’Evangile de Mathieu, chapitre 24, Jésus est interrogé sur les périodes et les signes de son avènement, à la fin du monde.

Ce livre l’Apocalypse, prophétise, importante précision, autant sur ce qui est arrivé, sur ce qui survient que sur ce qui doit arriver plus tard. Il n’est de loin pas le seul. Ni le premier, ni le dernier. Donc, il y a bien DES Apocalypses et pas un seul. C’est ce que nous tenterons de démontrer. Textuellement, il a été dicté à Jean « Ecris donc ce que tu as vu, ce qui est et ce qui doit arriver ensuite » (AP.1.19). L’Apocalypse est aussi interprétée, outre comme « Révélation », de savoirs secrets, fruits de visions et de voyages célestes, prophétisant dans une vision foncièrement dualiste du monde, affrontement du Bien et du Mal, des Lumières face aux Ténèbres comme le pensent les Manichéens, nous l’avons vu, annonçant forcément, selon certains, ce qu’on peut appeler l’imminence du dénouement cataclysmique de cette lutte.

Si nous nous référons à la très respectée Bible de Jérusalem, ces visions, je cite «n’ont pas de valeur en elles-mêmes mais, au contraire, pour le symbolisme dont elles sont chargées. Parce que presque tout, dans une apocalypse, prend une valeur symbolique». Fin de la citation. Que ce soit des chiffres, des choses, des parties du corps, des personnages. Lorsqu’il décrit une vision, le voyant semble traduire en symboles les concepts que le Divin lui suggère, en accumulant, couleurs, données, sans souci des incohérences. Seule solution avec les apocalypses, se laisser entrer dans ce jeu et ce code de langage, si particulier.

Ecrite à la fin du 1er siècle, vers l’an 70, avant la chute de Jérusalem en 70, à l’apogée du principat de Néron, après le martyre de St Pierre et Paul, L’Apocalypse de Jean suit une voix qui lui aurait dicté d’écrire, dans l’île grecque de Patmos, avec ces mots exacts « 7 chandeliers d’or, avec quelqu’un semblant être un fils d’homme aux cheveux blancs et sept étoiles dans la main droite… Un être qui aurait annoncé « Je suis le Premier et le Dernier… » L’Esprit en question lui inspirant des lettres aux Sept Eglises d’Asie. Jean aurait vu aussi «les 24 anciens de blanc vêtus, sur autant de trônes d’où jaillirent éclairs, voix, tonnerres et Sept lampes brûlant. Sur le trône (principal), son titulaire tient un livre scellé de Sept sceaux. Surgissent les 4 cavaliers, les martyrs demandant réparation de leur sang versé avant les grands bouleversement que sont la chute des étoiles sur terre, le soleil noircit, une foule en blanche robe, palmes à la main, devant les Sept anges aux Sept trompettes déclenchant des cataclysmes avec des sauterelles semblables à des chevaux de guerre, précédant un ange plus puissant vêtu de nuée, au visage semblable au soleil, aux jambes colonnes de feu, annonçant un fracas de «7 tonnerres» incitant, finalement, le visionnaire Jean à manger le livre tenu par cet ange ultime ».

Pour le contenu, en résumé on peut dire que les chapitres 1 à 3 introduisent le Livre avec des lettres aux sept Eglises d’Asie. Les chapitres 4 à 5 narrent des visions de l’auteur montrant la majesté et la puissance de la justice divine et du Christ. Jean raconte avec les chapitres 6 à 9 cette histoire de livre scellé de Sept sceaux, symbole de 1000 ans dans l’histoire temporelle terrestre. Au 10e, Jean dit avoir avalé un livre. Avec le 12e, Jean de Patmos rapporte la vision du Mal commencé dans le ciel lorsque Satan se rebella avant d’être chassé. La guerre qui y commença, continue de faire rage sur la terre. Avec le chapitre 13, le visionnaire décrit les royaumes terrestres pervers dominés par Satan et leur sort puis la destruction finale du Mal. Les chapitres 14 à 16 décrivent la justice des saints au milieu du Mal, juste avant la seconde venue du Christ. Alors que les chapitres 20 à 22 décrivent le Millenium, la création d’une deuxième terre (au soulagement des anti-écologistes ?) et la Nouvelle Jérusalem. S’il fallait être exhaustif, ce qui n’est pas le but ici, nous pourrions dire qu’il existe un plan, dit septénaire, pour lire L’Apocalypse de Jean qui se synthétiserait ainsi : Sept Lettres aux Sept églises, Sept Sceaux, Sept trompettes, Sept visions de la Femme et sa lutte contre le Dragon, Sept Fléaux dans Sept coupes, Sept tableaux sur le châtiment de Rome, Sept visions finales de l’avenir. Exemple d’interprétation : si l’on prend l’exemple de la Bête de l’Apocalypse, elle peut être le Dragon, a figuré l’empire romain décadent, la chute de Néron ou l’empereur lui-même pour certains, nous l’avons dit.

