La Chaîne
d’Union
« Mes
frères, formons la chaîne
d’union », c’est
par ces mots que le Vénérable Maître
nous invite à le rejoindre au centre du
Temple, autour du tableau de notre Loge.
Ainsi,
la chaîne forme une boucle, un cercle protecteur et clos, et
figure la corde à
nœux qui entourent notre Temple.
Elle se forme sous la
voûte
étoilée, en fin de tenue, en
quelque sorte pour rendre hommage aux travaux effectués,
elle
justifie les
paroles et gestes qui l’ont
précédé
après nous être élevés vers
l’idéal de
notre ordre et progresser dans notre ouvrage
d’édification
de temples à la vertu,
elle forme une sorte de conclusion et
d’ouverture.
Les
pieds en contact, le bras droit par-dessus le gauche, reproduisant les
lacs
d’amour de la corde, chacun forme un maillon de cette
chaîne.
Ainsi
dégantées, alors que nous avons
épuisé l’ordre du jour,
nos mains se serrent et nos cœurs se rapprochent, dans une
communion partagée,
et nous exhortent à l’amour fraternel.
En effet « L’union
fait la force ! » ,
Et notre quête de perfectionnement serait vaine si chaque
maillon, même « de
pur métal », était
pris individuellement, il ne prend sa valeur que
dans l’addition de la singularité de chacun.
C’est
dans ce moment de partage et d’harmonie, quand nous prenons
la main de nos
frères, que nous accueillons ce qu’ils nous
donnent et donnons le meilleur de
nous-mêmes.
En
effet, la fraternité n’est pas innée,
elle réclame rigueur et travail sur soi
et elle est propice aux développements des
qualités dont j’ai besoin en tant
qu’apprenti pour dégrossir ma pierre brute.
Les bras encore
croisés, nous imitons le symbole
mathématique de l’infini à
l’image de la corde à nœud, car cette
union de
Maçons porte également une notion temporelle.
Le
texte rituel ne
dit-il pas : « Cette
chaîne nous lie dans le temps comme dans
l’espace. Elle nous vient du passé et tend vers
l’avenir. »
Comme
de l’infini mathématique, il existe une forme de
continuité dans cette chaîne,
en se prolongeant symboliquement dans le temps et l’espace,
elle
réunit
l’héritage des Frères Maçons
d’autrefois, à ceux
d’aujourd’hui qui à
leur tour
transmettront à ceux de demain.
Car aussi, la chaîne
d’union se forme également lorsqu’un
Frère à rejoint l’Orient Eternel, ce
qui, tout en rappelant la mortalité de
l’homme, donne aussi un sens à son travail, et
injecte dans la conscience une
étincelle
d’éternité : le
début de l’égrégore.
A cette occasion, on comprend
pourquoi il est important de
la former, afin d’éprouver la solidité
de la cohésion de ceux qui continueront
l’ouvrage.
C’est pour les
même raisons qu’elle se forme pour
l’accueil
d’un nouveau frère et je retrouve souvent
l’intensité du moment où je vous ai
rejoins.
Il me semble que
c’est un moment clé de toute initiation,
lorsque l’initié reçoit la
révélation de ce message de fraternité
universelle.
« Tout
est symbole » entendons-nous
souvent, et à ce titre, la chaîne
d’union est à la fois une manifestation du
rite et un symbole, constituée et
matérialisée physiquement par des maillons
bien vivants, nous devenons acteurs d’un symbole et donc
symboles nous-mêmes,
de cette affection fraternelle.
Ainsi,
cette action m’a fait prendre pleinement conscience que je
suis maçon, que je
suis un dans le groupe.
Ce
lien indissoluble que génère la chaîne
d’union est finalement d’une grande
importance à la fin de la tenue, puisque à mon
sens, nous renouvelons notre engagement
librement consenti d’initié.
Chaque fois que nous la
formons, nous remettons de manière
permanente en question notre promesse initiale de
fraternité, et notre cœur à
l’ouvrage !
Par ce geste, nous
réaffirmons notre amour fraternel et
notre tolérance mutuelle à
l’égard des maillons de cette chaîne, et
même
au-delà : « efforçons-nous
de rapprocher tous les hommes par la
Fraternité »
Ainsi par trois fois dans un
mouvement oscillant, avec force
et vigueur, nous quittons la chaîne avec le souvenir de ce
lien physique
solide.
Alors, n’est-ce pas
de notre devoir d’étendre ce sentiment
fraternel aux autres obédiences, à tous nos
frères, à toutes nos sœurs, et
jusqu’à l’extérieur du Temple
dans le monde profane, à tous les hommes et
toutes les femmes, cet appel inconditionnel à la
fraternité, la solidarité, la
tolérance mutuelle, à l’acceptation de
l’autre dans toute sa diversité, dans
toute sa mixité ?
J’ai dit.
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