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La Reine de Saba
 
A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Depuis des siècles, la littérature et l’art, aussi bien en Orient qu’en
Occident, se sont emparés de la figure mystérieuse de la Reine de Saba.
Nos lointains Frères opératifs ont sculpté ses traits sur le parvis des cathédrales de Reims, de Chartres et l’ont représentée sur les vitraux des cathédrales de Strasbourg et de Cologne. Elle a fasciné des écrivains comme Gérard de Nerval ou André Malraux, qui en 1934 survola le Yémen dans l’espoir de retrouver les ruines de son palais.

Elle a inspiré, nombre de peintres, de cinéastes et de
compositeurs, comme Charles Gounod qui en 1862 immortalisa sa légende dans un opéra qui porte son nom et qui aux dires de certains, véhiculerait quelques valeurs maçonniques.

Mais qui est donc cette reine légendaire, dont l’ensemble des
sources s’accorde à dire qu’elle était dotée d’une incroyable beauté, d’un fort caractère et d’une sagesse rare ?
« Sagesse, force et Beauté » voilà d’ores et déjà les trois grands piliers de la Franc-Maçonnerie.

Eh bien, mes Soeurs et mes Frères, partons à la rencontre de la
légendaire Reine de Saba.
Il y a environ 3000 ans, dans un lointain royaume aux frontières indéfinies, entre l’Arabie Heureuse et l’Ethiopie, sur les rivages de la mer rouge, vit une jeune et belle reine.

Comment s’appelle t’elle ? Balkana pour les Yéménites, Balkis ou
Bilkis selon la tradition coranique, Makéda selon la tradition éthiopienne.
Certains la dénomment également Cassiopée, l’associant à la reine éthiopienne du même nom dans la mythologie grecque.
Peut-être aussi possède t’elle quelques noms secrets car dans ces régions du monde, il faut paraît-il, afin d’échapper aux esprits malins, être muni d’un nom magique que l’on dissimule jalousement.
Son royaume est riche et prospère. Il a pour capitale la ville de Mârib, située dans l’actuel Yémen.
Son peuple, les Sabéens, contrôle, via les caravanes, le commerce des épices, de la myrrhe et de l’encens…les produits les plus chers et les plus recherchés alors, du monde méditerranéen. Les Sabéens administrent les pistes caravanières qui traversent toute la péninsule arabique pour rejoindre Gaza où les résines aromatiques, après avoir été vendues à prix d’or étaient transformées en onguents, drogues, cosmétiques et parfums.

Leur
royaume est également ouvert à l’est sur l’Inde et sur l’Afrique.

Les Sabéens exportent aussi de l’or, cet or qui sert plus au nord à
couvrir de gloire les pharaons.
Par ailleurs, ils maîtrisent depuis longtemps des techniques complexes d’irrigation des sols. Utilisant une topographie favorable, ils contrôlent la force des crues qui dévalent les montagnes, en période de mousson.
A l’aide de digues et d’un réseau ingénieux de canaux, ils font converger cette eau si précieuse dans leur région, vers leurs champs.

Des voyageurs grecs égarés dans ce lointain pays parlèrent en
termes élogieux et admiratifs de cette prospérité et du caractère verdoyant de cette partie de l’Arabie.

On trouve des mentions du « royaume de Saba » dans les annales
de Sargon, roi d’Assyrie, au VIIIème siècle avant notre ère.
Les historiens pensent qu’il a existé à partir d’environ 1000 ans avant Jésus-Christ pour disparaître vers l’an 550 de notre ère, après deux siècles de conflits avec les Arabes et les Perses.

Cependant, des chercheurs ont retrouvé dans les inscriptions
D’Arad-Nannar, l’un des plus ancien roi de l’Etat d’Ur, le mot Sabum dont on pense qu’il désigne l’Etat de Saba.
Si ce terme correspond effectivement à Saba, c’est la preuve que le royaume existait déjà en 2500 avant Jésus-Christ.

