GLSA Loge : Fidélité et Prudence - Orient de Genéve - Suisse 23/03/2006


Les Trois Voyages

Planche du Frère Orateur 

Sortis de la Terre où germe la Vie de ce Monde, mon très cher F\…, tu es venu à la Lumière, tu as accompli, sous le bandeau et en conflit avec les forces élémentaires, les trois voyages imposés au Myste et tu as subi les Epreuves purificatrices ; tu as mimé le Combat de la conscience humaine se dégageant de la servitude animale pour s’élever à l’altitude de l'esprit.

Aveugle cheminement, parfois semé d’embûches, marche nocturne où tu as abandonné à l'Eau, à l’Air et au Feu, les lambeaux d’un vêtement de misère et d’erreur pour te présenter  nu au seuil de la Vérité. Étrange mise en œuvre d’un étrange concept d’une science initiatique dont tant d’hommes illustres ont éprouvé l’efficacité, avant toi et depuis la plus haute Antiquité.

Mais regardons mieux ce mystère ontologique…

Le tout petit enfant a les réactions des différences perçues sur les embryons d’organes sensuels héréditaires, et ces réactions sont nourriture première de ces embryons. Le contacte de l’air le fait crier, et ce cri fait jouer l’organe de la respiration, de même que le contact du sein fait jouer le réflexe de déglutition et les variations d’ombre et de lumière mettent en action le chimisme de la rétine. C’est l’auto organisation d’un mouvement séparé de celui de la mère, vibration qui structure son support élémentaire solide, liquide aérien et igné, comme une gamme de sons répétés forme peu à peu à ses vibrations l’instrument qui la produit. C'est la Vie qui construit l’une de ses formes dans la Réalité du Monde, manifestant l’intelligence d’un Grand Architecte.

Comment apparaît maintenant la conscience d’être, c’est-à-dire la notion que ce mécanisme intelligent a de soi ?

Chacune des différences perçues crée un frayage sur le mécanisme vivant, c’est-à-dire un arrangement particulier qui se reproduira d’autant plus aisément qu’il aura été senti plus souvent.

L’enfant saisit un objet et le laisse tomber : un bruit ce produit créant son frayage. Redonnez l'objet à l’enfant qui le lâche à nouveau : il sourit au bruit analogique, il le reconnaît. Poursuivez l’expérience et il poursuivra la sienne jusqu’à fatigue pour reproduire un bruit qu’il juge intéressant ; il a maintenant conscience de pouvoir le produire à volonté.

C’est là l’origine de toutes les choses avec lesquelles on amuse les bébés et auxquels ils prennent après celui du sein ou du biberon. C’est ainsi que de biberon en biberon et de chose en chose, par la mémoire, ses combinaisons et ses synthèses, l’homme prend conscience de ce qu’il veut, c’est-à-dire de ce qu’il n’est pas comme dit J.P.Sartre : essai d'être inversé.

Combien d’hommes sont demeurés à ce stade de la Vie dans les Eléments bien qu’ils soient devenus experts en toute chose qu’une race ingénieuse ait pu inventer, et avalé tous les gros livres où elle en expose les mécanismes compliqués ?

Il y a ceux qui inventent pour inventer, du yoyo à la bombe atomique, ceux qui amassent de l'or avec les machines inventées, et ceux qui les utilisent avec habileté.

Les très intelligents savent tout, parce qu’ils détiennent le feu avec une boîte d’allumettes. Mais, n’étant attentif qu’aux choses extérieures, ils ne savent ni qui ils sont, ni ce qu’ils sont. Pour eux connaître signifie user de ; user de la boîte d’allumettes pour mettre le feu partout, n'importe, car comment imputer une responsabilité à celui qui n’est pas ?

Pour l’homme de ce stade, vivre c’est se passionner pour un maximum de choses et la raison du progrès, c’est d’en vouloir d’autres. « Ce, lui est, dit Pascal, une peine insupportable d'être obligé de vivre avec Soi. Aussi tout son soin est de s’oublier soi-même, et de laisser couler ce temps si court et si précieux, sans réflexion, en s’occupant de choses qui l’empêchent d’y penser ». (Pascal. Pensées).

Nous appelons cet homme un Profane et nous disons qu’il est dans les Ténèbres parce que hors de la voie où il pourrait découvrir son Soi-même, où son être négatif pourrait s’inverser en être positif.

