Obédience : NC Loge : NC 05/06/2009


Schibboleth


Depuis l’aube des temps l’Homme a toujours exprimé un besoin primordial d’être authentifié. Des signes ostensibles ou ostentatoires participent du souci d’afficher une appartenance à un groupe déterminé : ce peut être un type de coiffure comme pour l’aristocratie du moyen-âge, un tee-shirt aux couleurs d’un club sportif, la bague en or ou alliance portée à l’annuaire gauche et indiquant le statut social d’un individu, des tatouages ou des scarifications sur certaines zones de notre corps, l’étoile jaune dont le port était imposé par les nazis aux juifs afin de les marquer… Les signes de reconnaissance peuvent être également sonores tel le fameux « Sésame, ouvres toi ! » d’Ali Baba et ses quarante voleurs, ou tactiles telle la poignée de main entre deux FF. maçons. Et c’est dans l’apprentissage maçonnique des signes, mots et attouchements que l’on retrouve le mot hébreu Schibboleth que le V.F. 1er S. m’a fraternellement proposé comme sujet de cette planche d’élévation.

Ce symbole est le deuxième symbole végétal que je découvre en tant que CC. après les deux fruits du grenadier qui surplombent les colonnes BOAZ et JAKIN dans le Tableau de Loge au 1er Degré du REAA.


Le rituel nous enseigne que Schibboleth est le Mot de Passe demandé à un FF. avant d’être admis dans une Loge travaillant au Deuxième Degré. Il signifie « épi » ou « courant de l’eau », « cours du fleuve » et il est représenté par un épi de blé à côté d’un cours d’eau, allusion à un épisode relaté par la bible au livre des Juges (Chp.12, verset 5-6) : « Jephté, Roi-Juge de Galaad, coupa à Éphraïm les gués du Jourdain, et quand les fuyards d’Éphraïm disaient : « laissez-moi passer ! », les gens de Galaad demandaient : « Es-tu Éphraïmite ? ». S’il répondait : « Non ! » alors ils lui disaient : « Eh bien, dis Schibboleth ! » Il disait : « Sibbolet » car il n’arrivait pas à prononcer ainsi. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante deux mille hommes d’Éphraïm. »


Ainsi Schibboleth est, sur le plan historique et biblique, lié à une sentence de mort pour les Éphraïmites engendrant dans le même temps la survie pour les Galaadites. Ce sont là les deux faces d’une même médaille ou encore les ambigüités de la nature où la mort engendre la vie, à l’exemple du grain de blé qui doit mourir en terre pour que germe l’épi de blé porteur de nombreux grains.


Schibboleth fut un moyen pour distinguer un ami d’un ennemi, un membre d’un groupe d’un imposteur. Ce mot fut même adopté par le Roi Salomon comme mot de passage pour accéder à la Chambre du Milieu du Temple réservée aux CC. du Métier. Il paraît donc indispensable de cerner le plus exactement possible l’origine et l’utilisation de ce terme qui permet d’identifier l’étranger non pas par son apparence, mais par sa prononciation, et cela en vue de le tuer. En effet, nous ne sommes pas nécessairement différents de l’étranger sur le plan physique, mais nos prononciations diffèrent selon les terroirs qui de tous temps et sous toutes les latitudes, génèrent un accent spécifique.

Le terme Schibboleth a par la suite été adopté dans le langage courant où il est devenu synonyme de mot de passe. Les Schibboleths sont ces signes de reconnaissance qui prétendent tout dire de vous, et malgré vous, vous classent et peut-être vous condamnent à l’instar des populations albinos qui se font encore massacrées au Rwanda.

Par extension, Schibboleth représente la clé qui conditionne, qui permet l’émergence de quelque chose. Comme l’a dit Coppée : « Le succès attend le mérite, l’instruction est le schibboleth qui ouvre toutes les portes ».

Ayant repéré l’ascendance de Schibboleth et son lien avec l’épi de blé, on retrouve cette symbolique dans les mystères d’Eleusis où la fille de Démeter, sœur de Zeus et Déesse des gerbes (Prospérine), doit séjourner six mois sur terre, à la lumière du soleil, et six mois sous terre, dans le royaume des ténèbres pour avoir consommé six graines de grenade considéré comme aliment inférieur.
En franc-maçonnerie le Mot de Passe des CC. est Schibboleth. Dès lors il m’est apparu contradictoire que cette fraternité qui est un Ordre humaniste universel prônant la Tolérance et l’ouverture vers l’autre, puisse choisir, comme Mot de Passe, un terme dont la propension est à la xénophobie et à la ségrégation. Car ne dit-on pas en maçonnerie que : « On ne s’enrichit que par nos différences » ? Pourquoi alors faut-il tuer l’étranger ?

La signification donnée à ce mot par les différents catéchismes maçonniques (épi de blé, courant de l’eau ou cours du fleuve, voir même nombreux comme les épis de blé) nous donne une ligne directrice pouvant servir à une interprétation philosophique ou symbolique probable du mot Schibboleth.