Et l’auteur, qui était-il en fait ? Les plus importants penseurs chrétiens des IIème et IIIème siècles, St Justin, St Irénée, Clément d’Alexandrie, Tertullien, Hippolyte ou Victorius sont d’avis que l’Apocalypse officielle est bien de Jean. Ledit Jean serait revenu à Ephèse, après sa détention à Patmos. Il y aurait vécu jusqu’au début du règne de Trajan, donc en l’an 98. D’autres estiment que le texte fut rédigé en 95, lorsque l’empereur Domitien commença de grandes persécutions antichrétiennes. Ce Jean aurait été exilé à Patmos par intimidation. D’aucun avancent que Néron – auquel il est fait allusion dans L‘Apocalypse – aurait été responsable de l’emprisonnement de Jean à Patmos.

Il aurait écrit seul. Si nous approfondissons l’analyse textuelle et comparons l’Evangile selon St Jean et ses Epîtres, la pauvreté de style de L’apocalypse est troublante. Denis d’Alexandrie contestait que Jean soit le véritable auteur de L’Apocalypse pour des raisons – nous y revoilà ! – stylistique. Des pères de l’Eglise attribuent cet ouvrage à Jean l’Ancien, apparemment évêque d’Ephèse à la fin du 1er siècle. Tout cela parce que dans ses épîtres, ce Jean, l’apôtre signe « Jean l’Ancien » ou Jean le Presbytre (étymologie de pasteur qui prêche).

A propos des terreurs apocalyptiques, je me suis permis de faire appel à l’immense penseur et essayiste français des Etats-Unis, bien connu des Genevois, René Girard, spécialiste du « Logos johannique ». Dans «DES CHOSES CACHEES DEPUIS LA FONDATION DU MONDE», l écrit que «nul ne peut mieux faire désormais que le journal quotidien. Je ne dis pas que la fin du monde est arrivée. Bien au contraire ; tous les éléments d’analyse que je dégage ont quelque chose de positif. La situation actuelle ne signifie nullement que les hommes, hier encore, étaient tels que la pensée humaniste les décrit et que, d’un seul coup, ils ont perdu une innocence jusqu’alors réellement possédée. En réalité, les hommes n’ont pas du tout changé et c’est cela qui rend notre situation dangereuse. Ce qui est révélé n’est rien de nouveau, c’est une violence qui a toujours été dans l’homme. Et pourtant cette violence n’a rien d’instinctif ; la preuve, c’est qu’elle est à chaque instant tout entière à notre disposition, mais jusqu’ici au moins, nous n’avons pas cédé à la tentation d’y recourir. Il faut que la situation mondiale coïncide avec l’annonce évangélique pour nous faire entendre, finalement, que c’est cela et pas d’autre chose qu’il s’agit dans le thème apocalyptique. … Dire que nous sommes en situation d’apocalypse objective, ce n’est nullement prêcher la fin du monde, c’est dire que les hommes, pour la première fois, sont vraiment les maîtres de leur destin … Nous accédons à un degré de conscience et de responsabilité jamais encore atteint par les hommes qui nous ont précédés» et de souligner, plus loin «Ce qui est effrayant, aujourd’hui, ce n’est pas le sens nouveau qui nous appelle, c’est l’évitement kafkaïen de tout sens. C’est le nihilisme cognitif auquel aboutissent toutes les pensées actuelles. C’est le refus panique de jeter le moindre coup d’oeil dans la seule direction d’où le sens pourrait encore venir. » fin de cet extrait.

