GLNF Loge : Nicolas Dalayrac - Orient de La Réunion 15/01/2010


Les nombres 1, 2 et 3


A vous tous, mes Frères en vos grades et qualités,

Lorsque je décidai de m’attaquer à ce sujet, j’étais ragaillardi par l’idée que je me faisais de faire trois planches d’un coup. Après tout, n’importe quel potache de Terminale S pouvait me confirmer que les nombres 1, 2 et 3 sont entiers, font partie de l’ensemble N des nombres réels et sont discrets. En d’autres termes, je pouvais faire trois sujets bien séparés et je me lançai donc avec trois feuilles blanches, bien étalées en parallèle sur mon bureau.

En dépit de ce que ma formation d’Ingénieur avait pu laisser comme traces dans mon vieux cerveau gauche, je dus me rendre rapidement à trois évidences :
-          le sujet était bien plus compliqué qu’il n’en paraissait
-          les trois sujets étaient indissociables
-          pire, le nombre trois me menait inéluctablement au nombre quatre

C’est donc sur ces prémisses que je me mis à l’ouvrage …

Que peut représenter l’unité ?

« Un le Tout » … tout est un, vu qu’il ne saurait rien exister en dehors du tout, me dit le manuel d’instruction du Premier Degré.

Bien qu’autour de nous, tout soit complexité et multiplicité nous avons chacun, en nous-mêmes, l’impression d’être « un » et unique. Notre société est multiforme et multiculturelle mais nous cherchons chacun confusément le Vrai, le Juste et le Beau : un principe que nous pressentons d’Unité car une chose vraie, juste et belle devrait être comprise et acceptée par tous.  Le respect de la parole donnée est une valeur universelle. Le Un serait-il donc ce principe primordial, cette Unité primordiale ?

Le Un est-il premier  - au sens non arithmétique du terme ? Dans notre système de pensée occidental, l’intelligence est logiquement première, l’exécution découlant de l’action. Avant le Un, rien …

L’univers a un centre mais ce centre est partout à la fois puisque nous pensons l’univers infini ! La multiplicité infinie de l’univers se révèle-elle donc par ce centre unique et omniprésent ?

Oui mais l’univers est-il vraiment infini dans l’espace et le temps vraiment éternel ? Si notre espace-temps a eu un commencement physique au moment du « Big Bang » de l’Abbé Lemaître, qu’il y avait il « avant » ? De l’information disent Grichka et Igor Bogdanoff. Avant notre univers, il y avait l’information pour qu’il se réalise, le schéma de montage, le plan du G.A.D.L.U. Le Un devrait donc être premier.

Autre piste : Teilhard de Chardin parle de la transition de la matière inanimée : de l’Alpha de la pré-vie à l’Oméga de la conscience collective. La matière première des sages, l’étoffe première de l’univers devient un Tout dans une transformation spirituelle, un Esprit Universel, réfléchi sur lui-même en un centre unique de conscience. La multiplicité devient Unité.

C’est maintenant que les choses se compliquent … Saint Jean écrit par trois fois dans l’Apocalypse : « je suis l’Alpha et l’Omega de l’univers, il n’y a pas de second dans l’Incréé » … voila donc que l’Unité pourrait être bipolaire et me fait découvrir un petit morceau du chiffre deux.

Je reviens à mon manuel d’Instruction du Premier Degré : « L'Intelligence humaine assigne artificiellement des bornes à ce qui est, en réalité, un et sans limites. Nous ne percevons qu'en différenciant l'objet observé de son milieu » … Deux représente un antagonisme qu’il convient de concilier.

Le deux découle du Un, c’est l’addition de Un à Un, son dédoublement. Le tout primordial est polarisé en deux essences : le yin et le yang, le mâle et la femelle, une dualité d’opposés qui forme un couple ? Deux forces opposées dont l’action commune ordonne le chaos en cosmos dans un mouvement spectaculairement inverse des lois de l’entropie. Orb ad Chaos … C’est le mystère par excellence du serpent Ouroboros, qui se mord la queue pour survivre, le symbole de l’éternel recommencement, de la vie naissant de la mort, de l’ordre naissant de la destruction, symbole déjà connu 16 siècles avant Jésus Christ en Egypte pharaonique.