Dans nos rituels, le premier et seul devoir donné par le V.M au FF. fraichement créés CC., est de voyager et d’aller œuvrer sur d’autres chantiers, c’est à dire de devenir eux même des étrangers car on dit que : « Reconnaître l’étranger est aussi un moyen de se connaître. » Le REAA met donc un accent particulier sur l’aspect tuilage du terme Schibboleth. Le CC. devra au cours de ses voyages se faire reconnaître pour tel en nommant avec justesse le Mot de Passe qui lui a été transmis car comme le dit le rituel : « il ne suffit pas de connaître les mots maçonniques pour être des initiés véritables. Il s’agit d’en pénétrer le sens profond car celui qui ne connaît que les mots ne possède pas pour autant le Secret Maçonnique. »


Le regard de l’étranger est donc le ciment de la construction qui nous permet de réaliser ce formidable travail entamé au 1er Degré avec le Fil à Plomb (perpendiculaire) et qui se résume à : « Connais toi toi-même ! »

L’interprétation de Schibboleth par « nombreux comme les épis de blé » nous rapproche de l’épisode biblique sur la vie de Ruth qui, malgré son statut de veuve et moabite, arriva à survivre au pays de Juda et à entretenir sa belle-mère en glanant les épis de blé tombés du chariot, en rassemblant ce qui est épars, rejeté, égaré, éparpillé. Ne dit-on pas que : « La pierre brute rejetée est celle qui formera la clé de voûte. » ou que : « l’étranger est le témoin qui glane le reste de la mémoire pour la reconstituer. »

La mort du grain de blé qui donne naissance à la pousse, qui monte vers la lumière et au bout de laquelle va murir l’épi, est à l’image de la mort apparente du néophyte qui enfante la vie dans le Cabinet de Réflexion (épreuve de la terre). Dans ce réduit obscur, le pain posé sur la table représente un support physique de la symbolique de l’épi de blé (Schibboleth). Ainsi, tel le grain de blé, le « vieil homme » va mourir dans le Cabinet de Réflexion et après putréfaction, accéder à une nouvelle naissance en germant des entrailles de la terre (VITRIOL). La jeune pousse représentant l’AP. va dès lors grandir par les éléments eau, air et soleil (feu) au cours des différentes étapes de son évolution (ou voyages).

Un grain de blé donne ainsi naissance à un ou plusieurs épis renfermant une multitude de grains étroitement entassés, revenant ainsi au début du cycle de création. La fin rejoint le commencement formant alors un cercle, nous ramenant au Compas, symbole du monde céleste et de l’esprit. La multitude naissant de l’unité, une analogie peut être également faite avec l’organe de reproduction masculin dont une goutte de sécrétion renferme des millions de spermatozoïdes.

Par sa mort puis sa renaissance, le grain de blé ou le FF maçon engendre une multitude de grains ou de FF. maçons, symbolisant ainsi la croissance, la fertilité et l’abondance. Ceci symbolise également la résurrection continuelle ou l’immortalité. On peut dès lors associer un autre symbole à Schibboleth qui est l’Etoile Flamboyante porteuse en son centre de la lettre G signifiant Génération.

L’épi de blé pourrait aussi représenter la Solidarité et la Fraternité qui règnent au sein d’une Loge et les grains collés les uns aux autres seraient les FF. maçons qui y travaillent.
Cependant, il y a rarement de générations spontanées d’épi de blé sans intervention humaine. En effet c’est le labeur et les efforts de l’homme qui permettent au grain de blé de féconder la terre et de s’épanouir à l’abri de parasites et autres mauvaises herbes. Ce symbole du 2ème Degré est donc une glorification du Travail sans lequel il n’y a point de salaire. Il est à noter que cette culture se faisant de manière cyclique nous rappelle le concept selon lequel le travail du maçon ne finit jamais.
De même dans la bible, le symbole du pain est assimilé au corps du Christ. On peut donc à travers la symbolique de l’épi de blé dans le Tableau de Loge au 2ème Degré du REAA que le Christ y est représenté au midi, là où trône l’astre solaire et où il y a le plus de lumière à l’ouverture des travaux maçonniques.

V.M. et VV. TT. mes FF. en VV. DD. et QQ
On dit souvent : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. » il est donc vital que le profane qui nous rejoint devienne le grain de blé suggéré par le Schibboleth et qu’il puisse germer dans le cadre de nos ateliers et instructions maçonniques. Cependant la durée de germination est variable selon les FF. et dépendra de beaucoup de facteurs endogènes et exogènes à notre Loge : le milieu social, le caractère, la culture, ainsi que tous les aléas de la vie tels que les maladies, les difficultés matérielles, psychologiques ou affectives qui peuvent les toucher directement ou à travers des êtres chers. Tout ceci pris en considération, alors il y aura une belle moisson en perspective pour notre R.L de St Jean.

V.M., Il reste du pain sur la planche !


J’ai dit V.M.!

H\F\ O\


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