Obédience : NC Loge : La fidélité - Orient de Lille 18/05/2012

Le silence

En préambule, j'aimerais vous conter cette petite histoire illustrant le propos qui va suivre.

« Apres plusieurs années de travail de méditation sur lui-même, un frère s’en retourne retrouver son vieux maitre. « Le vieux maitre lui demande : qu’as-tu appris mon frère ? Le frère répondit : le silence mon frère. Et le vieux maitre le regardant lui répondit : bavard ! »

Mes frères, mon surveillant, il y a quelques mois, m’a proposée travailler sur le silence. Il fut tentant pour moi de vous présenter une planche vierge : le silence, rien que le silence ! Ce qui, vous le conviendrez, m’aurait facilite la tache ! Mais je vais essayer de m’attaquer a cette gageure.

Pour l’évoquer, il faut faire beaucoup de bruit…a propos de ce qui n’en fait pas ! C’est la parole qui l’exprime c'est-a-dire son contraire ! Et tout le paradoxe est la : ce qu’il n’est pas, permet de savoir ce qu’il est.

En parler c’est le tuer et le respecter oblige à se taire. Résumons donc l’alternative : d’un cote, je ne veux pas tuer le silence en parlant et de l’autre, je ne tiens pas à ce que vous croyiez que je sois reste oisif ! Alors, je n’ai pas d’autres choix que de laisser la voix au silence !

Donc le silence que je romps, ce midi, fut pour moi, le plus utile des outils qui permit mon apprentissage. Homme de paroles, j’ai pour de formation professionnelle, le défaut de trop parler ! Il me semblait dérisoire et impossible dème contraindre a de longs moments de silence. Pour moi, le silence était vide, une discipline que je n’osais m’imposer. Bien sur le silence, on croit le connaitre, car depuis son plus jeune âge, qui n'a pas entendu de ses parents « silence, mangeât soupe ! », d’un de ses professeurs « silence dans la classe ! » ou encore d'un supérieur militaire « silence dans les rangs ! ». Je dus même parfois dans ma vie faire le silence dans des circonstances diverses, lors d'événements douloureux. Je devais en quelque sorte, réapprendre autrement ce silence ; c’est donc un véritable combat envers moi-même que je dus mener. Pour cela, il a fallu que je me dépouille de moi-même, que je laisse mes métaux à la porte du temple ; j’ai donc laisse ma langue à la porte du temple ! Chose difficilement réalisable dans le monde profane ou la verbalisation est la règle et le silence, l’exception.

En effet, dans le monde profane, le silence produit souvent le malaise, la gène, la crainte de ne plus s‘affirmer voire de ne plus exister.

La relation avec le silence appelle souvent l’angoisse et la tentation immédiate de le rompre. Je citerai Raymond DEVOS : « il suffit que le silence se fasse pour que les gens le remplissent ».
Pourtant, ce silence est essentiel dans la démarche initiatique du franc-maçon, il est même plus important que la parole, car il la précède et lui succède.
Ma première expérience initiatique avec le silence, alors que je n’avais pas encore frappe a la porte du temple, fut le cabinet de réflexion. Il y a dans ce lieu un symbole inexprimable, qui n’a pas de supports matériels comme le sel, le mercure, le crane, le miroir…et qui pourtant est plus présent que n’importe quel autre, inondant ce cabinet, qui invite a l'immersion en soi. J’ai nomme le S\I\L\E\N\C\E\. Puisque je ne sais encore qu'épeler.

Le silence qui y règne empêche toute diversion et met le profane face a lui même, on ressent le fait que désormais réienne sera plus comme avant, que l'on quitte un certain matérialisme.

Tous les jugements subjectifs, les repères qui donnaient en apparence d'être a toutes épreuves, les certitudes s'écroulent, pour laisser place au vide des aprioris et des réponses. Alors de ce vide surgit le silence, celui du questionnement et de l'introspection. Le silence se transforme en outil, en catalyseur de la réflexion. Ce silence ne me quitta plus depuis ce moment car si c'estdans le silence que je suis mort a la vie profane c'est également après avoir effectué mes voyages d abord dans le tumulte puis peu a peu dans le silence que je suis ne et que j ai reçu la lumière.

Le silence m’accompagna alors plusieurs mois ; il fut et reste mon compagnon de route et me permet de continuer à tailler ma pierre. Pour cela, il va de soi que le silence ne doit pas être vécu comme un confort de situation ou bien tranquille sous les colonnes l’apprenti reste passif, il ne suffit pas de se taire en apparence, de se fabriquer une cuirasse de silence et d'être au comble de l'inattention. Le silence serait alors contreproductif. Il ne faut pas confondre silence et mutisme, le silence est le prélude à l'ouverture, à l'écoute, à la création, selon la tradition un grand silence n'a t il pas eu lieu avant la création du monde ?

Le mutisme, lui, est le prélude de la fermeture.

