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La Doctrine du Rite Ecossais Rectifié


Il est admis dans l’Ordre Maçonnique que le Rite Ecossais Rectifié se différencie des autres rites par sa doctrine qui traite spécifiquement de l’origine, de la condition présente et de la fin de l’homme comme de l’Univers.

A l’exception d’un seul document intitulé : L’Instruction Secrète des Grands Profès, cette doctrine n’est jamais exposée de manière explicite, cependant les rituels et les instructions des grades en contiennent de nombreuses allusions et orientent de fait toutes les réflexions du Maçon rectifié vers cette même doctrine.

Plus précisément, rituels et instructions ont été soigneusement élaborés par les fondateurs du Rite, de façon à constituer un véhicule de cette doctrine. Le véhicule en question est conçu pour s’adresser à un récepteur actif, c’est à dire : un « …cherchant… » à qui on ne délivre pas un enseignement prédigéré mais que l’on aide à s’approcher par lui-même de ce qu’on cherche à lui enseigner.

Il est également reconnu que l’enseignement de Martinez de Pasqually a exercé une influence déterminante sur la formation du Rite Ecossais Rectifié, au point de considérer parfois avec excès que la doctrine de ce rite se confond en celle de Martinez.

En effet, si Martinez de Pasqually et son Traité de Réintégration des êtres sont aujourd’hui  connus, il n’en était guère de même au XVIII è me siècle en dehors du cercle très étroit de ses disciples : les Elus Coëns de l’Univers.
Bien évidemment, les Fondateurs du Rite Ecossais Rectifié appartenaient à ce cénacle, mais le rite fut avant tout élaboré pour toucher un cercle plus étendu.

Par ailleurs, en dehors de l’œuvre de Martinez de Pasqually, il existe d’autres composants de la doctrine. Certains sont fondamentaux, c’est le cas par exemple de  :
- la Maçonnerie spéculative et de la Stricte Observance Templière.
La première importée de Grande Bretagne apporta les rituels, les mots, les signes ainsi que l’ésotérisme des constructeurs, alors que la seconde dota le rite d’une ossature et d’une référence chevaleresque.

D’autres composants apparaissent plus secondaires, ce sont par exemple les influences de Joseph de Maistre ou de Louis Claude de Saint Martin : père du martinisme, mais l’ensemble de ces apports ne put réellement constituer un authentique corpus de doctrine que grâce au génie synthétique de Jean Baptiste Willermoz.

Comme pour chaque rite maçonnique, l’enseignement doctrinal du Rite Ecossais Rectifié l’est sous forme de symboles que l’on peut regrouper en deux catégories:
- les symboles graphiques ou tableaux  et les symboles « dramatiques » (le rituel dans son déroulement temporel).

Cependant, à côté de ces deux formes d’enseignement symboliques, il existe d’autres formes plus discursives, ce sont les instructions par demandes et réponses et les instructions « morales », destinées à guider le Maçon rectifié dans ses méditations sur les symboles et à en identifier le sens.
Les discours adressés par le Vénérable Maître au récipiendaire au cours de sa réception et commentant « à chaud » les symboles dramatiques et graphiques qui lui sont alors dévoilés, s’inscrivent dans le même esprit.

Aucune de ces formes d’enseignement n’est spécifique au Rite Ecossais Rectifié car toutes appartiennent dans une large mesure au fond commun de la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, néanmoins le Rite Ecossais Rectifié a su adapter ces éléments traditionnels en les formatant à son enseignement doctrinal.

Ainsi par exemple, le discours tenu à l’origine par le Frère Orateur à l’égard du récipiendaire et duquel sont issues les Instructions morales a connu un double développement :
il s’est étendu à l’ensemble des grades et a modifié son caractère purement moral à l’origine pour devenir un véritable commentaire du rituel et des symboles.

Enfin à tous ces instruments d’enseignement doctrinal, il faut rajouter celui spécifique du Rite Ecossais Rectifié, à savoir : la Règle Maçonnique adoptée lors du Convent de Wilhelmsbad en 1782.

La doctrine du Rite Ecossais Rectifié est axée sur le schéma fondamental : Etat Primordial -Chute- Réintégration. Dès le grade d’apprenti, les allusions rapportées à ce schéma sont nombreuses, le symbole graphique « Adhuc Stat », représentant « …une colonne brisée et tronquée, mais ferme sur sa base… », en est d’ailleurs un des exemples.

Ce tableau qui n’est pas issu du fond commun de la Maçonnerie française pas plus qu’il n’est une innovation du rite, provient de la Stricte Observance où il faisait directement allusion à la survie secrète de l’Ordre templier, mais en représentant ce symbole, le rite en a modifié le sens pour lui faire exprimer sa propre doctrine.

