Obédience : NC Loge : Foi et action - Orient de cotonou 20/05/2014

Le silence

La planche que je voudrais soumettre à votre appréciation ce midi s’intitule LE SILENCE. Le premier engagement du candidat à la Franc Maçonnerie est de grader le silence sur tout ce qu’il peut entendre, voir ou découvrir dans le temple. En Franc Maçonnerie, le silence est une discipline librement acceptée. Astreint au silence depuis son initiation, le frère apprenti doit s’atteler à en découvrir les bienfaits et les subtilités.

Qu’est-ce donc que le silence ?
Qu’est-ce que le silence initiatique ?
Quelle est notre pratique du silence ?

Telles sont les questions dont les réponses nous aideront en tant qu’apprentis à poursuivre notre perfectionnement aussi bien en Loge que dans le monde profane.

Qu’est-ce que le silence ?

Le Larousse définit le silence comme l’absence de bruit. Il a pour synonyme le calme et la tranquillité. On admet ainsi que la parole est une émission de son et que le silence est aussi absence de parole et de son. Un son est une vibration émise par un corps en mouvement. Il se mesure en décibel. L’Humain ne perçoit que certaines vibrations et certains animaux bien plus.

Malgré le bruit qui meuble notre quotidien, certaines circonstances nous imposent le silence : Dans les salles de classes, les bibliothèques, les salles de cinéma, de théâtre ou de concert, le silence est indispensable pour l’écoute.

Certaines professions sont tenues au Secret Professionnel : il y a obligation de garder silence. Dans le solfège, un silence est un moment pendant lequel n’est émis aucun son ; il correspond à une pause dans l’exécution du morceau.

Dans les milieux mafieux, l’omerta, la loi du silence, règne en maître. On observe que la pratique de la prière, requiert recueillement et silence. En mémoire de nos proches qui nous ont, à jamais, précédés dans le silence, nous observons une minute de silence.

Le silence et le verbe sont indissociables. Comment concilier alors bruit, silence et vie initiatique ?

Qu’est-ce que le silence initiatique ?

Toute démarche initiatique requiert la pratique du silence. Dans nos sociétés traditionnelles par exemple, les vodounsi sont astreints au silence pour une période pouvant aller de 3 mois à 3 ans passée dans le couvent. Ils ne retrouvent l’usage de la parole qu’après cette étape et la perdent parfois, le temps d’une cérémonie.

Au début de son audition sous bandeau, le profane, promet de ne révéler à personne, tout ce qu’il a pu avoir vu ou entendu, depuis qu’il a fait sa demande d’admission, et tout ce qu’il pourrait voir ou entendre au cours des enquêtes ou auditions dont il serait l’objet.

Sous le bandeau, il a vécu un silence mystère qui n’est qu’une introduction à la démarche silencieuse qui sera la sienne tout au long de son apprentissage : silence anxiogène où, tout en étant attentif à ses réponses, il se demande combien de personnes le questionnent et en quel lieu il se trouve.

Dans le cabinet de réflexion, lieu initiatique par excellence où chaque objet et chaque instant est chargé de valeur symbolique, le futur apprenti n’a pas encore frappé à la porte du temple qu’il affrontera le silence à l’état pur sans bruits extérieurs. Silence à la méditation et à la réflexion pour la rédaction du Testament Philosophique mais également en vue de l’abandon de ses passions, de ses anciennes conceptions et de ses préjugés.

Sur les colonnes, lors de nos travaux, à la fin de chaque débat, le Premier Surveillant annonce que le silence règne sur l’une et l’autre colonne. La parole remonte alors à l’Orient, et l’ordre du jour se poursuit.

A la fin de chaque Tenue, les frères se quittent sous le sceau du silence, ils promettent de garder la loi du silence. Cela signifie en premier lieu que rien de ce qui s’est dit et décidé en Loge ne doit être révélé ni à un profane, ni même à un frère absent. Chaque frère peut ainsi s’exprimer librement, étant assuré que quelles que soient les opinions formulées, rien ne transparaîtra au dehors qui puisse lui porter préjudice. En second lieu, cela signifie que le Franc Maçon ne doit pas dévoiler au profane la qualité maçonnique d’un frère, ainsi que les Rites et les Rituels maçonniques dont il a connaissance.