Comment ce retournement toujours possible peut-il s’opérer ?

Tout d’abord en obligeant la Pensée à revenir à son point de départ, à l’élément Terre où la Forme prend racine et revient poussière éparse ; à refuser la fausse lumière de rapports sans commune mesure avec l’être véritable.

Tu connais maintenant le processus mimétique à ce retour au noir pour l’avoir intimement suivi dans le Cabin\de Reflex\. Tu sais maintenant comment chacun tente de voir ce qu’il est hors de sa structure élémentaire éphémère en méditant trois questions qui se résument par : Qui suis-je ? Ou suis-je ? Ou vais-je ?

Peut-être quelques-uns d’entre nous n’ont-ils trouver qu’un trou, manque de tous les manques ; n’ont-ils vu qu’ossements funèbres et faux de Saturne s’inclinant sur leur tête. Qu'importent ici toutes les choses du Monde, celles d’occasion et celles de luxe, celles qui font rire et celles qui font pleurer ! celles des Rois et de leurs Palefreniers ! Mais quelle Vérité première de voir qu’on est rien dans ce personnage qui se démène sur la scène du Monde ! C’est ici que la Sincérité peut prendre son corps d’évidence face à ce crâne décharné aux orbites pleines de… Néant. Plus rien n’étant à vendre ou à dissimuler ; on ne trompe pas l'Evidence.

Voilà donc bien le seul atome de Vérité qui puisse rester de toute une existence tumultuaire, l'atome incorruptible de la Sincérité ; semence spirituelle de l’être, cœur du Soi, graine verte prête à germer dans la pourriture formelle.

Heureux le Myste enténébré qui dès le premier pas de son premier voyage pressent la Lum\ au bout de la nuit comme ce coq blanc des Mazdéens*, le même sans doute que Pierre reniant son Maître entendit chanter trois fois.

Premier voyage mes FF\ où les passions animales résistent encore à l’essai d’être cherchant à le mouler à leurs impérieuses séductions comme le vase, l’eau qu’il contient. Pensez à l'égarement voluptueux que chacun de nous porte à fleur de peau, gourmandise, libido, paresse ; au danger qu’il court de s’y noyer s’il abandonne le timon de la barque ballottée de sa conscience morale. Il serait pourtant si facile et enivrant de s’y laisser porter par le courant !

On a comparé le premier voyage à l’enfance parce que ce combat est bien enfance spirituelle de l’être, le temps où il faut qu’il se cherche avec un guide, un Initié pour venir à sa rencontre et lui dire : « N’aie pas peur, c’est moi ».

Le deuxième voyage, pour paraître moins bruyant et moins spectaculaire, n’en est que plus dangereux par les deux périls qu’il oppose à être encore sans cohérence : l’impulsivité et l'inconstance, les deux natures de l’Air expansif et changeant. Ici, dès le début tu as montré plus d’assurance ayant appris à marcher dans ton premier voyage.

Marcher c’est progresser, c’est-à-dire aller vers un but et non vers tous les mirages. Progresser, c’est aussi partir d’un terme et avancer vers un autre selon une raison ; le terme atteint, porte toujours en lui une proportion de celui qui le précède, manifestant un équilibre chargé du déséquilibre de son générateur. Ta marche développe donc aussi un secret géométrique que tu connaîtras dans un autre Grad\.

Ici on touche la cause de ces imaginations délirante sous lesquelles se cache le sensible réfréné par un dressage éducatif maladroit ou une Règle inhumaine. Ici on comprend que l'être ne puisse se réaliser que dans la Sincérité. Autrui peut habiller et maquiller la Personne, mais non habiller et maquiller l’Etre. Ici on mesure la cause des incompréhensibles renoncements à la voie droite par des intelligences réelles qui semblent ne pouvoir exceller que dans le mauvais ; les incohérences des ratés, des déclassés, de tous les mutants de l’essai d’être et qui parfois montrent des qualités brillantes mais tellement contradictoires.

On y mesure aussi la Sagesse de notre science initiatique qui, cheminant pas à pas et de Grad\ en Grad\ ne propose à l’Initié que la reconnaissance de ce qu’il construit soi-même. Combien d’hommes mes FF\, pour avoir imprudemment embarqués, pour avoir mal voyagés, vous apparaissent comme des assemblages de parties disparates et incompatibles ?