Le royaume de Saba fut donc bel et bien réel. Mais notre reine a
t’elle existé ?
De fait, aucune source de cette époque n’évoque le règne, ni même l’existence de la Reine de Saba.
Tout au plus, quelques rares inscriptions cunéiformes assyriennes nous apprennent que des femmes ont gouverné pendant plusieurs siècles, des petits royaumes dans cette région du monde.

Le plus ancien texte évoquant « la reine de Saba » se trouve en fait
dans la Bible, au chapitre 10 du Livre des Rois, probablement rédigé au VI ème siècle avant notre ère.
Ce tout petit passage de l’Ancien Testament, raconte brièvement la venue de cette reine dans le royaume d’Israël et sa rencontre avec le roi Salomon.

En 13 versets seulement, le récit biblique détaille les riches
cadeaux offerts par la Reine à Salomon, puis comment elle fût impressionnée par le faste du palais, et la grande sagesse de Salomon après l’avoir éprouvée par des énigmes.
Elle eut, je cite, « le souffle coupé » à la vue d’une cérémonie dans le Temple de Jérusalem. Elle loua la Sagesse de Salomon et de Dieu qui l’avait choisi pour diriger Son Peuple. Puis elle s’en retourna dans son pays. Ainsi s’achève cette rencontre diplomatique.

Quelles étaient ces fameuses énigmes posées à Salomon ?

La tradition rabbinique a transmis une liste de questions attribuées à la reine dans le Targum Sheni d’Esther et dans trois Midrashim (Mischlé, ha Hefets et Ma’aseh Malkat Sheba).
On compte 22 questions de la reine au total, portant sur la conception, la filiation, l’identité sexuelle et religieuse.

Celle-ci par exemple :
Que signifie, sept cessent, neufs commencent, deux offrent à boire, un seul a bu ?
Réponse de Salomon : Lorsque cessent les sept jours d’impureté de la femme, les neufs mois de grossesse commencent, les deux seins offrent à boire, et l’enfant boit.

Autre énigme, l’épreuve dite du « motif des jeunes gens » : La
reine de Saba envoie au roi un groupe de jeunes gens, hommes et femmes, tous vêtus à l’identique, des larges vêtements que portaient alors les habitants de l’Arabie Heureuse, de sorte qu’il était difficile de les reconnaître les uns des autres. Elle demande alors au roi de les séparer selon leur sexe.
Salomon fit venir des grands vases d’eau de rose, invitant les jeunes gens à se débarbouiller après leur long périple jusqu’à Jérusalem.
Or, au premier geste, Salomon, reconnaît les jeunes hommes qui rapidement, prennent l’eau à pleines mains et se frottent énergiquement le visage.
Les jeunes filles qui tiennent à la pureté de leur teint prennent d’abord le soin de se laver les mains dans l’eau de rose avant d’attendre qu’on leur apporte d’autres vases pour se laver le visage.

Un autre récit rapporte que Salomon parvint à reconnaître une
unique fleur naturelle parmi un bouquet de fleurs artificielles grâce à une abeille.
Le roi testa la reine également : Il la fit entrer dans son palais par une porte faite de verre et de marbre bleu. Le sol imitait si bien l’eau à cet endroit que la reine fut trompée. Pour traverser le bassin factice, elle remonta sa robe, dévoilant ses jambes.
Le roi Salomon aurait ainsi voulu vérifier si elle n’avait pas, comme le prétendaient certains, des jambes de boucs ou d’âne.

Il y a bien d’autres énigmes rapportées par ces textes anciens.


Au fil des siècles, certains exégètes ont fait de la Reine de Saba un
personnage maléfique, considérant que par ses énigmes, elle a défié l’autorité masculine et donc menacé l’ordre du monde.
Ils diront aussi que, comme Dalila avec Samson, elle s’est rendue chez Salomon pour découvrir le secret de sa puissance et le détruire.
Mais pour d’autres, le texte biblique qui relate la rencontre des deux souverains cache des significations secrètes qui révèlent à l’homme un chemin de pensée et d’espoir.

La tradition juive a relevé que le roi et la reine portent en leurs
noms, le symbole de ce qu’ils sont : Salomon, c’est Shalom, la paix.
Et Saba, qui se dit Sheva en Hébreu, signifie « l’ancêtre », donc le sage.