La loi du silence doit aussi être, du reste, respectée par tous les frères quel que soit leur grade à l’égard des autres frères qui n’ont pas encore atteint ce grade, tant en ce qui concerne les travaux que les rituels. Au septentrion, l’Apprenti garde le silence ; un silence surtout intérieur. En effet, le sigle V.I.T.R.I.O.L. - inscrit dans le cabinet de réflexion lui suggère de travailler en silence sur lui-même pour parfaire sa personnalité.

Le silence initiatique est aussi bien intérieur, qu’extérieur.

Après être mort aux préjugés du vulgaire pour renaitre à la vie nouvelle que confère l’initiation, l’Apprenti est astreint au silence, aussi bien en Loge que dans la vie profane.

A l’aide du ciseau et du maillet, l’Apprenti travaille en silence sur lui-même. Il apprend à se visiter et se revisiter, à admettre qu’il a des imperfections et à tailler sa pierre, la débarrassant ainsi de ses innombrables scories. Il apprend également à transcender le poids des métaux, à s’en dépouiller progressivement et à développer sa capacité d’écoute.

L’Apprenti est invité à faire silence en lui, à devenir silence, grâce à son immobilité et sa position physique en loge (assis, les pieds posés à plat sur le sol, le dos bien droit, les mains posées sur les cuisses), position favorable à la méditation.

Le silence de l’Apprenti n’a pas pour but de le faire sombrer dans le mutisme mais au contraire, de l’aider à s’épanouir. C’est un silence actif. Il permet à l’Apprenti d’entrer dans l’égrégore et d’avoir sa juste place dans la Loge. La discipline du silence en elle-même est une force qui favorise l’épanouissement de la pensée et l’introspection.

L’Apprenti et la pratique du silence

L’apprenti finit par se rendre compte qu’il a plus de choses à apprendre qu’à dire. Et pour apprendre, il lui faudra faire silence, observer et capitaliser. « Je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler. Donnez moi la première lettre, et je vous donnerai la seconde ». A partir de cet instant, ses limites lui sautent aux yeux. Je ne sais rien. Que dire, que répondre quand on ne sait rien ? Avoir réponse à tout devient tout à fait inopportun.

Main droite placée en équerre sur sa gorge, l’Apprenti s’attèle à contenir le bouillonnement de ses passions et préserver ainsi sa pensée de toute distraction susceptible de compromettre sa lucidité et sa concentration. V\ M\ et vous tous mes FF\, faire silence en soi, être à l’écoute de l’autre, et de soi-même ; canaliser sa pensée est pour l’Apprenti un exercice très fructueux et enrichissant qui le rend plus réceptif et plus humble. Le silence est pour l’Apprenti que nous sommes un outil précieux et pédagogique. Il permet de se rendre compte des motivations de la prise de parole en loge et de son utilité qui est plus collective que personnelle. L’usage du Maillet et du Ciseau amène à se remettre en cause et à travailler en silence à supprimer progressivement bien des aspérités en soi-même. Alors le silence, tout doucement, s’installe en soi et autour de soi.

Chaque fois qu’il se met à l’ordre, l’Apprenti s’exerce au silence intérieur. Chaque fois qu’il fait le signe d’Apprenti, il réitère sa volonté de poursuivre son perfectionnement graduel dans le silence. Faire silence en nous-mêmes ; nous départir de nos préjugés et des pensées qui nous assaillent n’est pas chose aisée. Mais avançons pas à pas et résolument sur ce chemin ô combien difficile car la Paix, l’Amour et la Joie nous y attendent.

Je ne saurais finir mon propos sans partager avec vous cette pensée de Omraam Mikhaël Aïvanhov : « Seul celui qui, grâce à la connaissance des vérités spirituelles a su mettre de l’ordre en lui-même, réalise le vrai silence. Et c’est dans ce silence que la voix de sa nature divine se fait entendre. Toute une tradition mystique fait mention de la « voix du silence ». Comment faut-il comprendre cette expression ? Le silence n’a évidemment pas de voix, mais au sein du silence, une voix se fait entendre : celle de notre nature divine.

La méditation, la prière comme toutes les pratiques préconisées par les enseignements spirituels n’ont qu’un but : faire taire la nature inférieure en l’homme, afin de donner à sa nature supérieure des possibilités toujours plus grandes de s’exprimer. Le silence est donc cet état de conscience au sein duquel quelque chose de mystérieux, de profond, commence à se révéler. C’est ce « quelque chose » qu’on appelle la voix du silence. Celui qui parvient à tout apaiser en lui, et même à arrêter sa pensée – car dans son mouvement, la pensée elle aussi fait du bruit – entendra sa voix ».

J’ai dit ! V\ M\

S\ H\


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