Les « hallucinés » des apocalypses et leurs contradicteurs

Sans prétendre du tout juger de la foi, on découvre qu’en culture d’ISLAM et ailleurs, ce sont souvent des religieux ou prétendus tels qui s'expriment à propos et autour des catastrophes apocalyptiques. Comme cet animateur d’une émission religieuse d’une chaîne privée du Koweït. Je le cite, « toutes les religions s’accordent … le monde approche de sa fin… Vous en percevez les signes. Voyez comment les gens poussent les immeubles vers le haut, chacun voulant dépasser l’autre de quelques mètres. Voyez le nombre de meurtres, la débauche, le prêt à intérêt, l’alcool, les chanteuses et les danseuses, la musique qui nous poursuit partout, à la radio, sur les portables et jusqu’à la mosquée… Tout cela, ce sont des signes que la fin des temps est proche

Un jour, un compagnon du Prophète lui a demandé : « Quand viendra la dernière heure ? » Il lui a répondu que ce serait quand La Mecque aurait été éventrée, c’est-à-dire quand il y aurait des tunnels à La Mecque et des bâtiments aussi hauts que les montagnes. En réalité des tunnels ont effectivement été creusés à La Mecque pour canaliser les deux millions de pèlerins et de grands hôtels et centres commerciaux poussent tout autour de la Kaaba. Ce que m’a confirmé un ami, ingénieur là-bas, qui a vu une mosquée et une colline sacrée, rasées, elles-aussi. Le même animateur koweïti a évoqué, je cite, des collisions d’astres, de venue du Mahdi (Messie), de victoires des musulmans opposés à l’Antéchrist, de la venue, descendant du ciel, d’Issa (Jésus); Jésus tuera l’Antéchrist, verra la fin des juifs et la béatitude sur terre, fin de la citation. » Voilà ce qui est dit à notre époque sur une radio du Koweït autour de l’Apocalypse.

Même les affaires célestes, qui devraient être laissées aux astronomes et astrophysiciens, excitent ce qui nous paraît être un non-savoir. Prenons l’exemple de l’astre « Nibiru » qui oppose astronomes irakiens et saoudiens, selon le quotidien Al-Watan. Ce dernier rappelle ironiquement une émission de radio Sawa où des chercheurs de l’université de Bagdad ont parlé de l’étoile Nibiru qui devrait entrer en collision avec la terre en 2012, provoquant l’extinction du genre humain. Près de 70 de l’humanité serait tuée. Les fumées éruptives, les tremblements de terre et les épidémies décimeraient 20 % d’humains supplémentaires. Seuls un dixième d’entre eux survivraient, les habitants d’Afrique, d’Irak et de quelques côtes. Mais l’association des astronomes saoudiens de Djeddah a démenti ces informations, rappelant que la fin des temps appartient aux mystères de Dieu et qu’il ne s’agissait que d’une légende de la civilisation sumérienne. Les astronomes irakiens, est-t-il ajouté perfidement, ne disposant pas des appareils nécessaires, cela prouve seulement qu’ils sont sous l’emprise de la pensée religieuse et mythologique.» fin de la citation. Il s'agit juste de préciser que les astronomes et astrophysiciens sérieux n’ont jamais, jusqu’à présent, parlé d’une planète de ce nom.

Revenons à l’Arabie saoudite, via Internet. Là le Jugement dernier est annoncé par des virus de grippe porcine (évidemment), l’ordre de tuer tous les cochons de la terre (il n'y a pas de jeu mot), par des tremblements de terre encore dans la Ville Illuminée (qui pour les Arabes signifie Médine, deuxième ville sainte de l’Islam). Le tsunami de 2006 avait déjà excité les esprits simples qui ne voient dans ces phénomènes que punitions divines. Ces âneries sont pourtant démenties par Ibrahim Al-Morchid, professeur et prédicateur à l’université de Qasim qui affirme textuellement, je cite : «Il y a eu d’autres épidémies de grippes et la Terre a souvent tremblé depuis la révélation du Prophète (elle a eu lieu en 610). Nous ne sommes que des hommes et nous ne savons pas quand la vie s’arrêtera. La science des mystères n’appartient qu’à Dieu et c’est à lui que nous devons nous en remettre. Il ajoute que tout cela relève de l’ignorance. Précisant «cela sert à faire peur aux gens mais ne repose sur aucune preuve. Il n’y a que Dieu qui connaisse l’heure du Jugement dernier. Il faut accepter cela et ne pas chercher à savoir».