C’est aussi le chiffre 7, le jour du shabbat, jour de perfection et de
sérénité.
Qu’en est-il de la Reine de Saba dans la tradition chrétienne ?
Le Nouveau Testament ne l’évoque que très brièvement.
Notre reine apparaît dans l’Evangile de Luc, sous le nom de « Reine du Midi » ou « Reine du Sud», au jour du Jugement dernier.
Voici ce que dit le texte : La reine du Midi se lèvera au jour du jugement avec cette génération, et la condamnera ; car elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici, il y a ici plus que Salomon.

L’Evangile de Matthieu (12 ; 42) rend sommairement hommage à
sa sagesse, je cite :
La reine du Midi, (qui) était plus sage que les Juifs du premier siècle.

La tradition populaire dans l’Occident chrétien, notamment au
Moyen-âge, en a fait un personnage positif.
Souvent associée aux Rois Mages, venus eux aussi de l’Arabie heureuse, elle est l’incarnation de l’Eglise en route vers le royaume de Dieu.

Une légende médiévale racontait même qu’elle fut guérie d’une
infirmité lorsqu’elle toucha le bois avec lequel allait être échafaudée, des siècles plus tard, la croix du Christ.
Et comme je le disais en introduction, elle a été immortalisée par nos lointains frères bâtisseurs, sur le parvis de plusieurs cathédrales, à Reims, à Chartres ou encore à Cologne…

Et dans l’islam ?


La reine de Saba est aussi présente dans le Coran sous le nom de 
Bilkis.

La tradition musulmane nous apprend que Bilkis n’était pas fidèle
à Dieu et que son peuple, païen, se prosternait devant le soleil.
C’est pour cette raison que Salomon l’aurait invitée en envoyant sa huppe, oiseau légendaire, dans le but de la convertir au monothéisme.

Voici ce que nous dit la sourate 27 dite sourate des fourmis :
" Je connais quelque chose que tu ne connais pas !
Je t’apporte une nouvelle certaine des Saba.
J’y ai trouvé une femme : elle règne sur eux, elle est comblée de tous les biens,et elle possède un trône immense.
Je l’ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil et non pas devant Dieu.
Le Démon a embelli leurs actions à leurs propres yeux ; il les a écartés du chemin droit ; ils ne sont pas dirigés. "

Des archéologues et des historiens ont depuis prouvé que pendant
plusieurs siècles, les Sabéens ont effectivement pratiqué des cultes astraux jusqu’à l’introduction du judaïsme (IVème siècle) puis du christianisme et l’arrivée de l’islam dans cette partie du monde.
On a notamment mis au jour à Marib, les ruines d’un temple dédié au dieu Lune.

Cependant, il existe une source qui place la reine de Saba au coeur
de l’histoire de tout un peuple : il s’agit du Kebra Nagast.

Ce texte éthiopien rédigé en guèze, la langue du royaume
d’Axoum, se présente comme la traduction d’un manuscrit trouvé dans l’Eglise Sainte Sophie de Constantinople.
En effet, le Kebra Nagast, reprend les récits de l’Ancien Testament enrichis d’une longue histoire établissant comment la domination d’une moitié de l’univers a été promise aux rois éthiopiens, descendants de Salomon.

Vous l’aurez compris, à la différence des autres sources, la
tradition éthiopienne, affirme que notre jeune reine, après avoir succombé aux charmes du beau Salomon, lui donna un fils.

Pour le Kebra Nagast, Makeda, c’est son nom, était si belle que le
roi Salomon lui proposa de l’épouser.
Mais elle refusa, car le roi avait déjà 300 femmes et 700 concubines, et elle voulait être l’unique femme d’un homme.
Il lui promit alors de ne plus la solliciter si elle acceptait de ne rien prendre dans son palais.
Dans le cas contraire, il aurait le droit de lui demander quelque chose qu’elle ne pourrait pas refuser. Makeda accepta.

