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Le Silence

C’est avec un grand honneur et l’accord de mon deuxième surveillant que je vous présente mon morceau d’architecture intitulé le Silence de l’Apprenti.

L’apprenti que je suis, sur un trait d’humour plus déstabilisant que profondément symbolique, aurait pu choisir vingt minutes de silence, ponctuées par un « j’ai dit, V\ M\ ».

Ce long moment de Silence aurait peut-être permis aux frères d’autres grades de se remettre dans la peau de l’Apprenti qu’ils ont été, et qu’ils sont peut-être encore aujourd’hui au fond d’eux même. Cela m’aurait servi à démontrer ô combien l’Apprenti observe, écoute et enregistre ce qui l’entoure. Mais, partager vingt minutes de Silence aurait été aux antipodes de la réalité de l’Apprenti.

L’Apprenti fait silence, il se tait certes, et encore pas tout le temps, mais le Silence ne règne pas une loge. Le Silence ponctue, éventuellement rythme, et relance les travaux de la loge, mais il ne les remplace pas. Je décidais donc que ma planche ne serait pas muette. Pourquoi avoir choisi le Silence alors qu’un travail sur les outils me semblait pourtant plus symbolique de prime abord ?

Pourquoi demander à l’Initié d’être silencieux ? Alors de son apprentissage alors que dans le monde profane, on demande souvent aux apprentis de prendre la parole, d’être communicant, de réciter parfois même sans comprendre.

J’en conclu donc que l’Apprenti Maçon n’est pas un apprenti comme les autres. Depuis mes débuts en loge, je me suis aperçu rapidement que le temps est marqué par le Silence et que sa symbolique est plus puissante qu’elle n’y parait. Elle m’intrigue par sa profondeur de champ. Par le pouvoir qu’elle exerce en moi.

Le Silence propice à la loge, stimule par la concentration et le bien-être qu’il procure la méditation intérieure de celui qui l’accepte. Sa profondeur infinie, dans notre monde sacralisé, permet de puiser en nous la vérité de ce que nous sommes, oubliant ce qui nous entoure, dépouillé de nos métaux et artifices, nu face à nous même, mais baigné dans la Fraternité d’un instant. Voilà pourquoi j’ai choisi de travailler sur le Silence de l’Apprenti.

Placé au septentrion parce qu’il ne peut supporter qu’une faible lumière, l’Apprenti doit travailler symboliquement à dégrossir sa pierre brute. Dégrossir une pierre brute en silence, mais à l’aide d’outils, pris au premier degré cela relève de l’impossible quand l’on connait le bruit des chantiers, du burin et du marteau. Si en Maçonnerie les outils sont symboliques, le Silence l’est donc autant. A moins que l’exception ne confirme la règle.

L’Apprenti travaille donc en Silence de midi à minuit. Exceptions faites de ses exposés et des acclamations. Les seuls silences en commun à tous les grades sont l’obligation de garder inviolablement les secrets de l’Ordre en dehors du temple, mais aussi le Silence des frères à l’écoute des autres. L’Apprenti a donc obligation de garder le Silence et dans le temple et bien évidemment en dehors comme tous ces Frères. Double pénitence, dirait-on dans le monde profane.

Dans le livret d’instruction pour le premier grade symbolique, il n’est pas fait mention du Silence. Tout comme dans la constitution et le Règlement général du Grand Orient De France. Est-ce donc un mythe, me suis-je demandé ?

Peut-on aussi en déduire que l’Apprenti n’est pas dans un Silence absolu, mais bien voulu par ces frères ?
Avons-nous à faire à un Silence résigné que l’Apprenti ne comprend pas lui-même ?
La colonne de Septentrion subirait-elle une sorte d’Omerta Maçonnique ?
Qu’apporte à l’Apprenti l’impossibilité de s’exprimer ?
Une multitude de questions auxquelles je vais tenter de donner quelques réponses ?

Pour mieux comprendre, moi l’Apprenti qui n’en avait pas l’habitude de me retrouver en face de tel propos, j’ai donc recherché ce qu’était « le silence ». Etymologiquement chacun sait que le silence vient du mot latin Sélénium, qui signifie par extrapolation « se taire ». Tout le monde à une fois entendu sans prêter attention « La parole est d’argent, mais le silence est d’or » proverbe hébreu sortie du Talmud. Ce qui signifie : La valeur du silence est supérieure à celle de la parole. En effet, il est important de maîtriser le langage. MAIS savoir se taire est un signe de sagesse.

Je crois tenir dans ce début d’explication une partie de la vérité que je cherche. Seulement, si j’analyse le Silence sous différentes facettes, je ne peux oublier la vision profane du terme. Nous allons voir que le silence a dans nos sociétés une connotation passive et souvent négative. Dans un monde où l’on communique de manière exagérée, paradoxalement l’Apprenti Maçon s’enfonce dans le Silence.

Autre exemple, rappelons-nous que depuis l’enfance, le Silence est souvent synonyme de punition, d’interdit, de frustration. L’enfant dit sage est par ailleurs un enfant que l’on devrait décrire plutôt comme calme que porté par la sagesse.