En effet, au niveau des loges bleues, la doctrine du Rite Ecossais Rectifié s’articule autour de la correspondance symbolique entre le Temple de l’homme et celui de l’Univers avec comme archétype : le Temple de Salomon.

Le rite a fait du symbole du Temple, un véritable résumé de l’ensemble de sa doctrine. On y retrouve ainsi les différentes applications du schéma : Etat Primordial- Chute- Réintégration propres à l’homme en général, à l’homme en particulier et à l’Ordre Maçonnique mais on y retrouve aussi tout un symbolisme rapporté à la structure de l’Univers et à celle de l’être humain.

En fait, le symbolisme multiforme du Temple proposé par le Rite Ecossais Rectifié est intégralement développé dans l’Instruction Secrète des Grands Profès où les apports des Elus-Cöens de Martinez de Pasqually confèrent alors au Rite, toute son identité et toute sa spécificité.

La conception que se fait le Rite Ecossais Rectifié rapportée au travail de réflexion du Maçon est quant à elle, évoquée dans l’Instruction Morale d’apprenti où il est dit que le développement parfait des mystères de l’Ordre serait un jour la récompense de son « zèle », de ses « vertus » et de sa « persévérance ».

« …Le voile qui couvre nos mystères ne pourra être levé devant vous qu’à mesure que votre intelligence le percera. Le premier instant de votre entrée dans l’Ordre ne peut y suffire. Leur développement parfait sera donc un jour la récompense de votre zèle, de vos vertus et de votre persévérance.. »

Dans la citation en question, il est précisément mentionné l’expression « …nos mystères… » et là encore, cela ne doit rien au hasard.
On retrouve en effet cette notion de mystère dans l’Instruction par demandes et réponses du grade d’apprenti et l’on y comprend que l’initiation maçonnique consiste à être initié à des mystères.

De nouveau, ce concept est commun à la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, mais dans le Rite Ecossais Rectifié, les mystères ont un contenu étroitement lié à la doctrine du rite pour qui les mystères de la Franc Maçonnerie sont « …l’origine, la fondation et le but de l’Ordre… ».

En effet, dans le cadre de la doctrine du Rite Ecossais Rectifié, le terme final de l’initiation maçonnique demeure la restauration de l’homme dans son « …Etat Primordial… » , c’est la première partie du processus initiatique, celle que René Guénon définit sous le terme de « …petits mystères… ».

Ces « …petits mystères… » comprennent en fait tout ce qui traite du développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité, ils aboutissent à la perfection de cet état, que la Tradition désigne comme la Restauration de « …l’Etat Primordial… ».

Notons bien cependant que « …l’Etat Primordial… » tel que le conçoivent le Rite Ecossais Rectifié et Martinez de Pasqually reste celui d’un être spirituel, à l’image de ce qu’était Adam avant la Chute dont l’une des conséquences a été « …l’incorporisation… » de l’homme, être auparavant doté d’un corps glorieux, enfermé aujourd’hui dans un corps de matière périssable.

La conséquence directe de la faute contingente d’un être libre est donc, comme le stipule l’Instruction morale d’apprenti que « …l’homme a perdu la lumière par l’abus de sa liberté… ».
Nous évoquons ici la perte d’un état supérieur à l’état individuel humain, même si le rite dans sa terminologie, le qualifie encore d’humain.

Pour espérer un jour reconquérir cet état, le Maçon rectifié devra plus que jamais se métamorphoser en « …homme de désir… », ce désir qui n’est rien d’autre que cette impulsion qui pousse l’homme déchu à retourner vers son état originel et dans laquelle, ce dernier puisera toute l’énergie nécessaire pour accomplir ce difficile retour aux sources.

Toutefois, le Maçon rectifié devra surtout se confier à ce guide évoquée par l’Instruction Morale : « …Le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route figure ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la Vérité et peut parvenir jusqu’à son temple.. ».

Ce guide décrit comme un rayon de lumière est une parcelle du Divin et cette lumière est  issue de Dieu et plus spécifiquement : de son Verbe car c’est par le Verbe que le Père s’est fait connaître à l’Homme et uniquement par Lui.
En effet, le Verbe était « …au commencement auprès de Dieu… » et demeure celui « …qui illumine tout l’homme… ».

Le Verbe est donc pourvu d’une face tournée vers Dieu qu’il contemple éternellement et d’une autre tournée vers le monde, par laquelle il manifeste la Divinité comme l’atteste le Christ quand il affirme : « …Qui me voit, voit le Père… » et c’est d’ailleurs grâce à cette double nature divine et humaine, que ce guide suprême intercède en permanence en notre faveur.

Comprenons alors que sans lui, aucune réconciliation ni communication avec Dieu, n’est possible, accordons lui ainsi toute notre confiance et faisons de nouveau du plus grand des réconciliateurs, notre plus grand Sauveur.

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