La loge a la forme d’un carré long : un terme étrange qui dénomme deux carrés mis côte à côte. C’est ainsi que les alchimistes représentaient le nombre deux, les deux carrés fusionnaient pour donner un rectangle de proportion 1 : 2 : les proportions « divines » de Fra Luca Paccioli et Leonard de Vinci eux-mêmes.

Si nous acceptons que l’amour soit la force primordiale de l’univers, celle par qui tout se fait et s’est fait, alors Dieu et l’Amour ne peuvent exister seuls à moins d’accepter un narcissisme de proportions divines …. Pour aimer il faut au moins être deux !

Mais l’amour entre deux êtres constitue un triplet. L’énergie créatrice va s’écouler entre les deux pôles. Un aimant est un et insécable mais dipolaire. Un aimant coupé en deux aura toujours deux pôles, liés par le champ magnétique qui lui donne ses propriétés. De deux, je suis passé à trois tout naturellement.

Dans l’évangile de Saint Jean, la différence sémantique est instructive : il n’y a pas de second mais il pourrait y avoir un deuxième ! Auquel cas, il y a nécessairement un troisième.

1 + 2 = 3 : en mathématique, on dirait que 3 est « la gloire » de 2 : la somme du nombre et de ceux qui le précèdent.

« Il y a lieu de ramener le binaire à l’unité par le moyen du nombre trois. Le Ternaire, synthèse de ce qui apparaissait opposé, constitue pour nous la représentation intelligible de l'Unité » me dit mon manuel d’Instruction du Premier Degré.

Ce nombre trois est l’une des première constantes que j’ai vue en Loge lors de mon initiation : le Delta Rayonnant, symbole du G.A.D.L.U., formant un tout par ces trois côtés. C’est la Trinité de la Chrétienté et du Judaïsme : le Père, le Fils et le Saint-Esprit – formant Un – Le dieu.

Ma réflexion se complique car je note que les musulmans, bien que monothéistes et ayant inventé la numérotation décimale n’ont pas cette triple notion. Plus près de nous, le pasteur Jean-Théophile Désaguliers était unitarien - ne croyant donc ni en la Trinité, ni en la divinité du Christ - mais il se disait chrétien et on ne lui contestera sa qualité de Maçon …

Depuis mon initiation, j’ai vu que la Franc Maçonnerie déborde de symboles sur ce nombre trois :
-          Dans le Cabinet de Réflexion, j’ai trouvé les trois principes de l’alchimie : le sel, le soufre et le mercure.
-          Lors de mon Initiation, j’ai été reçu par trois grands coups et j’ai fait trois voyages.
-          Les trois grandes Lumières de la Franc Maçonnerie : Volumes de la Loi Sacrée, Compas et Equerre.
-          Les trois signes de la Franc Maçonnerie : L’Equerre symbole de l’équité que je dois montrer dans mes actes, le Niveau qui me rappelle que je dois œuvrer au nivellement des inégalités et la Perpendiculaire qui me montre la direction dans laquelle doivent s’élever l’état moral et matériel des individus et de la société.
-          Les Signes : une façon d’agir toujours équitable et franche ; les Mots d’un langage loyal et sincère et les Attouchements, symboles de la sollicitude fraternelle.
-          Les trois Piliers de la Loge : Force, Sagesse et Beauté, symbolisés par le Vénérable Maître et les deux Surveillants.
-          Mes trois outils d’Apprenti : la règle à 24 divisions, la laie et le ciseau
-          Comme Apprenti, j’ai trois ans

Mais il y a aussi la tripartition de l’être humain en corps, esprit et âme et ses trois formes d’intelligence : dextérité physique, intelligence intellectuelle et intelligence émotionnelle qui font que l’humain est un tout, qui font que le Trois explique le Un.

C’est à cet instant que je me rappelai l’aimant qui me fis si bien entrevoir un lien entre le nombre Deux et le nombre Trois et que je réalisai que cette liaison spécifique interne ne pouvait acquérir sa fonction que parce que le champ se refermait par l’extérieur !

Il suffit par ailleurs d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi pour comprendre que notre univers a au moins quatre dimensions : trois dans l’espace et une dans le temps.

Aux trois composantes internes de l’Unité, je viens d’ajouter une dimension autre, externe : me voici confronté au 3+1, un tétragramme sur lequel je choisirai de plancher plus tard avec votre bienveillante permission.

Mes Frères, je sollicite votre indulgence pour cette planche bien imparfaite. Merci de m’avoir écouté.

J’ai dit, Très Vénérable.

J\M\ C\

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