En revanche on dit la sagesse venir avec le nombre des années, je ne pense pas qu’elle vient d’elle-même, il faut aller à sa rencontre. Et là permettez- moi de dire que j’aperçois à ce stade, la symbolique maçonnique du silence comme son chemin d’accès.

Parallèlement à cette idée, dans notre vie profane, des premiers pas aux derniers souffles en passant par les chemins de l’apprentissage scolaire, soit on nous réduit au Silence, soit on nous l’impose.

« Tais-toi » ordonne-t-on à l’enfant volubile qui cherche à attirer l’attention. « Taisez-vous » vocifère le maître d’école aux élèves qu’il doit instruire et qui ne l’écoute que d’une oreille. « Embrasse-moi idiot au lieu de parler » invective la maitresse de l’amour bâillonnant l’homme d’un baiser. Même certaines professions souvent libérales ont obligation de faire silence, appelé plus communément « Le secret professionnel ». Volontairement par ces quelques exemples de notre vie courante, on observe que le silence est donc souvent imposé ou s’impose de lui-même.

Dans l’histoire, le Silence a aussi souvent une version négative. On bâillonne les peuples, on musèle le République, on réduit les détracteur au silence, parfois on neutralise, comme pour l’emploi, le contre-espionnage et l’armée, pour ne pas dire qu’une démocratie assassine, toujours pour le bien de certains, au nom de tous. Nos dirigeants ont plus souvent laissé parler la poudre, qu’écouter avec Sagesse les vertus du Silence. Donc puisque sur Terre le Silence étouffe, élevons nous vers le Ciel pour voir si là-bas il est libérateur.

Qu’en est-il de la vision Déiste ?

Les Dieux s’adressaient aux hommes, sujets silencieux, prosternés, voir stupidement courbés d’avant l’inconséquence des divins qui les obligeaient.
L’homme moderne a vite déchanté, apprenant que les Dieux ne s’adressaient pas à lui de façon directe mais par le biais d’Obédiences, de Secte au marketing réussi, d’organismes de pouvoir à la doctrine rassembleuse.

Le Silence des uns fait le bonheur des autres. En cela les croyants de la ville de Béziers se souviendront à jamais de la célèbre phrase attribuée au légat du Pape Arnaud AMAURY « TUEZ-les tous, Dieu reconnaitra les siens ». Que de guerre, de massacres et d’horreur aux noms de Dieu, que de Silence devant tant de bruit en leur nom. Même la retraite dans un monastère, moment normalement au combien silencieux, est rythmée par les cloches qui sonnent, tandis que les protagonistes se cloitrent dans un Silence monacal.

Si je comprends bien, le Silence d’une manière générale ne revêt une symbolique positive ni sur terre ni dans les Cieux. On recherche le calme, mais on impose le Silence. Le Silence se fait dans une pièce, les gens le meublent, mêmes nos ventres gargouillent dans les salles d’attentes quand le Silence règne. Oui tout semble nous opposer au Silence.

V\ M\ et vous tous mes frères en vos grades fonctions et qualités le Silence est FIN oui comme final et finalité, non pas qu’il soit une fin, ce serait une grosse erreur de le penser, mais tout simplement pour jouer avec les mots, car il me faut bien aboutir à un moment ou à un autre à la fin de mon tracé.

V\ M\ je me suis refusé à mettre en place une synthèse et une conclusion classique, ainsi en guise de synthèse, je vous propose d’écouter ceci.

Je me suis rendu compte que le mot APPRENTISSAGE possédait à lui tout seul, les éléments de cette synthèse. Dans apprentissage il y a APPREND Le silence de l’Apprenti permet d’apprendre. D’apprendre essentiellement à son niveau dans la loge à son grade celui de l’Apprenti. Dans l’APPRENTISSAGE il y a TISSAGE l’Apprenti tisse, tenue après tenue, lecture après lectures, planches après planches, la trame qui dois lui permettre d’accéder au grade de compagnon. Dans APPRENTISSAGE il y a SAGE comme SAGESSE l’Apprenti en Silence doit apprendre écouter, se taire, se construire tout cela en toute quiétude, en toute sagesse. Mais le Maçon, mes Frères, accède-t-il à la Sagesse. Me voici mes frères, enfin arrivé au but.

En guise de conclusion, et sous une forme disons plutôt poétique :

Quel est donc, ce silence, dont je n’étais pas du tout, averti ?
Quel est, ce silence, ou il me faut être, toute ouïe ?
Quel est donc, ce silence, ou je n’ai pas, je pense, tout dit ?
Quel est dons ce silence, ou je n’ai certainement pas, tout compris ?
Quel est donc ce silence, ou finalement, tout m’a été permis ?
Quel est donc ce silence ou j’ai par exemple, quelque fois, souris ?
Quel est donc ce silence, qui m’a été offert, comme à un ami ?
Quel est donc ce silence, qui doit me guider et me servir, d’outil ?
Quel est donc ce silence, qui commence à midi, et se termine à minuit ?

J’ai dit V\ M\

J\ B\


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