Obédience : NC Loge : NC 16/11/1998


Des phares pour le F.M. d'aujourd'hui

Voltaire

"O Dieu qu'on méconnaît, O Dieu que tout annonce,
Entends les derniers mots que ma bouche prononce :
Si je me suis trompe, c'est en cherchant Ta Loi,
Mon cœur s'est égaré, mais il est plein de toi.
Je vois sans m'alarmer, l'éternité paraître,
Et je ne peux penser qu'un Dieu qui m'a fait naître,
Qu'un Dieu qui sur mes jours versa tant de bienfaits
Quand mes jours sont éteints, me tourmente a jamais."

Cette prière est plus qu'une simple prière, c'est un véritable acte de Foi. Oh bien sur il ne ressemble pas a l'acte de Foi qu'on apprend au catéchisme et qui fut tant de fois modifie et remanie au fil des conciles. Celui-ci dit simplement "Dieu existe, tout concourt à le prouver et il ne saurait accepter le mal". Il est rédigé de la main même de son auteur sur une gravure qui le représente, assis devant une table, le regard tourne vers un triangle lumineux situe dans un coin élevé de la pièce. C'est la profession de foi d'un FF, initie le 7 avril 1778 à la RL "Les Neuf Sœurs", notre F François Marie Arouet, dit Voltaire.

C'est l'acte de Foi d'un "pensant", peut-être, plus que d'un croyant, mais qui combat l'athéisme dès qu'il fait son apparition en France avec Diderot. Il le combat avec une virulence telle que dans le Dictionnaire Philosophique (en 1764), il qualifie carrément l'athéisme de "forme atténuée de fanatisme". Lui-même, à cette époque, se dit théiste, et se définit ainsi:

"Le théiste est un homme fermement persuadé de l'existence d'un être suprême aussi bon que puissant, qui a formé tous les êtres étendus, végétants, sentants et réfléchissants; qui perpétue leur espèce, qui punit sans cruauté les crimes et récompense avec bonté les actions vertueuses. Le théiste ne sait pas comment Dieu punit, comment il favorise, comment il pardonne, car il n'est pas assez téméraire pour se flatter de connaître comment Dieu agit. Mais il sait que Dieu agit et qu'il est juste."

En fait toute l’œuvre de Voltaire foisonne de références à Dieu, parfois dans des vers terribles comme ceux-ci dans Mahomet :

"Exterminez, Grand Dieu, de la terre ou nous sommes
Quiconque avec plaisir répand le sang des hommes."

Avant la lutte contre l'athéisme le nerf vital de ses combats, donc de ses écrits, c'est la lutte contre l'infâme . "Ecrasons l'infâme " répète-t-il dans les innombrables lettres qu'il écrivait à ses "Frères" depuis Ferney.

L'infâme, c'est tout ce qu'il juge contraire à l'humanité et a la raison : la sottise, l'obscurantisme, l'arbitraire, et surtout l'injustice et la superstition. D'ou son anticléricalisme, car l'Eglise Catholique de l'époque en constitue l'un des principaux foyers. Elle est alors bien loin de ce qu'elle est devenue (et le pape, un personnage qui n'a pas  grand chose a voir avec le Saint Père d'aujourd'hui, cet "homme en blanc" chante par Pierre Bachelet).
Quand on parcourt "l'affaire Callas et autres affaires" on se demande combien de Jean Callas auraient encore été supplicies sur la roue, combien de chevaliers de La Barre auraient encore été torturés, décapités et brûlés, combien de Sirven auraient encore été condamnés à mort, tous victimes d'accusations sans preuves du clergé. Depuis l'empereur Constantin faisant de la religion chrétienne la religion d'état, puis le baptême de Clovis (en 506) faisant du Roi le souverain légitime de la religion catholique, le totalitarisme s'était perpétué en Europe au fil des siècles et des dynasties. Pour qu'il soit vaincu il fallait d'abord éveiller les consciences. Ce fut le rôle des philosophes du siècle des Lumières dont Voltaire est sans doute le Français le plus représentatif et son anticléricalisme s'intègre comme une nécessité dans le vaste processus qui ramènera la démocratie dans cette partie du monde. .Si ses actions les plus efficaces se situent dans la seconde moitie de sa vie, la prise de conscience, elle, remonte à sa jeunesse, comme en témoigne ce vers terrible de la Henriade, poème épique de mille alexandrins publie à l'age de trente quatre ans :
"Rome qui sans soldat porte en tout lieu la guerre"...

