DH Loge : Le Grand Large - Orient de Cherbourg 28/01/2005

Le Geste Maçonnique

A titre d’introduction à notre nouvelle Loge Maç\ « LE GRAND LARGE », je vais vous rappeler quelques éléments importants du rituel en ce qui concerne la manière dont il doit être exécuté, alors pourra-t-on commencer à comprendre et à saisir de l’intérieur le symbolisme qui lui est attaché.

D’abord au départ le temple doit être dans l’obscurité la plus complète possible car nous venons ici pour recevoir et donner la lumière; ce n’est qu’au moment où le Véné\ et les 2 Surv\ allument leurs flambeaux et au moment où le Maît\ de cérémonie frappe le sol avec sa canne que les lumières du temple doivent s’allumer successivement. Il appartient donc au Couv\ de bien respecter cette procédure d’allumage. Pour la fermeture des travaux, ce sera l’inverse, et on ne doit jamais souffler sur une bougie pour l’éteindre, car c’est souffler sur la vie, il suffit de la moucher ou de pincer gentiment la mèche.

Ensuite, lorsque le Véné\, pour l’ouverture de la tenue avec l’assistance des deux Surv\, dit « face à l’Orient », il faut se tourner délibérément vers l’orient, le bras à horizontal ainsi que la main qui ne doit pas être posée sur la poitrine mais sur la gorge comme pour la trancher. A l’origine, il semblerait que le but était de démasquer les traîtres car ainsi ils ne pouvaient voir le signe maç\, mais je crois que la valeur profonde réside dans le rappel de nous tourner vers le lieu symbolique du soleil levant (symbolique en effet car ainsi que me l’a rappelait notre Fr\ Bertrand, nous somme à midi!). Un petit détail: le Véné\ ne doit pas dire « il en est de même à l’Orient » avant de l’avoir vérifié, comme j’ai pu parfois l’observer. Car cela signifierait qu’on fonctionne automatiquement, sans une once de concentration dans le moment présent. Car tout est là. Est-on là ou ailleurs? Est-on présent ou absent? Notre geste est-il porteur de sens ou est-il mécanique? Le geste est-il quête ou n’est-il que dressage poli?

Je reviens à l’orient; je voudrais vous faire remarquer, mes TCF\ et S\, qu’il ne faut JAMAIS tourner le dos au Véné\ lorsqu’on se rend sur l’estrade. Faut-il préciser que tourner le dos au Véné\, ce n’est pas évidemment tourner le dos à sa personne physique, mais bien sûr c’est tourner le dos à la lumière, et nous en avons bien besoin, n’est-ce pas.

De même, quand on lit une planche, il est inadmissible de prendre la place de l’orateur; pourquoi pas celle du Véné\. Je précise que la Fédération du Droit Humain nous rappelle à l’ordre et nous ordonne de prévoir un lutrin ou une table pour la lecture des planches. Et pourquoi? Relisez le bulletin de décembre 2001 qui donne cette réponse: « N’étant plus à son plateau, l’Orateur n’a théoriquement plus le droit de parler ès qualité et, en particulier, il ne serait plus autorisé à demander la clôture d’une discussion passionnée que pourrait soulever le travail présenté par le Frère ou la Sœur occupant indûment le plateau de l’Orateur ».

Pourquoi un officier ne doit pas prendre son outil lorsqu’il prend la parole pour son propre compte, par exemple pour intervenir au cours d’une planche? Il est évident qu’il s’exprime en son nom personnel et non pas au titre de sa fonction; il est important de faire le distinguo.

Pour les coups de maillet, il est recommandé de marquer un léger temps d’arrêt d’intervalle entre les trois coups. Ce ne doit pas être une mitraille ou une cascade mais trois coups de claquement séparés par trois silences. A méditer mes TRCF\ et S\.

Il en est un peu de même pour la déambulation au cours de laquelle il faut marquer franchement les coins du carré long. Dans le temple on n’est pas sur les boulevards mais dans un lieu sacré où l’égrégore c’est-à-dire l’esprit de la loge, peut se manifester. Il serait indécent de se promener et chaque pas devrait être pensé, comme si nous marchions sur un pont suspendu au-dessus du vide. C’est-à-dire respirer consciemment en retournant sa langue. Etre zen, trois points, c’est tout… et c’est beaucoup. Je voudrais vous citer la recommandation soufique de l’Islam: « la plus importante mission du chercheur de cet Ordre initiatique est le contrôle de sa respiration, et de celui qui n'est pas en mesure de la contrôler, il sera dit de lui: ' il s'est perdu! ' »

Un autre point qui va vous sembler futile est celui du comportement vestimentaire. J’ai du mal a admettre que l’on puisse venir en loge en simple tenue décontractée comme si l’on allait au cinéma ou à l’estaminet. Avoir une tenue correcte c’est simplement avoir un geste de respect envers ses F\ et S\ et envers les bienfaits de la Franc-Maçonnerie. Il n’est pas si éloigné le temps où les F\ devaient porter un costume de soirée pour être admis en loge.

Un point très, très important concerne la prise de parole. Combien de fois ai-je vu des membres frapper dans leurs mains et envoyer un regard quémandeur vers leur surveillant. Non. Le rituel nous dit bien qu’il faut frapper franchement dans ses mains, puis tendre le bras à l’horizontal, le pouce en équerre. Voyez le symbolisme de l’horizontal et de l’équerre dans l’expression de ce que l’on va dire. Est-ce mesuré, droit et équilibré? Par ailleurs, il est bon de rappeler que lors d’une intervention, on s’adresse toujours à l’ensemble de la Loge à travers son Vénérable et que jamais celle-là ne doit dégénérer par un dialogue entre deux membres.

Je terminerai en citant Bernard SANTERRE qui écrit dans « Actes du colloque de la Société Française de Sophrologie, Approches expérimentales des chemins initiatiques d'Orient et d'Occident »:

« Lorsque nous faisons une chose pour la première fois, cela intéresse le moi; lorsque nous répétons cette même chose des dizaines de fois, cela l’ennuie; si nous la refaisons des milliers de fois, cela le transforme. (...) Lorsque le geste est intégré, il est nécessaire d’y mettre de la conscience, de vivre pleinement l’instant présent, pour que se produise un réel enrichissement et progressivement un dévoilement de la conscience. Il s’agit de vivre ce geste comme si c’était la 1ère fois (...) L’habituation va permettre de ne plus être fasciné par la nouveauté, elle va permettre de nous libérer de l’exécution (...) pour vivre pleinement les sensations, pour porter un regard neuf sur ce que nous sommes en train de vivre (...) Alors l’habituation (...) transforme. (...) De plus, l’entraînement régulier permet d’exercer sa volonté. Décider de se donner du temps est déjà un pas sur le chemin de la réalisation de soi. Et dans ce moment de liberté que l’on s’accorde (autre lecture de ce que certains nomment une contrainte), la conscience peut s’ouvrir, s’élargir ».

J’ai dit, Véné\ Maît\

Michel Vaugrante de Novince


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