Selon Talal Al-Nacheri, directeur des services sociaux de l’hôpital Roi Fahd de Djeddah, je cite, « les hommes de religion ont le devoir de dire au peuple que la dernière heure appartient à Dieu et que la vie doit continuer jusqu’au dernier jour sur terre ». Même si des hadits étranges (Boukhari 34, 425, pour ceux qui veulent vérifier) disent « Jésus, fils de Marie, descendra parmi vous comme un chef juste, et il brisera la croix, tuera le porc… » Un message qui, lui aussi, cite un prétendu rapport de la NASA parlant de la planète Nibiru qui verrait 2012 se lever le soleil au couchant.

Et les politiques, oh les politiques ! Prenons l’exemple du caricatural président iranien, Ahmadinejad. On en rit jaune. Sa phrase, ci-après, fait presque rire une partie des nations arabes, je cite « La raison qui a poussé les Américain et leurs alliés à attaquer des pays du Moyen-Orient, c’est qu’ils savent, même s’ils ne l’avouent pas qu’un jour un homme de la lignée de Mahomet (que la bénédiction et le salut de Dieu soient sur lui) va apparaître dans cette région et qu’il anéantira tous les despotes du monde … » fin de la citation.

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Dans l’orthodoxie on disserte tout autant autour de l’Armageddon, la dernière bataille entre le Bien et le Mal. Le Patriarcat de Moscou se fâche contre, ce qu’il appelle, les sectes étrangères destructrices. La presse russe dit que ces croyances eschatologiques sont renforcées par une croyance erronée de l’Apocalypse de Jean. L’Eglise (orthodoxe russe), disent certains, n’a jamais dissipé ces peurs collectives mais les a plutôt « cultivées », ainsi les fidèles non orthodoxes de «rite latin» désignant les catholiques et les autres confessions qui menaceraient leur « peuple porteur de Dieu » comme ils se qualifient. Et de cibler comme leurs ennemis les Polovtsiens turcophones des IXe et XIIIe siècles, les Tatars, les Lituaniens, les Polonais, les Français et les Allemands de certaines époques. Les mêmes extrémistes voient l’Antéchrist dans le faux Dimitri qui aurait dû remplacer le tsar Pierre le Grand (réformateur en 1604 conseillé par le Genevois Lefort), chez Lénine et même avec Gorbatchev (ce qui prouve la subtilité de leur pensée) à cause de sa tache sur son front. Ils s’énervent face aux si doux Vieux croyants, hérétiques chassés en Sibérie, ne supportent pas Galilée ou Copernic, pas plus que les libre-penseurs, ni les passeports biométriques ou les numéros de sécurité sociale, sataniques.

Prenons maintenant quelques risques, avec ces exemples, venus d’ailleurs, de fausses prophéties. Illustration de l’idiotie ou du désespoir humain, avec ces visions futures, basées sur des inscriptions archaïques. Un fémur de lama, l’animal donc, conservé au musée d’Oaxaca aurait des signes inscrits d’un chaman zapotèque d’il y a 1000 ans, selon (sic) un dermatologue védique (y paraît que ça existe). Ces éléments prédiraient d’infimes ouvertures rouges, c’est précis, dans le continuum espace-temps, ce qui dans 8 ans, un samedi matin, provoquera des catastrophes innommables sur notre planète. Vous êtes avertis, ce sera pour 2017 !

Autre absurdité constatée par un mathématicien diététique, - jsavais pas non plus que cela existait -. Après avoir placé une roue solaire aztèque en la faisant tourner à l’envers – comment ? -, il aurait entendu un message d’une planète lointaine appelée « 3 Reticuli ». Lesdits Réticuliens vont envahir la terre à 6h 42, lors de leur fête annuelle de l’écorchement humain, jour férié chez eux, pour semer mort, carnage et dévastation. Même Céline Dion y devient victime. Ce sera en 2022. Et débouchera sur l’Ere du trafic fluide… (sic, encore).