En fait c'est surtout aux jésuites qu'il en veut. C'est pourtant chez eux, au collège Louis Le Grand, qu'il fait ses études. Il leur doit sa solide formation classique, son amour de la littérature et surtout, en dépit d'eux, les bases de son déisme. Ici encore c'est l’infâme qu'il combattra à travers eux : leur manière de gouverner, de dominer les populations des territoires conquis : qu'on se rappelle l'épisode du Paraguay dans Candide (Ch.XIV) et surtout les éléments qu'il apporte après sa publication dans une lettre de 1759 au journal encyclopédique

"Les Jésuites ont, de ma connaissance, vingt neuf provinces qu'ils appellent leurs Réductions et ils y sont maîtres absolus au moyen de huit réales par tête qu'ils payent au Gouverneur de Buenos Aires pour chaque père de famille... Ils n'ont jamais voulu que leurs sujets apprissent la langue castillane... Ce sont eux seuls qui font l'exercice des armes aux Paraguayens etc."...
De même que Callas, Sirven, le Chevalier de la Barre furent réhabilités et la justice remaniée, de même le Parlement de Paris ordonnera la fermeture des collèges de la Compagnie de Jésus en 1761 et la suppression de la dite Compagnie en 1762...
L'anticléricalisme de Voltaire est cependant sélectif : s'il déteste Rome, les cardinaux et les Jésuites, il vénère les cures. On peut lire dans ses carnets: :
"Il est utile a toute société que l'on croie un Dieu juste et qu'on soit juste. Il est utile qu'il y ait des temples ou Dieu soit adore, ses bienfaits chantes, sa justice annoncée, la vertu recommandée, ce qui est au delà n'étant qu'impostures, factions, orgueil, avarice doit être proscrit. Rien n'est plus utile qu'un cure qui tient registre des naissances, qui en donne double au magistrat, qui a soin des pauvres, qui met la paix dans les familles etc. etc. Rien n'est plus inutile qu'un cardinal, cette inutilité va même jusqu'au plus grand ridicule car qu'est-ce qu'une dignité sans fonction ? dignité étrangère, confèrée par un prêtre étranger. Dignité pourtant égale à celle de nos princes de sang qui procure toujours au moins cent mille écus de rente, tandis qu'un curé utile, et plus encore dans les campagnes que dans les villes, est réduit si à l'étroit qu'il n'a pas de quoi faire le bien, ni aux autres, ni à lui-même."

Quant a sa perception de Jésus, comme elle est devenue courante aujourd'hui! Voltaire a toujours regarde Jésus comme un homme, un sage. Dans son "Traité sur la Tolérance", Jésus devient même le symbole des persécutés, un autre Socrate, mis à mort alors qu'il ne prêchait que la Douceur. Il fait de Jésus l'apôtre de la religion naturelle définie comme "amour de Dieu et bienfaisance envers les hommes". Il en fait ainsi son allié dans son double combat contre l'athéisme et contre l'infâme .


C'est dans son traite sur la Tolérance justement, que Voltaire se livre tout entier. Ecoutons-le :

Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse, c'est a Toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les secrets sont immuables comme éternels, daigne regarder avec pitié les erreurs attachées à notre nature.
Que ces erreurs ne fassent point nos calamites. Tu ne nous as point donne un cœur pour nous haïr, ni des mains pour nous égorger. Fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère.
Que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées a nos yeux et si égales devant toi, que toutes ces petites nuances, qui distinguent les atomes appelés homme, ne soient pas des signaux de haine et de persécution.

Que ceux qui allument des cierges en plein jour pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la Lumière de ton soleil.

Que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui
disent la même chose sous un manteau de laine noire.

Qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon forme d'une ancienne langue ou dans un jargon plus nouveau...

Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont Frères, qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible dans le sein de la paix et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis le Siam jusqu'à la Californie, la bonté qui nous a donné cet instant."

Dites mes FF, ceci ne vous rappelle-t-il pas le symbole du GADLU, et la possibilité qu'il offre à chacun d'être FM en gardant ses convictions religieuses tout en respectant celles des autres ?


Ces lignes écrites 15 ans avant sa mort nous aident a mieux comprendre les paroles prononcées par le F Lalande, Vénérable des "Neuf Sœurs", qui disait dans son discours lors de l'initiation de Voltaire, deux mois avant sa mort :

"Vous étiez Franc-Maçon avant même d'en avoir reçu le caractère et vous en avez rempli les devoirs avant que d'en avoir contracte l'obligation entre nos mains."

N'oublions pas ici que c'est à sa propre demande qu'en 1726 Voltaire s'exila en Angleterre pour purger sa peine d'embastille. En 1726, moins de 10 ans après la restructuration de la FM spéculative à Londres. N'en tirons aucune conclusion hâtive. Toujours est-il qu'après ces trois années outre-Manche, il revint profondément marque par les grands traits de la société anglaise de l'époque où les idées déistes, la philosophie empirique de Locke et la science de Newton faisaient leur apparition. C'est là qu'il prit vraiment conscience du prix de la Liberté et de la Tolérance.


J'ai dit.

P\ V\ 

7013-2 L'EDIFICE  -  contact@ledifice.net \