Peu de temps après, Salomon fit donner un grand banquet,
volontairement riche en viandes épicées, salaisons et autres sucreries.
A l’issue du banquet, la reine, se trouva incapable de dormir tellement elle avait soif. Salomon s’était arrangé pour qu’il n’y ait rien à boire dans ses appartements, aussi se mit-elle à la recherche d’eau.

Or, dans le palais coulait un ruisseau qui avait été détourné
exprès.
Il lui permit de se désaltérer, mais quand la reine eut fini de boire, elle distingua Salomon qui l’observait.
Ce dernier lui rappela sa promesse et lui demanda alors de partager sa couche.
Elle décida peu après de se convertir et resta auprès de Salomon pendant encore quelques mois avant de se résoudre à regagner son lointain royaume.

Sur le chemin du retour Makeda mit au monde un fils, né de son
union avec le roi d’Israël : Ménélik.
Il est le premier monarque de la longue dynastie des rois éthiopiens, la dynastie des Salomonides.

Aujourd’hui encore, cette légende est vérité pour tous les
Ethiopiens.
Hailé Sélassié, dernier roi d’Ethiopie, assassiné en 1976, affirmait lui-même descendre de l’union de la reine de Saba et du Roi Salomon.

C’est d’ailleurs une des raisons qui poussèrent une poignée de
Jamaïquains, dans les années 1930, à lui vouer un culte qui donna naissance à une nouvelle religion laquelle a fait depuis quelques millions d’adeptes : le rastafarisme, mais c’est là un tout autre sujet.
Sur un autre plan, certains ont vu, dans les Falashas ou Beta Israël, les célèbres juifs éthiopiens, le fruit des amours des deux souverains.

Mais eux-mêmes le récusent, prétendant descendre de la tribu de
Dan, une des « Dix tribus perdues d’Israël », déportées par les Assyriens en 722 avant Jésus-Christ.
Pour le Kebra Nagast donc, l’union des deux souverains marque le début de l’histoire du royaume d’Ethiopie.

Mais l’histoire ne s’arrête pas au retour de la reine dans son
royaume.
Le texte nous enseigne que le fruit de leur amour, leur fils Ménélik, fut élevé en Ethiopie.
Adolescent, il décida de se rendre à Jérusalem.