Un autre illuminé, permettez-moi ce qualificatif, un vétérinaire « panchakarma » (re-sic), son nom n’a aucune importance, avouez-le, aurait découvert un treizième signe dans le zodiaque sumérien, en forme de tête avec un sabot. Il prédit le « chaos sur terre » durant lequel « les bêtes au sabot fendu fracasseront les crânes de l’homme … selon une dame qui a reçu un coup de sabot (encore) sur la tête alors qu’elle massait, selon le « chi », un alpaga andin. On voit le niveau. Donc selon le «chi» et les alpagas, la fin des temps aura lieu le 3 avril 2033.

Faut-il encore citer ce professeur de génie biologique de l’Université de Bâle qui, entre deux « enchilada » vit un trou noir, persuadé qu’il va exploser. C’était avant 1971.

Outre les frousses de l’An Mille, exprimées par les Millénaristes terrifiés par le Jugement dernier, religieux ou non, voici une liste, non exhaustive, des FAUSSES PROPHÉTIES ou des prophéties ratées. A Strasbourg, Melchior Hofmann, pasteur anabaptiste allemand, annonçait le retour du Christ, en 1533, pour le quinzième centenaire de sa crucifixion. Il décédera sans voir le règne de Dieu sur terre. Le méthodiste prédicateur américain William Miller voit l’apocalypse le 3 avril, sans succès, puis pour le 7 juillet, encore pour le 21 mars et enfin le 22 octobre de 1843. Cinquante mille fidèles attendent le Messie. En vain. La non-venue donnera le nom de «Grande Déception». Une comète, celle de Halley, affolera bien du monde, avec l’évocation du gaz cyanogène dans la queue de l’astre. Ce jour craint de 1910, la comète était à peine visible. Avec les Témoins de Jéhovah, c’est toujours aussi sérieux : premier ratage en 1874, pas d’Armageddon ! En 1914, pas de chance mais vrai début de Guerre. En 1939, pas de prédiction mais encore une vraie affreuse guerre. Plus près de nous, en 1982, des astrophysiciens s’y mettent : Gribbin et Plagemann prévoient, avec horreur et consternation, un alignement de planète avec le soleil dans leur best-seller «The Jupiter Effect», redoutant des événements très cosmiques et un séisme qui engloutira Los Angeles. Encore plus proche, 1999, avec des prévisions catastrophiques pour le 11 août. Vous vous souvenez de ce qui s’est passé ? : rien ! Et on a encore accusé Nostradamus… En 2000, y a 9 ans, qui a remarqué les pannes informatiques, le chaos économique, la guerre atomique, annoncées ? Ah, j’oubliais, en 2012, on a prévu des trucs, selon un certain calendrier maya, mais c’est une autre histoire avec la planète Nibiru. Un autre malheur annoncé.

Pour finir avec un brin d’humour avec une question : le Millénarisme baisse-t-il les prix du loyer ?

Pour échapper à la prochaine bulle financière, le christianisme évangélique écrit le New York Times qui s’appuie sur un économiste du FMI qui a constaté que plus les évangéliques sont nombreux quelque part, moins les prix de l’immobilier fluctuent. Ce qui s’expliquerait par une application littérale de la Bible qui reprouve la cupidité en attendant impatiemment l’Apocalypse. Parce que le Christ viendra enlever les bons chrétiens au Paradis, d’où ils observeront les calamités terrestres, en attendant la venue du Deuxième Sauveur. Pour étayer ses dires, Christopher Crowe analyse l’avant et l'après 11 septembre 2001 ; selon lui après les attentats, les prix immobiliers ont grimpé dans les zones évangéliques, selon cet étrange système le «Rapture Index».

