GLMF Loge : La Forge d'Hiram - Orient de Marseille 30/06/2008


Le Silence


Lorsque mon surveillant ma donné à traiter le Silence, je me suis dit :  « cela te va bien, toi qui est un bavard invétéré, et capable de sortir autant d'inepties, que de choses sérieuses ».
Mais dépassée cette antinomie, il va falloir quand même se mettre au travail.

D'abord quelques réflexions.
         
 Que de paradoxes que de vouloir parler du Silence.
Mais qu'est ce que le Silence ?
Du latin silencium, qui veut dire « se taire »

Le Silence peut être imposé dans certaines organisations (ordre monastique, franc maçonnerie…)
Quelques exemples :
     - Silence on tourne « cri du metteur en scène »
     - La loi du Silence « La mafia qui impose la mort physique à tous ceux qui Transgressent l'Omerta »
     - Le cri du Silence « celui de la majorité silencieuse dans nos démocraties Modernes »
     - Le Silence du regard « celui du sourd muet qui parle intensément ou celui du nouveau né qui vient de naître »
     - La minute de Silence « qui est le devoir de mémoire »
    
Un proverbe hébreu, originaire du Talmud dit : « La parole est d argent mais le Silence est d'or ».
En effet, la valeur du Silence est supérieure à celle de la parole, et s'il est important de maîtriser le langage, savoir se taire est un signe de sagesse.

Nous vivons dans un monde où la verbalisation est la règle et le Silence l'exception.

Nous vivons au milieu d'un torrent de mots, si bien que la valeur du Silence nous échappe le plus souvent.
                              
Le Silence ne dit-il rien ?
Mais comme je l'ai dit plus haut, il existe plusieurs formes de Silences ; mais le Silence le plus incompréhensible, c'est assurément celui de l'incapacité de pouvoir communiquer.

C'est le problème que nous posent les sourds-muets, eux qui vivent perpétuellement dans une des formes du Silence, celui de l'absence de verbalisation auditive des mots ; pourtant ils parviennent à communiquer et à structurer une pensée dans un langage qui leur est propre.

Un autre aspect du Silence est celui du Silence volontaire de celui qui sait, et vu d'une façon triviale, il s'agira parfois du maintien d'un secret de fabrication, qui place le soi- disant détenteur du secret dans une position dominante.

Allons plus loin ; s'il y a plusieurs valeurs du Silence, c'est que le Silence est révélateur. Une personne qui n'a pas suffisamment de culture, peut ne pas désirer une conversation car elle se sentira dépassée, et choisira de se retrancher dans le mutisme

De même dans des situations très crispées du domaine des relations, on peut se retrancher dans le Silence, ce qui produit des non dits très évocateurs.  
Il existe donc des différentes valeurs du Silence, depuis le refus du dialogue, jusqu'a  la suspension qui ne dit rien mais suggère beaucoup.

Mais qu en est-il du Silence dans le mon de maçonnique ?
  
La première fois que j'ai été confronte au Silence se situait dan le cabinet de réflexion. L'attente était assez longue avant que l'on vienne me chercher, et les objets ainsi que les citations, l angoisse du moment, mon questionnement, me faisaient prendre conscience de ce que pouvait
Etre le Silence.

Il en était de même lors de l'initiation proprement dite, car malgré le bruit de fond, j étais entoure par le Silence.

J'avais entendu dire qu'en maçonnerie ou interprète, que les apprentis n'avaient pas droit à la parole en Tenue, mais savoir pourquoi.  
Mais au fur et a mesure des Tenues et du Rituel, je me suis aperçu que le Silence une punition, ni une mise a l'épreuve, mais une invitation.

Au début, ce Silence peut nous effrayer.
Je me souvenais alors que dans la tradition occidentale, le Silence est l'outil de l'apprentissage.
Faire silence, c'est écouter, se rendre disponible à la parole de l'autre.
L'élève est silencieux parce qu'il doit apprendre.

Dans la tradition orientale, le Silence est d'abord  celui du mental, hors de la pensée discursive et logique.  Le méditant va tenter de réduire les fluctuations du mental.
Dans ce processus, la relation sujet objet et observateur chose observée changent.

Vécu de manière individuelle, le Silence en soi, est vecteur de disponibilité.
En maçonnerie, le Silence de l'initié est aussi la reconnaissance de l'incommunicable.
En ce sens, cela fait partie intégrante de l'initiation.

Mais il va s'en dire qu'être dans le Silence ne signifie pas être inactif, puisque c'est précisément dans le silence que nous sommes face à notre être véritable.

Ce silence vise à un apaisement, creusant un vide au cœur de l'apprenti.
Il le rend réceptif et fécond, et il suppose un subtil discernement : des silences isolent, d'autres relient. Dans ce dernier cas c'est ce que je ressens sur ma colonne en écoutant et en observant.

Le silence est omniprésent dans la symbolique du grade d'apprenti maçon et je pourrais le comparer à un outil, mais utilisé de façon subliminale, sans le décrire, le dessiner ou le montrer.

Je l'ai dit plus haut, le silence de l'apprenti permet de produire et d'entretenir la compréhension.
Il correspond ni à une prostration, ni à un mutisme, ni à une brimade mais à une forme de transfert de la parole vers autre chose, qui passe par le partage, et parler avec la loge.

Ce serait une erreur de croire qu'il puisse être imposé comme un pensum, car la Franc-maçonnerie n'est pas une secte. Le Silence n'est pas contraignant même si de temps en temps, à l'instar d'autres apprentis je suppose, je voudrais parler.

Mais ce silence qui est propre à mon grade, porte ses obligations. Il m'oblige auprès des autres et me donne des responsabilités.
Ce Silence est le premier « don » symbolique qui m'est accordé.  

En 1771, l'abbé DINONART dans « l'Art de se taire » disait : «  jamais l'homme ne se possède plus que dans le silence ».  
Le Silence et le Secret sont deux compagnons de route dont la présence alterne dans la vie de la loge. 
Ne dit-on pas pour mentionner ce lieu, qu'il est fort, parfait et éclairé où règnent la paix, le silence et l'harmonie.  

L'apprenti devra s'approprier les outils de la démarche initiatique en observant un Silence propre à sa gestation.  
Cela lui permettra de poser les bases de sa construction intérieure, c'est-à-dire tailler sa pierre brute.  
La force du Silence lui permet de soumettre ses passions. Se taire est un moyen de s'affranchir de ses vanités et de mûrir en paix.  
En se taisant, en parlant peu, on apprend à parler bien et à agir sans s'agiter. 

Un proverbe TAO dit : « celui qui sait ne parle pas et celui qui parle ne sait pas ».  
Pour apprendre la beauté du silence, il faut d'abord apprendre la liberté d'écouter.  
Pour conclure, je dirai que la valeur des symboles dépend de celui qui s'y arrête.  
Cependant, plus que tout autre, le Silence a une particularité bien précise : celle d'être vécu.

J'ai dit

M\ S\

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