Une anecdote rapporte que la reine de Saba, lui aurait confié
avant de partir, un anneau reçu de Salomon, pour que le roi puisse reconnaître son fils.
Voici ce que nous dit le chapitre 35 du Kebra Nagast :
Quand il le vit, le roi Salomon se leva et l'accueillit. Il ôta l'agrafe de son habit de son épaule et le serra de ses mains sur son visage, il
embrassa sa bouche, son front et ses yeux et lui dit : " Maintenant mon père David retrouve sa jeunesse, il est ressuscité des morts ".
Il revint à ceux qui l'avaient informé et leur dit: " M'avez vous dit: " Il te ressemble? ". Celui-ci n'a pas mon apparence mais l'apparence
de David mon père dans les jours de sa jeunesse. (…) Il revêtit son fils de brocart d'or, d'une ceinture en or, d'une couronne sur sa tête, de bagues à ses doigts. Il le fit asseoir sur son trône et dit à ses honorables d'Israël : " Vous médisiez entre vous et vous disiez que je n'ai pas d'enfant, regardez celui-ci est mon enfant, le fruit de mon sein que m'a donné Egziabeher, le Dieu d'Israël de qui je ne [l'] avais pas attendu ".
Ses honorables répondirent et lui dirent : " Que la mère qui a enfanté ce jeune homme soit bénie, que le jour où tu t'es uni à elle (…)soit béni. (…) Et pour nous ses serviteurs, il sera roi ". Et l'un après l'autre, ils lui apportèrent un cadeau.
Quand ils furent seuls, il donna à son père l’anneau que sa mère lui avait confié et lui dit : " Prends cet anneau et souviens-toi de ce dont
tu as discuté avec la reine. Et donne-nous le tissu qui couvre l'arche de l'alliance d'Egziabeher pour que nous nous prosternions devant
elle en tous nos jours, tous ceux qui sont au-dessous de nous et ceux qui sont dans le royaume de la reine ".
Et le roi lui dit : " Pourquoi m'as-tu donné l'anneau en signe?
J'avais déjà trouvé ton apparence à mon image avant que tu me donnes un signe car tu es mon fils ".
Le marchand Tamrin (qui accompagnait Ménélik) lui dit encore : " Ô roi ! Ecoute ce que ma maîtresse la reine de Saba, ta servante
envoie par moi: « Oins cet enfant, sanctifie-le, bénis-le, couronne-le pour notre pays et ordonne que ne règne plus de femme d'éternité en éternité et envois-le en paix. (…)
Le roi répondit : (…) La fille appartient à la mère et le fils au père.
Egziabeher a maudit Eve en disant : " Enfante avec douleur et pincement de coeur et après ton enfantement retourne chez ton mari;
enfante avec une promesse et après la promesse, retourne chez ton mari. Ainsi je ne donnerai pas mon fils, à la reine mais je le ferai roi
sur Israël car celui-ci est mon premier-né, le premier de ma dynastie qu'Egziabeher m'ait donné ".
Après cela, il lui envoya matin et soir de bons repas et des habits somptueux, de l'or et de l'argent et il lui dit : " Il est mieux de rester ici dans notre pays où il y a le temple où est l'arche de l'alliance et là où Egziabeher vit avec nous ". Mais son fils lui envoya [un message] disant : " Il y a de l'or et de l'argent; les habits ne manquent pas dans notre pays mais moi je suis venu pour écouter ta sagesse et voir ton visage, pour te saluer et servir ton royaume. Renvoie moi chez ma mère dans mon pays car il n'y a personne qui hait le lieu où il est né et la langue de son pays. (…)
Et même si je suis attiré par le pays qui ressemble au paradis, il ne peut pas réjouir mon coeur. Les montagnes du pays de ma mère (…)
sont mieux pour moi. Et si je sers l'arche du Dieu d'Israël là où je suis, cela m'honorera.
Je regarderai [vers] le Temple que tu as bâti; je sacrifierai et je servirai là où je serai. Donne-moi la frange de la couverture de l'arche de l'alliance, laisse moi me prosterner devant elle avec ma mère et avec tous ceux qui sont soumis dans notre royaume.
Car autrefois ma maîtresse la reine éliminait tous ceux qui adoraient et qui se prosternaient devant des idoles, des pierres et des  arbres.
Elle les éliminera et les conduira à l'arche de l'alliance car elle t'a écouté et elle s'est laissée instruire, elle a fait comme tu as dit et nous adorons Egziabeher "(…) Salomon avait d'autres femmes et sans doute de nombreux enfants mais c'était la reine de Saba qui l'avait le plus impressionné.
Ménélik ayant promit à sa mère de revenir en Ethiopie finit par obtenir ce qu'il voulait de son père qui, dans l'espoir de voir son royaume s'agrandir vers le Sud, lui donna les premiers-nés de ses fonctionnaires afin que le royaume de Saba soit semblable au sien (…).
Or les premiers nés ne quittèrent pas leur pays de plein gré pour une contrée aussi lointaine. Le fils du grand prêtre Sadok, devant partir
comme tous les autres, s'était chargé de dérober l'arche de l'alliance qui se trouvait dans le saint des saints du temple de Jérusalem.
Ils emportèrent donc en secret avec eux l'arche, symbole de la puissance du Dieu d'Israël qui avait conclu une alliance avec son peuple élu, au temps de Moïse.
L'Ethiopie se réjouit de l'arrivée de l'arche de l'alliance et de l'élection du peuple de Saba, par le Dieu d'Israël.
L'arche de l'alliance fut appelée Sion, mezgeba Axoum, trésor d'Axoum.

C’est pourquoi, mes soeurs et mes frères, si vous vous rendez en
Ethiopie, sachez que, selon la tradition populaire, l’Arche est toujours à Axoum, plus précisément dans l’église Sainte Marie de Sion, le sanctuaire copte le plus sacré du pays.
Elle est sous la protection d’un gardien qui est le seul autorisé à l’approcher et ne sort pratiquement jamais de l’enceinte de l’église.
Voilà donc pour la tradition éthiopienne.