Alors il faut au contraire a chaque instant être dans ce silence afin d’écouter le bruit de sa pierre sous les coups de ciseaux et de maillet, comme le faisaient les tailleurs de pierre lors de la construction des cathédrales en faisant sonner la pierre de carrière qu’ils allaient tailler afin d en juger qualité.

Il est très important de savoir que le silence n'est pas simplement l'absence de bruit, c’est un état d'esprit.

Pour moi, le silence c'est aussi apprendre à parler juste. Avec le silence, j'ai commence à apprendre à écouter l'autre, cet autre au travers duquel on se découvre. C'est dur au début de ne pas avoir la parole, puis les choses changent. On passe du stade de frustration a celui de la complémentarité voire même a celui du désir d'une autre opinion, d'une autre manière de penser, d'un autre point de vue. Comme je l'ai souvent entendu le symbole est a l'esprit ce que l'outil est a la main. Comme l'outil de l'opératif, le silence doit être compris dans sa manipulation et son usage pour pouvoir obtenir le résultat escompte.

Pour l'apprenti, le silence est souvent mal compris : il le vit comme une limitation. « Pourquoi l’on m'empêche de parler ? Moi aussi je veux prendre part au débat, moi aussi j’ai des choses a dire, moi aussi je veux être entendu, moi aussi je peux apporter des choses ». Et puis a un moment, on perçoit la différence entre le « vouloir dire », le « dire » et « se dire ». On se pose la question « est ce que ce que je veux dire est utile ? » Sert-il l’intérêt de mes frères ou flatte t’il seulement mon ego ? Qu’il est dur de mourir a un faux soi pour renaitre a un vrai soi-même !

J'ai appris donc que l’on peut communiquer a travers le silence et que cette communication est bien plus profonde. Le petit prince disait « l'essentiel est invisible aux yeux » je le parodierai en disant « l'essentiel est inaudible aux oreilles ! » Le silence m'a également permis de m'imprégner du rituel, a le vivre de l'intérieur, a faire la différence entre « faire du rituel » c'est a dire pratiquer un rituel et vivre le rituel c'est-à-dire essayer de le ressentir, d'en découvrir toutes les facettes, toutes les richesses.

Alors quel meilleur moment que le silence d'une chaine d'union pour ressentir toute la richesse du silence, ce qui est riche ce ne sont pas les paroles du vénérable qui scande le silence mais ce que nous mettons chacun dans ce silence.

Albert Camus disait « nous ne nous connaissons pas encore car nous n'avons pas encore ose nous taire ensemble » et bien mes frères, chaque fois que nous faisons le silence, nous apprenons à vous connaître.

Il en est de même lorsque le silence se fait juste après le « j’ai dit » d un conférencier, la véritable puissance d'une planche ne réside pas vraiment dans la discussion qu'elle engendre, celle-ci l'enrichit comme dit le vénérable maître, mais elle est dans le silence qui la suit, moment ou l'on en assimile la substantifique moelle.

Ici, tout est symbole et celui-ci ne nécessite pas de paroles, il parle souvent de lui-même, chacun y trouve sa propre signification, et l'accès a la compréhension des symboles ne peut se faire que dans le silence, la méditation sans verbiage, tapage. Avant de clore cette planche, j’aimerais vous lire ces quelques vers trouves au hasard de lecture et dont je ne connais pas l’auteur.

Le mot philosophale
Les hommes ont tant parle, Chanté
et puis crie invente des langages
Sans jamais se comprendre.
Ils ont pourtant tenté, tout au long des années,
d'emprunter le chemin des cœurs et des esprits,
En trouvant le bon mot :
Fraternité, amour
Dieu, argent, liberté
Et puis encore tant d'autres,
Aucun ne convenait pour une vraie communion.
Ils ont désespère de pouvoir découvrir
le mot philosophale qui guérirait le mal,
Alors ils se sont tus
Et ont enfin compris
Que le mot qu’ils cherchaient
Etait le mot SILENCE

Voila mes frères Tout ce que je vous ai livre ce midi a surement déjà été dit et sera redit sous une forme ou sous une autre. Le Silence quant a lui m'est personnel, et vous est personnel, il appartient a un monde illimite. Chaque silence que l on respecte a la fin de chaque travaux est unique il n'a jamais été vécu et n'existera jamais plus.

Alors pour terminer je citerai une des première phrase que nous avons tous entendu le soir de notre initiation dans le cabinet de réflexion « maintenant, monsieur, vous allez être abandonne a vous même, dans la solitude et le silence » et bien mes frères abandonnons nous au silence pour jouir pleinement de l'apaisement qu'il apporte, ainsi pour moi mes Frères, le Silence c'est…

Et bien je crois que c'est ce bref instant de partage et d'harmonie que nous venons de vivre ensemble.

J ai dit V\ M\

J\ Y\ S\


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