Ce deuxième voyage a donc un rôle éminent dans la croissance de l’être. Il faut que le Soi s'y unifie, effaçant toutes contradictions intimes, ces trous d’air qui peuvent le diviser comme le levain divise la pâte ; il faut qu’il en sorte compact, et dépoussiéré, pur, Conscience morale coïncidant avec Soi-même comme l’angle droit sur l’angle droit.

Car voici venu l’épreuve du Feu du troisième voyage, celle qui se pare d’un coup de tous les alliages, rendant à l’Eau ses vapeurs, à l’Air ses fumées, et à la Terre ses cendres.

Que resterait-il donc de l’être s’il n’était que cela ?

Mais la pure sincérité, qui déjà a détruit avec son feu intime tout l’hétérogène du Soi, est l'éternel noyau que la flamme ne peut anéantir, parce qu’anéantir veut dire changer, c'est-à-dire combiner autrement. Elle demeure donc maîtresse de soi-même.

Ô grand et glorieux travail qui n’aboutirait à rien sinon à l’orgueil solitaire de celui qui a vaincu son propre animal, lumière unique qui n’éclairerait rien ni personne s’il n’était suivi d’un projet de l’Esprit.

Le véritable Maître de Soi est toujours un orgueilleux quand il arrive à ce stade. Orgueil légitime nourri par un pouvoir réel qu’il ne faut pas confondre ave la vanité commune. Le vaniteux est celui qui se vante de ce qu’il ne peut réaliser, celui qui se nourrit de vent. L'orgueilleux est celui qui est fier de l’œuvre qu’il édifie.

Pourtant ce que l’orgueilleux n’a pas trouvé, et qui réduit à zéro sa fierté, c’est l’intégration de son pouvoir dans le grand pouvoir universel.

Ici donc, pour trouver son efficace, la lumière du Soi a besoin de la Lumière des étoiles. Salè à merci comme disaient les prophètes anciens, brûlé par l’Esprit terrible de l’Univers, il faut qu’il se réduise à sa juste part, qu’il entre dans son rôle universel s’il ne veut pas demeurer Néant.

Combien de sommets de l’Humanité pensante n’ont pu trouver le pont de cette évasion ? Combien n’ont pas compris comme Socrate qu’il fallait savoir mourir à l’existence pour que demeure la Loi morale prix de la Vie pensante reflet dans la Réalité du Monde de la Loi d'universelle harmonie ?

Combien n’ont pu nourrir leur dieu intérieur de la Lum\ du G\ Arch\ de l’U\, Principe d'éternel progrès et dont le Plan infini dépasse l’ouverture du Comp\ de l’ouvrier ?

C’est pourtant mes FF\ à cette condition que le bandeau tombe et que l’Esprit, rapport entre la Vie d’en bas et la Vie d’en haut, voit sa pleine Lum\ et, tel l’Aigle de Saint Jean, regarde le Soleil en face.

Sans doute mon F\ as-tu compris maintenant le but des voyages mimétiques que tu viens d'accomplir, frayage initiatique au travail intime que l’initié doit entreprendre soi-même.

Travail que tu développeras peu à peu aux cours de longues années tant il laisse chez les plus parfaits des hommes la vision d’une perfection toujours plus haute et toujours plus difficile.

À bien observer tes FF\ tu te trouveras encore attardé à l’Epreuve de l’Eau, de l’Air et du Feu. Sois donc fraternel et patient, nous avons tous même nature, même route à faire et même Auberge. Pense que c’est au passage difficile que le plus grand doit savoir attendre le plus petit.

Ainsi sans être parfait et sans que les autres le soient, tu réaliseras dans la Réalité du Monde la Loi de ta nature d’homme qui est de vouloir t’approcher d’une Surréalité harmonieuse ; tu feras fructifier l’héritage de ceux qui, depuis les profondeurs insondables du passé, nous ont transmis la Lumière de la Conscience morale ; tu accompliras parmi nous le projet d’Amour que nos pères pythagoriciens ont contemplé dans leur rêve géométrique, celui de la Fraternité.

Jean-Claude von L\

*Mazdéen :  qui est relatif au mazdéisme, à la religion de Zoroastre.


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