Pour les F
\M\ que nous sommes, il existe une version un peu différente que l’on retrouve dans des romans d’inspiration maçonnique. Elle évoque un troisième personnage-clef. Les MM\ le connaissent bien, il s’agit d’Hiram l’architecte du Temple.
Cette version dévoilée par Gérard de Nerval dans son fameux « Voyage en Orient », paru en 1850, fait coïncider la visite de la Reine de Saba avec la présence d’Hiram à Jérusalem. Salomon souverain mais aussi mage, entreprit sur ordre de Dieu de faire construire un grand temple à Jérusalem pour abriter l’Arche d’alliance.

Incapable de diriger les travaux malgré sa grande sagesse et ses
immenses talents et ne disposant pas dans son royaume d’un architecte digne de cet ouvrage, le roi fit venir de l’étranger Hiram, maître dans l’art du Trait.

Voici la légende telle qu’elle est rapportée dans un rituel du
XIXème siècle, qui n’est qu’une des nombreuses interprétations de cette légende :
Pendant la construction du Temple, Balkis reine de Saba vint à Jérusalem pour rencontrer Salomon, constater sa sagesse et contempler les merveilles de son royaume.

Elle admira surtout le Temple qui se construisait, et voulut
connaître l’architecte Hiram. Elle insista tant que le roi le lui présenta.
En le voyant, la reine fut troublée. Elle voulut aussi voir l’armée d’ouvriers qu’il dirigeait. Alors pour lui faire plaisir, Hiram traça dans l’air un T mystérieux, l’initiale de Tyr et aussitôt tous les ouvriers de diverses nations se rangèrent, les charpentiers à droite, au centre les maçons et ceux qui travaillaient la pierre, et à gauche, les mineurs et les fondeurs.
A un autre signe tout aussi mystérieux, la grande masse demeura immobile et silencieuse.

C’est à ce moment là que la reine se rendit compte, que sa propre 
puissance ou celle du roi Salomon, n’était rien à coté de celle du grand constructeur. La reine de Saba voulut également assister à la coulée de la mer d’airain. Les trois compagnons, Jubélas le maçon, Jubélos le charpentier, et Jubélum, le mineur, vouant une haine terrible au grand architecte depuis qu’il leur avait refusé le grade de Maître décidèrent de profiter de l’événement pour se venger. Ils sabotèrent le travail.

Ainsi, Jubélas mêla le calcaire avec la brique, Jubélos prolongea
les traverses de poutres pour les exposer à la flamme, et Jubélum mélangea à la fonte les laves sulfureuses.

Bénoni, un jeune ouvrier dévoué à Hiram, surprit le complot et en
avertit Salomon, Mais le grand roi, jaloux d’Hiram, et content qu’il subisse un échec devant la reine dont il était amoureux, ne fit rien pour éviter la catastrophe.
La coulée d’airain fut un désastre. Hiram désespéré songeant à la reine de Saba dont il s’était aussi épris ne quitta pas les lieux.
Il allait être englouti sous les flots de ce métal brûlant lorsque apparût Tubalcaïn, fils de Lamzeh qui l’amena au centre de la Terre où l’on pouvait goûter aux fruits de l’arbre de la Science, et Tubalcaïn, cet ancêtre des constructeurs, lui fit don de son précieux marteau.

Revenu sur la terre, grâce à ce merveilleux instrument, Hiram
répara le désastre. La reine de Saba, remplie d’admiration eut le coeur inondé de joie.
Un jour Hiram qui cherchait la solitude, vint sans le vouloir à la rencontre de la reine de Saba. C’est alors qu’ils décidèrent de se prendre pour époux et de quitter tous les deux Jérusalem.

Mais les trois mauvais compagnons se présentèrent au roi et lui
dire que chaque soir Hiram se glissait sous la tente de la reine et restait avec elle jusqu’à l’aube. Quand Hiram informa le roi Salomon de son désir de quitter Jérusalem, celui-ci ne fit aucune objection.
De son côté, après avoir confié à Hiram qu’elle gardait en son sein le fruit de leur amour, la reine de Saba quitta Jérusalem.
Hiram visita une dernière le Temple avant son départ et c’est alors qu’il fut assassiné par les trois compagnons.