Petit guide de survie financière, au cas où…

Ailleurs, par exemple au Mexique, le vieux quotidien économique «El Norte» écrit carrément que les patrons pensent que si l’apocalypse est un business autant qu’elle vienne ! Ce qu’ils sembleraient ne pas admettre c’est une apocalypse non rentable, - doux Jésus ! – qui découragerait les placements et ruinerait la spéculation sur un «post-avenir». Cette hypothèse inspire au journaliste des conseils théologico-boursiers, en forme de kit. Je cite : « Ne vends pas tes biens si une catastrophe est annoncée, garde ta maison, de la nourriture, des DVD. Ensuite, n’écoute pas ceux qui te poussent à investir dans les ressources énergétiques ; le pétrole n’enlève pas la soif. Mieux vaut stocker de l’eau dans le coffre-fort ou vivre dans un aquarium géant, le cas échéant. Troisième conseil en cas d’apocalypse, Ne pas se convertir à n’importe quoi mais garder un oeil sur la Banque du Mexique. Refuser la panique. N’admets pas le chômage et licencier, seulement, en disant que ce sera pour le bien spirituel des sans-travail. Pas de place au découragement, quitte à demander l’aide d’un ange, bénévole. Si les factures d’eau et électricité baissent, pas de souci, le déluge apportera assez d’eau. Avec sa famille ne pas ressortir les vieilles histoires et rognes tabous de celle-ci. Enfin, inutile de rembourser ses dettes, parce que les suivants payeront ! »

Pour terminer, ultimement, trois petites citations en forme de sourire également, tirées du savoir des juifs hassidiques, ces millénaristes de Pologne et de l’Est du siècle dernier. La première dit «Le prophète voit l’avenir. Le rabbin, lui, voit le présent. Il est parfois plus difficile de comprendre le présent que de dire l’avenir».Une autre sur le Messie : « Tout le monde pense que le jour où le Messie viendra, personne ne mourra plus. C’est faux puisque le Messie lui-même est appelé à mourir ». Et la dernière, également, Nahman de Braslaw qui dit « Tous les gens disent qu’il y a ce monde-ci et le monde futur. Nous croyons dans le monde futur. Quant à ce monde-ci, peut-être existe-t-il aussi ? Mais ce que nous avons sous les yeux n’est qu’un enfer ».

 (1) Sachant votre intérêt pour cette culture, recevez en partage le détail suivant retrouvé, à propos des Celtes et ce «Dialogue des deux Sages». Il s’agit d'une dispute académique entre deux «filid» qui désigne le pluriel de deux poètes, druide spécialisé dans les pratiques magiques et divinatoires, dans tous les domaines de l’activité intellectuelle. Etymologiquement ils sont des «voyants» qui ont accès à l’écriture, contrairement au barde. Les deux prétendaient également à la charge de docteur (en lettres) de l’Ulster. Ce dialogue, versifié, est empli de sous-entendus, d’allusions obscures et métaphoriques, au vocabulaire rare et recherché comme il est écrit dans la Revue celtique de 1905.

Des définitions, selon les témoins Jéhovah :Géhenne : Dans l'Antiquité, décharge située aux abords de Jérusalem où des cadavres de criminels étaient consumés. Pour les Témoins de Jéhovah, elle représente au niveau spirituel la destruction complète et éternelle (et non des tourments dans un enfer de feu). Synonyme : Lac de feu.Grande foule : Expression tirée du livre de la Révélation (ou Apocalypse), chapitre 7, verset 9, désignant les humains qui survivront lors de la bataille finale à Har-Maguédôn, qui débouchera sur l'instauration du Paradis sur Terre. Har-Maguédôn : Lieu biblique mentionné dans le livre de la Révélation (ou Apocalypse), chapitre 16, verset 16, associé à la guerre ultime opposant Dieu et son Royaume messianique à l'humanité, à laquelle seuls ses adorateurs fidèles survivront et à la suite de laquelle le Paradis terrestre sera restauré. N’ayons pas peur de mots comme disent des légendes d’Afrique. Nul ne pourra jamais enfermer la parole. Même celle des Apocalypses.

JDVM

R\ Z\


Cf. LE MYTHE DE L’ETERNEL RETOUR de Mircea Eliade, NRF.

Cf. LA BIBLE 2000 ANS DE LECTURES, Collectif Dir. J.-Cl.Eslin & Cath. Cornu, DDB, 2003, Paris.
DES CHOSES CACHEES DEPUIS LA FONDATION DU MONDE du philosophe René Girard (dialogues avec un psychiatre), Grasset, 1978 : thème Vengeance, Rudolf Bultmann p.371

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