Nerval a transposé dans son roman ce qu’il pensait être le mythe
fondateur de la Franc-maçonnerie. Christian Jacq a repris partiellement cette histoire dans son roman « Maître Hiram et le Roi Salomon ».

Voilà, mes Soeurs et mes Frères, l’histoire, on pourrait presque
dire les histoires de la légendaire Reine de Saba.
Alors, cela nous amène tout naturellement à la question suivante :
Pourquoi avoir choisi le nom de « Reine de Saba » pour ce nouvel atelier de la GLCS ?
Les raisons sont multiples :

La première est évidente : La reine de Saba est liée directement à
Salomon, et donc, de facto, au Temple et à la légende d’Hiram, fondateur pour nous autres maçons. C’est l’occasion de rappeler à nos Frères Apprentis, qu’une grande partie de nos symboles et des éléments présents dans l’atelier sont issus de ce mythe.
Le siège du vénérable, par exemple, s’appelle « le trône de Salomon ».
Les colonnes à l’entrée du Temple portent les lettres J et B, premières lettres des mots Jakin et Boaz qui étaient inscrits sur les colonnes du Temple de Jérusalem…

C’est aussi à cause de la légende hiramique qu’on appelle les MM
« Enfants de la veuve » car chaque maître est considéré comme une réincarnation d’Hiram et comme tel, enfant de sa veuve.

La deuxième raison du choix de ce nom pour notre nouvel atelier
est tout aussi évidente : par ce choix, nous rendons hommage à travers « La reine de Saba », aux femmes, j’ajouterais volontiers aux femmes « souveraines ».
De nombreuses obédiences ont fermé leurs portes aux soeurs ou refusent encore la mixité, au nom d’une lecture restrictive des landmarks.
Les membres fondateurs de la GLCS, tous maçons d’expérience, en ont décidé autrement. Le choix du nom de cet atelier, je devrais dire loge car le mot est féminin, va donc dans ce sens.

La troisième raison c’est que la reine de Saba est une figure
extraordinairement moderne. Imaginez, pour son époque (il y a près de 3000 ans) mais aussi pour la Bible ! Une femme belle, libre, sage et indépendante, qui de surcroît exerce le pouvoir politique…et qui parle d’égal à égal avec le plus sage des rois : Salomon.

La quatrième raison qui justifie le choix du nom de la Reine de
Saba pour notre atelier est sa dimension universelle.
En effet, nous la retrouvons dans la Bible aussi bien dans l’Ancien que le Nouveau Testament, mais aussi dans le Coran. Elle est commune aux religions abrahamiques que sont, le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Je rappelle, à ce sujet, que nous prêtons serment sur ces grands livres au cours de notre initiation comme lors de nos augmentations de salaires.

Enfin, en plus du lien avec la légende hiramique, on peut voir
dans le voyage de la Reine de Saba, une dimension maçonnique à travers plusieurs points :
- C’est la recherche de la sagesse qui motive la rencontre avec Salomon.
La jeune reine ne se contente pas d’une vie pourtant enviable et confortable mais va quitter longuement son royaume pour partir à la recherche de la Sagesse.

N’y a t’il pas là un peu de la démarche que chacun d’entre nous a
fait un jour pou pousser la porte de Temple ?
- D’autre part, il y a dans l’histoire de la reine de Saba, la notion de voyage, voyage dont elle revint enrichie que l’on peut rapprocher des voyages si importants dans nos rites maçonniques, pratiqués et symbolisés au cours de l’initiation et des augmentations de salaires qui suivent.

Enfin, la rencontre des deux souverains illustre la possibilité
d’abolir et de dépasser le conflit entre l’homme et la femme.
Elle témoigne d’une absence de domination de l’un sur l’autre lorsque les deux sont sages et peuvent se parler d’égal à égal…c’est aussi ce que nous avons toujours pensé, ici, à la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité.

Alors, longue vie à notre nouvel atelier, longue vie à « La reine de
Saba ».

J’ai dit V
\M\.

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